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« La richesse a érodé certaines de nos valeurs »

Publié le par Kyradubai

« La richesse a érodé certaines de nos valeurs »

Sensible au manque de livres pour les jeunes dans leur langue maternelle, Noura Al Noman a publié le premier roman de science-fiction en arabe, devenant ainsi une pionnière dans le domaine de l’écriture. Mais elle est aussi le bras droit de Sheikha Jawaher Al Qasimi, la femme du souverain de Sharjah. Elle raconte leur engagement. INTERVIEW.

Décrivez votre rôle comme Directrice générale du Bureau exécutif de Sheikha Jawaher Al Qasimi ainsi que sa philosophie « Vivre et laisser vivre» ?

J’aide son Altesse, présidente du Conseil suprême aux Affaires familiales, sur tous les projets qu’elle met en place et développe en accord avec sa vision. J’ai commencé en 2002 et mon rôle s’est amplifié avec les projets. En 1982, son Altesse s’est aperçue que les femmes avaient besoin d’un endroit sûr et privé où exercer leurs activités de prédilection. Elle a lancé le Sharjah Ladies Club (SLC) qui s’appelait alors le Al Muntazah Center. De là sont nées nombreuses de ses organisations pour les enfants, la jeunesse, les femmes et les affaires sociales et la philanthropie. Le Conseil Suprême, né du Club, chapeaute maintenant toutes ces initiatives financées par le gouvernement de Sharjah et son Altesse notre Souverain Sheikh Sultan Al Qasimi. Si son Altesse s’intéresse à une cause, elle développe un centre ou une organisation.

En un mot, ses rêves prennent forme. Pouvez-vous décrire son engagement auprès de la jeunesse sachant qu’elle est très concernée par l’éducation ?

Elle a développé des programmes pour les enfants : des activités para scolaires dans l’art, la science et dernièrement la robotique. A l’adolescence, les enfants peuvent ensuite rejoindre des centres pour garçons ou filles. L’une des initiatives dont elle est la plus fière est le Parlement des enfants qui a déjà 12 ans. Les enfants y tiennent des élections et les vainqueurs deviennent membres du Parlement. Chaque année ils travaillent sur un thème et rencontrent les gens au pouvoir, les invitant à répondre à leurs questions sur des thèmes qui ont une incidence dans leurs vies. Comme un vrai Parlement. L’année dernière, l’alimentation à l’école était à l’ordre du jour. Ils ont interpellé les Ministres de l’éducation et de la santé pour en débattre. A la fin, ils ont fait état de leurs recommandations. C’est une très bonne expérience de la démocratie pour les enfants. Ils réalisent les changements et prennent conscience de ce qui se passe autour d’eux. Quand ils grandissent, ils peuvent rejoindre les centres de jeunesse qui ont aussi leur Parlement. J’ai rencontré le jeune homme diplômé du centre de Sharjah qui a lancé l’initiative « Un drapeau sur chaque maison » pour la fête nationale. Il en est très fier. C’est un exemple de ce que ces jeunes deviennent.

Le soutien à la cellule familiale est l’un des principaux chevaux de bataille de Sheikha Jawaher. Quels sont les problèmes rencontrés et les défis dus à la vie moderne ?

Son Altesse est à la tête du Centre pour le Développement familial qui propose des conseils aux familles mais sensibilise le public aux affaires familiales. Près de 3000 personnes font appel à eux chaque année pour demander une aide psychologique ou des conseils. La plupart sont concernés par des problèmes de divorce ou d’abus de drogues (principalement des hommes). Nous avons un très haut taux de divorce aux Emirats (voir encadré). Cela est dû au fait que malheureusement les couples ne comprennent pas les responsabilités du mariage. Le centre propose donc des ateliers pour les personnes qui vont se marier ou viennent de se marier. Ils discutent de la signification du mariage en terme de responsabilité et de partenariat : comment se traiter l’un l’autre. Ici les gens se marient jeunes et les parents ne les ont pas vraiment préparés à la vie maritale.

Sheikha Jawaher dit qu’elle observe quotidiennement les effets de la vie moderne sur son peuple. Quel est son souci ?

En tant que pays, nous n’avons que 41 ans et la vie était si différente il y a 40 ans. Ce que d’autres ont vécu en centaines d’années, nous l’avons fait en 20 ans. Il existe donc un fossé gigantesque entre la vieille et la jeune génération et cela a causé de nombreux problèmes. Les gens sont tournés vers les choses matérielles, les marques et la gloire plus que l’éducation des enfants et les valeurs des Emirats.

Quelles sont les valeurs au cœur des Emirats que vous essayez de raviver ?

La famille était au centre de tout. Il y a aussi la philanthropie, servir sa communauté et le souci de l’autre. En raison de notre climat, des saisons, les hommes devaient partir de longs mois à l’étranger, en mer, pêcher des perles afin d’entretenir leur famille. Et les autres devaient se soutenir. Mais le pétrole, la soudaine richesse a malheureusement érodé certaines de nos valeurs.

Comment était Sharjah à l’époque, lorsque vous étiez petite fille ?

Mes deux maisons –celle de la famille de ma mère et de mon père- sont originaires de Sharjah. Nous vivions ici. Sharjah s’étalait sur un banc de sable dans cette zone, là où se trouvaient toutes les habitations. Les gens se déplaçaient dans les terres durant l’été pour trouver la fraîcheur. Les Emirats étaient pauvres. Le Koweit construisait nos écoles, envoyaient des maîtres, la plupart Palestiniens ou Egyptiens, des livres, et même les petits déjeuners ! Nous apprécions ce que le Koweit a fait pour nous. Tout cela a changé. Nos enfants ne réalisent pas à quel point leurs parents étaient privés de tout et quelle chance ils ont. C’est aussi une des raisons pour laquelle nous avons tant de divorces.

Quelles sont les valeurs de Sheikha Jawaher ? Elle semble dotée d’un grand sens humain.

Ses valeurs sont tournées vers l’humanité et le respect pour la dignité humaine. Ce sont aussi les valeurs de son équipe. C’est dû à la façon dont elle a été éduquée. Oui c’est la Sheikha et l’épouse de notre souverain, mais avant le pétrole et l’Union des Emirats, elle se souvient de la façon dont nous étions élevés, croyant à nos responsabilités envers les autres. Elle est très cultivée, suit l’actualité, est concernée par ce qui se passe dans le monde. Nous revenons du Haut Commissariat pour les Réfugiés à Genève où nous avons été briefées sur un programme néonatal qu’elle finance en Somalie. Elle est bilingue ce qui ouvre ses horizons. La tradition n’est pas qu’une façon de s’habiller ou des symboles, mais ce pourquoi nous nous battions et cela n’est pas assez mis en avant, même dans notre système éducatif.

Ses valeurs et son éducation se reflètent dans ses choix

En terme d’action humanitaire ?

Sharjah City for Humanitarian Services (SCHS) fait partie des organisations qu’elle soutient. Une centre pour handicapés qui a 33 ans. La caravane rose, la campagne de sensibilisation au cancer du sein, est aussi l’une de ses initiatives.

Les traditions n’ont rien à voir avec le conservatisme. Qu’est-ce que le conservatisme ?

Voici deux exemples. Le premier dans le sport. Les gens adorent voir les hommes le pratiquer mais pensent que les filles ne devraient pas en faire. Le SLC comprend 10 branches dans tout l’émirat de Sharjah au service de leur communauté mais surtout elles ont leurs équipes de sport. Un jour, son Altesse a rencontré une jeune fille en vêtements de sport dans l’un de ces centres. Elle lui a demandé si elle jouait dans une équipe. Mais la jeune fille a répondu que ses parents le lui interdisaient. Son Altesse a tenté de les convaincre deux ans durant… Cela n’arrive plus. Le second exemple, dans le domaine du cancer. Il y a 11 ans, les gens ne prononçaient même pas le mot. Ils disaient « cette maladie », de peur de l’attraper. C’était de l’ignorance avant tout. Grâce à la campagne « Les amis des patients souffrant du cancer » lancée en 1999, c’est devenu normal d’en parler, de faire des auto-examens et des check ups.

Quels obstacles rencontrez-vous?

Les priorités ont changé. Les marques sont la priorité, la mentalité des centres commerciaux, être célèbre 15 minutes… Cela ne veut pas dire que nous ne parviendrons pas à faire changer les choses. Regardez le Girls Guide, les filles scouts. C’est une bonne alternative au reflexe « allons faire du shopping ». Nous pouvons inverser cela en fournissant ce genre de programmes, en sensibilisant à l’autre, ailleurs.

Pouvez-vous nous en dire plus sur le Girl’s Guide ?

Son Altesse vient tout juste de lancer la nouvelle identité du Girls Guide. Elle en est la présidente. Elle a été scout étant enfant et elle dit que cela lui a permis de comprendre quel était son devoir envers son pays. C’est la raison pour laquelle elle s’investit dans tous ces projets et tient à ce mouvement. C’est cela qui ramènera les enfants vers les valeurs de base des Emirats. Lorsque vous faites les choses de façon divertissante et excitante, elles resteront pour toujours et feront partie intégrante de votre personnalité. Elle a appelé toutes les femmes à se porter bénévole comme elle. Elle est très proche de la Princesse Benedicta du Danemark qui est la marraine de la Société Baden Powell avec qui elle partage la même passion. Elle est venue deux fois rendre visite aux filles d’ici. Son Altesse exhorte les femmes des souverains des différents Emirats à ouvrir une antenne du Girls Guide chez elles. Il ne manque plus que Dubaï and Ajman mais nous y travaillons. Elle a aussi nommé deux nouvelles ambassadrices auprès des filles afin d’être leurs mentors : Susan Al Houbi, une Palestinienne élevée à Sharjah, qui a gravi le Mont Everest et Sheikha Ahmed Al Qasimi, la nièce du souverain. Lorsque son Altesse est revenue à sa voiture après l’évènement, elle a été frappée de voir que le sol était jonché de détritus. Elle est retournée apprendre aux filles qu’il fallait laisser leur environnement propre.

Cela doit être un vrai défi d’être déchiré entre ses traditions et une modernité extrême ?

La société moderne amène beaucoup de choses positives. Les femmes sont maintenant conscientes de leur potentiel. Tant d’organisations les y ont aidées. Mais elles ont perdu le contact avec leurs enfants. Peut-être sont-elles trop prises par leur profession ? Leurs maris ne les aident pas toujours. Beaucoup n’ont aucun soutien. Les enfants et la famille ne sont plus des priorités. C’est l’un des effets néfastes de la vie moderne. Et la jeunesse n’est même plus intéressée par sa propre langue. Et nous parlons de 50% de la population ! Ils vont vers ce qui est facile, l’anglais ou ce qu’on appelle arabisi (un mélange d’arabe et d’anglais). Tout le monde blâme les jeunes mais nous sommes les responsables. Ils en sont les victimes. Nous devrions leur fournir du contenu en arabe qui les intéresse.

D’ailleurs vous venez de publier un roman de science fiction en arabe ?

Sheikha Bodour, l’ainée des filles de son Altesse a publié deux de mes livres pour enfants, l’un racontant l’histoire d’un chat et l’autre d’un hérisson. Elle m’a encouragée à écrire. J’ai commencé quand j’ai réalisé qu’il n’existait pas de littérature jeunesse en arabe. Ma fille est adolescente et elle ne lira jamais la littérature classique en arabe, trop compliquée. Ils ne peuvent s’identifier. C’est pareil pour les livres pour les jeunes enfants. Alors ils se tournent vers les livres en anglais et perdent leurs compétences en arabe. J’ai aussi tenté de lire des romans en arabes –j’aime la science fiction et la fantaisie-, mais je n’ai rien trouvé. Alors, j’ai écrit et publié mon premier roman en novembre 2012, « Ajwan ». C’est l’histoire d’une fille venue d’une planète détruite qui devient réfugiée. Cela parle des personnes privées de leurs droits, victimes d’injustice et de ceux qui n’ont aucun scrupules à en profiter, faisant d’eux des terroristes ou des voleurs. Des jeunes m’ont écrit pour me dire que c’était le premier roman qu’ils lisaient en arabe.

Quels conseils donneriez-vous aux femmes ?

Réévaluez vos priorités. Concentrez-vous sur ce qui compte vraiment. Et vous ferez les choses différemment probablement. Cela aura sans doute un effet sur votre entourage. Si vos enfants étaient votre priorité, vous auriez un avenir meilleur. Mais peut-être suis-je trop idéaliste.

Encadrés :

Le divorce et le mariage en chiffres à Dubaï

En 2012

4200 mariages contractée

1100 divorces

7% de mariages en moins entre Emiratis

1% de plus entre Emiratis et étrangers

Divorce en augmentation de 10% de 2009 à 2010 et de 13% de plus de 2010 à 2011

Source : Dubai Statistics Center

Quelques raisons invoquées par les experts :

Rapide changement social

Coût élevé du mariage et de la dot

Mariage trop rapide, manque de connaissance des époux avant l’engagement

Exposition à d’autres cultures

Indépendance accrue des femmes

Perte d’autorité des hommes

Disparité des niveaux d’éducation entre les femmes et les hommes

Disparité de l’âge entre les épouses

Refus de fournir un foyer séparé en cas de polygamie

Interférence familiale

Difficultés de communication

Violence conjugale

Jalousie

Infidélité

Manque d’intimité

Abus d’alcool et de drogues

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Manal bin Ismail, ambassadrice de son pays, démonte les stéréotypes véhiculés sur les Emirats

Publié le par Kyradubai

Manal bin Ismail, ambassadrice de son pays, démonte les stéréotypes véhiculés sur les Emirats

Manal bin Ismail vient d’endosser avec fierté sa fonction d’ambassadrice de la culture émiratie. Cette jeune étudiante de 23 ans, anime depuis peu les petits déjeuners du Centre de Sheikh Mohammed pour la Compréhension Culturelle (SMCCU). Elle en parle avec sérieux et une pointe d’humour. INTERVIEW.

J’ai été très impressionnée par la liberté de ton durant le petit déjeuner ?

Nous faisons en sorte que les invités se sentent libres de poser tous types de questions. Ils peuvent même nous demander des choses personnelles. Et nous comprenons aussi ce qui se peut cacher derrière la question, ce qu’ils essayent de savoir alors nous en abordons tous les aspects. C’est cela qui fait le succès du Centre. C’est une vraie chance de rencontrer des Emiriens. Nous donnons des exemples de nos vies. Nous accueillons de nombreux invités et ils partent satisfaits. Et cela modifie même leur façon de penser. Nous faisons du bon travail ici.

Qui sont les invités ?

Ils viennent du monde entier. La plupart sont touristes mais certains sont résidents et même des locaux. La jeune génération émirienne ne connaît pas toujours sa propre culture. Lorsque j’ai commencé, je ne savais pas moi-même pourquoi les femmes s’habillent traditionnellement en noir. Nous perpétuons certaines choses mais nous n’en connaissons pas les raisons, le concept. Les Emiriens sont choqués de découvrir tout cela et sont fiers de leur culture quand ils la découvrent. La plupart du temps, si vous demandez à un jeune émirien pourquoi il fait ceci ou cela il répondra « Parce que c’est comme ça ». Ici, nous expliquons les raisons. C’est un programme éducatif. Certains sont envoyés par leur entreprise. Dans le cadre de leur travail, ils doivent aussi expliquer les choses aux étrangers. Ce sont des ambassadeurs du pays et ils doivent être capables d’informer leurs hôtes.

Pourquoi avoir ouvert le centre à Bastakia ?

Ce quartier tire son nom des émigrés de Bastak en Iran, venus s’installer ici. Ils étaient marchands. Cela fait cent ans et c’est notre patrimoine. Il est important de le protéger. La plupart de ces gens sont partis, excepté un vieil homme qui habite encore ici. Aujourd’hui, le quartier appartient au gouvernement. Il y a des galeries, des cafés, un musée, des centres dédiés à la culture et au patrimoine. Abdullah bin Issa Al Sarkan est à l’origine de l’idée du Centre. C’est lui qui est derrière le concept « Ouverture des portes. Ouverture d’esprit ». Sheikh Mohammed a adoré cette idée et lui a donné cette maison traditionnelle. Avant il le faisait dans sa propre maison.

Quand avez-vous commencé à travailler pour le SMCCU ?

Il y a quelques mois seulement. Je suis encore étudiante au Dubai Women’s College en tourisme et évènementiel et en marketing.

Et quelle expérience en retirez-vous de vos débuts ici ?

Chaque fois ce sont de nouvelles personnes et vous ne savez jamais quelle tournure le programme prendra. Les questions sont toujours différentes et j’apprends grâce aux questions. J’apprends tous les jours. Je suis ravie de ce travail.

Etait-ce difficile de décrocher le poste ?

Très en effet. Il faut un très bon niveau d’anglais, apprendre vite et être très flexible avec les touristes. Certaines personnes vous attaquent avec divers comportements et façons de penser. Je dois pouvoir gérer. Je me sens comme une ambassadrice de mon pays, représentant ma culture, montrant qui nous sommes et casser les stéréotypes véhiculés sur nous.

Quelles sont les questions les plus fréquentes ?

Pourquoi les femmes sont-elles en noir et les hommes en blanc ? Pourquoi les femmes portent-elles l’abaya ? La question des quatre femmes aussi interpelle… Les gens se sont déjà fait leur opinion. Nous expliquons que ce n’est pas uniquement notre culture mais notre religion. Nous sommes beaucoup interrogés sur les mariages arrangés aussi.

Quelle est la question la plus étrange que l’on vous a posée ?

L’un de nos bénévoles a eu cette question : « Pourquoi y a-t-il un tuyau d’eau dans vos toilettes ?» C’était vraiment embarrassant et drôle. Mais toute question a raison d’être.

Alors, pourquoi les femmes ici s’habillent-elles en noir ?

L’abaya est la robe noire que nous portons sur nos habits. Les femmes la portent en Iran et en Irak. Les chiites ont commencé. Tous les 10ème jours du calendrier lunaire, ils célèbrent la mort du petit fils du Prophète –que la paix soit avec lui –et ils ont choisi un matériau qui ne soit pas transparent. Si vous le portez pour des raisons religieuses, il est complètement couvrant. Lorsque vous le portez un peu relâché, ça devient de la mode. Le concept est d’être couverte, se montrer modeste et pratique. C’est devenu à la fois un argument de mode et d’extrêmisme.

Pourquoi la portez-vous ?

Les femmes la portent parce que c’est à la mode. Pour montrer qu’elles sont émiriennes et aussi pour se couvrir. Nous avons aussi été élevées avec, alors c’est confortable pour nous. Ma grand-mère porte la burga même dans la maison. Je lui dis qu’elle peut la retirer mais elle ne se sent pas à l’aise sans.

Si vous décidiez de ne plus porter l’abaya que dirait votre famille ?

Honnêtement, je l’enlève quelque fois. La famille n’est pas la religion et c’est pourquoi je me le permets. Cela fait partie de la culture. Lorsque je vais camper avec ma famille, je l’enlève. Lorsque je voyage à l’étranger, je l’enlève aussi car je veux passer inaperçue. Le sheila fait partie de notre religion donc je ne l’enlève pas. Dans les lieux de culte, il faut se couvrir les cheveux. L’idée est d’enlever la pression esthétique : de quoi ai-je l’air ? Tout le monde est sur un pied d’égalité et vous pouvez ainsi vous concentrer sur vos prières et non sur votre apparence. Vous ne distinguez plus les riches des pauvres. Ça c’est la mosquée et pour les reste, c’est votre choix.

Dubaï a un rôle à jouer dans la région ?

Nous sommes des ambassadeurs pour tous les pays du monde. Ce à quoi vous assistez ici est rare : toutes ces nationalités, ces religions, ces origines différentes qui vivent ensemble en paix. Et nous essayons de servir d’exemple aux pays arabes et musulmans du monde entier.

Encadré : Le Centre de Sheikh Mohammed pour la Compréhension Culturelle (SMCCU)

A pour but d’accroître la sensibilisation et la compréhension entre les différentes cultures vivant à Dubaï. Etabli sous le patronage de Sheikh Mohammed Bin Rashid Al Maktoum en 1998, le centre a pour slogan : « Ouverture des portes. Ouverture d’esprit » et s'efforce d'éliminer les barrières entre les personnes de différentes nationalités en sensibilisant le public à la culture, aux coutumes et à la religion des Emirats Arabes Unis. « Lorsque les gens arrivent aux E.A.U, nombreux sont ceux qui ne savent pas à quoi s’attendre et ne comprennent pas vraiment la culture émirienne. A vrai dire, beaucoup d’expatriés ont vécu et travaillé des années aux E.A.U et n’ont pas encore rencontrés d’Emirien,» Abdullah Bin Eisa Al Serkal, Directeur et Fondateur du SMCCU.

Encadré : Un petit déjeuner ensemble

« Venez pour la nourriture, restez pour la culture. » Centre de Sheikh Mohammed pour la Compréhension Culturelle (SMCCU)

Il suffit de réserver sa place un peu à l’avance, vos chaussures rangées dans l’entrée, et vous voilà assis en tailleur pour un petit déjeuner, déjeuner ou diner traditionnels (respectivement 60, 75 et 90 dirhams). Le Centre se conforme aux valeurs fondamentales des Bédouins : hospitalité, générosité et honneur. En raison de la curiosité des touristes et des résidents envers la culture locale, cette authentique maison traditionnelle datant de 1944 fut transformée en structure officielle, le SMCCU, dans le but de créer la rencontre. Vous y apprendrez que la cardamome qui parfume le café est censée apaiser l’estomac, le safran vous détendre et les dates à tapisser votre estomac le protégeant des aigreurs de la digestion. Vous dégusterez un petit déjeuner local –qui est de plus en plus partagé uniquement les vendredis en raison du rythme de la vie moderne- composé de pois chiches bouillis, de vermicelles aux œufs, de gaufres locales et de beignets accompagnés de confiture de date et de fromage blanc. Les locaux se serviront de trois doigts de la main droite pour porter les aliments à leur bouche afin de garder le reste de leurs mains propres évitant de gaspiller trop d’eau pour se les laver. Selon les jours les sujets abordés varieront mais on discutera volontiers des familles nombreuses, de la place de la femme dans la société, de la polygamie, des mariages arrangés, du divorce, du port de l’abaya et du niqab avec un essayage à l’appui pour les plus curieuses. Pour conclure, ici rien n’est tabou, toutes les questions sont bonnes à poser et tout est sujet d’intérêt.

Quelques informations partagées durant ce petit déjeuner

La famille

« Une famille traditionnelle comptait entre six et sept enfants. C’était un signe de puissance, de richesse et de pouvoir d’avoir beaucoup d’enfants. Mais de nos jours, on en a trois ou quatre en moyenne. » Manal

Les droits des femmes

« Nous essayons d’enseigner aux femmes qu’elles ont des droits. Le droit à l’éducation car il est important que les femmes aient accès à l’éducation si elles veulent transmettre leurs valeurs aux générations futures. Le droit à leur héritage, le droit de gérer leur dot comme elles l’entendent, le droit de posséder leur propre argent (salaire), le droit de divorcer… » Manal

« J’étais directrice de Gulf Air pendant huit ans. J’ai dû prouver que j’étais meilleure qu’un homme. Il faut travailler deux fois plus dur ». Fatma

« Il y a sept femmes parmi les 40 membres du Parlement des E.A.U. Il nous faut jouer entre nos traditions, la religion et la société moderne. Nous devons rester à la page aussi avec le reste du monde ». Fatma

« De toutes nouvelles lois imposent la présence de femmes dans les conseils d’administration. Tout change. Sheikh Mohammed a boosté le rôle de la femme. Aux E.A.U nous essayons d’être les ambassadrices de toutes les femmes des pays arabes. Nous nous battons pour montrer aux femmes arabes les droits que nous avons. Nous montrons aussi au monde qu’il est possible de vivre en paix malgré le fait d’être la minorité de son propre pays. » Fatma

La femme et les traditions

« Ce qui compte n’est pas ce que vous portez, de quoi vous avez l’air, mais vos actes ». Fatma

« Notre religion ne nous impose pas de couvrir notre visage et nos mains. » Manal

Les mariages arrangés

« Selon la religion, la femme a le droit de refuser sinon il s’agirait de mariage forcé. Nous avons toujours des mariages arrangés et c’est ce que nous préférons. Voilà comment les choses se passent : ma mère se rend au majli où elle rencontre d’autres femmes avec qui elles discutent. Elle expliquera que sa fille vient de terminer ses études, qu’elle sait cuisiner, etc et une autre femme dira que son fils a un bon poste, qu’ils devraient se rencontrer et à partir de là, il y aura trois étapes jusqu’au mariage. Les deux familles se rencontreront et la jeune fille verra de quoi a l’air le jeune homme en cachette. Si il lui plaît, elle acceptera de le rencontrer. Les parents aborderont les sujets de la dot, de l’éducation, si l’épouse veut étudier ou travailler et si la famille du jeune homme accepte les conditions. Si les deux familles se mettent d’accord, les jeunes gens se rencontreront en public, chaperonnés bien entendu. C’est une façon de protéger la jeune fille car les hommes en veulent toujours plus ! Ils se fréquenteront ainsi un ou deux ans, c’est variable selon les couples. Puis, vient le temps des fiançailles. Un contrat sera signé régissant les sujets de l’héritage, des revenus et du soutien assurés par le mari et une date sera arrêtée pour le mariage. La dernière étape est la célébration du mariage. A chaque étape, le processus peut être stoppé. De nos jours, il est plus fréquent de rencontrer son futur époux à l’université ou au travail. Le jeune homme se procure le numéro des parents de la jeune fille et sa famille les contactera. Si la jeune fille accepte, le processus continue. » Manal

La polygamie

« Un homme a le droit d’avoir jusqu’à quatre épouses mais doit être en mesure de subvenir à leurs besoins ainsi qu’à ceux des enfants. La décision de prendre une seconde épouse se fait en accord avec la première. Initialement, c’était une manière de venir en aide aux veuves. De nos jours avec la situation en Irak ou en Syrie, c’est une bonne chose. Bien entendu, certains font une mauvaise utilisation de ce concept. Mais aujourd’hui, seuls 2% des hommes ont plus de deux femmes et 10% en ont deux. » Manal

Pour plus d’infos :

Villa 26, quartier de Bastakiya

Al Musallah Road, Bastakiya, Bur Dubai

Tel : 00971 4 353 6666

Email : smccu@cultures.ae

Petit déjeuner culturel 60 dhs

Déjeuner culturel 70 dhs

A visiter aussi avec le SMCCU: la Mosquée de Jumeirah et Bastakiya

Manal bin Ismail, ambassadrice de son pays, démonte les stéréotypes véhiculés sur les Emirats

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Détournement d’abaya : le style punk rock d’Abeer al Suwaidi

Publié le par Kyradubai

Détournement d’abaya : le style punk rock d’Abeer al Suwaidi

Abeer al Suwaidi a ouvert sa boutique, USH, en 2009. USH a la même sonorité que le mot « nid » en arabe. Cette jeune styliste émiratie s’est alors rendue compte que cela voulait aussi dire espoir ou bénédiction dans d’autres langues, un nom tout à fait approprié pour un showroom qui abrite les collections des designers locales qu’elle accueille en plus de la sienne. Rencontre avec une artiste excentrique au grand cœur et au style déjanté. INTERVIEW.

Vous détournez l’abaya. Dites-nous en plus au sujet de votre style et de votre prise de position ?

Je voulais faire des expérimentations avec l’abaya et l’exposer à différentes influences. D’une façon un peu branchée. C’était un peu angoissant car il s’agit d’un des éléments les plus précieux de notre culture. Je voulais faire une petite entorse à l’abaya version classique et exprimer ce que je pensais devoir être une abaya. Je ne savais même pas si cela intéresserait quelqu’un. Lorsque j’ai commencé en utilisant du cuir, des ceintures, des corsets magnifiant le corps, je ne savais pas comment les gens réagiraient. J’ai utilisé la chambre à l’arrière presque comme un laboratoire. C’était une expérience et les femmes ont commencé à venir.

Et elles ont réagi de façon positive ?

Tout à fait. Je m’exprimais, moi, Abeer.

Et comment ont réagi les hommes ?

Nous avons eu quelques maris en colère (elle rit). Un jour, une fille qui avait acheté ce que j’appelle la « skinny abaya » en référence au jeans skinny (ndlr : près du corps et serré en bas), - je voulais quelque chose qui soit au moins mince (elle éclate de rire)… C’est ce qui a lancé la marque, ce qu’elle est devenue aujourd’hui. Donc, elle portait cette abaya et déambulait dans la boutique en disant qu’elle en voulait une autre. Je riais en disant « mais vous en portez déjà une ». « Oui, a-t-elle répondu, mais mon mari est dehors et il me dit « non! » Donc j’en achète une autre». Pour elle c’était un positionnement mais son mari était fâché et s’énervait en dehors (ndlr : les hommes ne sont pas admis dans la boutique). Nous avons eu quelques situations amusantes de ce genre. Cela vous permet de connaître les clients de façon un peu plus personnelle. Les femmes qui mettent mes vêtements les portent bel et bien comme une prise de position.

Comment définiriez vous cette prise de position ?

Elles sont puissantes, fortes, courageuses. Elles ont quelque chose à dire. Même si vous êtes silencieuse, que vous ne dites pas quelque chose verbalement, vous l’exprimez en portant mes abayas.

Croisez-vous des femmes portant vos abayas quelque fois ?

Oui. Je me dis : « tiens ! » J’aime les voir portées, en public.

Parce qu’elles sont vraiment reconnaissables ?

C’est toute l’idée.

Comment vous est venue l’idée de changer l’esprit de la abaya classique qui vous était familière et de développer ce style excentrique ?

En fait, tout ce que j’ai fait c’est ouvrir des horizons à l’habaya classique. L’ouvrir au monde. Afin que tout le monde puisse y avoir accès. C’était difficile car la frontière est ténue. Comment réussir à la métamorphoser d’un vêtement classique à un vêtement moderne et contemporain. Mais en réalité la seule chose que j’ai fait, c’est de revenir à la coupe traditionnelle, héritée de la tradition classique et la transformer en un style qui parle aux jeunes.

Vos abayas sont aussi le reflet de ce qui se passe à DubaÏ : une culture traditionnelle et conservatrice mais exposée à toutes sortes d’influences internationales, de styles de mode et de matériaux importés de l’étranger ?

Oui, tout à fait. Nous évoluons avec ce qui arrive à notre culture ici.

Et cela se fait en douceur ?

Vous voulez dire dans la mode (elle rit) ? Cela se fait en douceur mais voilà pourquoi USH existe. Si vous me trouvez trop expressive, trop excentrique, si vous trouvez mon style trop tape à l’œil, vous trouverez ici d’autres marques qui, bien que modernes et contemporaines n’en restent pas moins classiques.

L’idée consiste à ne pas trop bousculer les gens ?

C’est ça.

Vous ne voulez pas aller trop vite non plus, juste proposer autre chose ?

Oui. Il faut être prête à portez mes vêtements et se sentir à l’aise.

Quelles matières utilisez-vous ?

Pour ma dernière collection qui sort maintenant, j’ai utilisé beaucoup de velours. Je travaille beaucoup avec des broderies délicates faites à la main, de vieilles broderies mélangées à des matières très modernes. J’utilise du coton. Les femmes étrangères sont très intéressées par les habayas en coton car c’est plus proche du prêt à porter. La matière que l’on utilise en principe pour les habayas est le crêpe saoudien.

Comment se sent-on dans cette matière ?

C’est agréable. Cela dépend de la qualité. Il y a différents types de crêpes. C’est doux et léger. Mais nous utilisons à présent d’autres matières comme le satin, le coton, la dentelle et même le jersey en hiver.

Et vous utilisez aussi des matériaux très « rock and roll », voire punk ?

Oui. Des pics, du métal, des harnais. Ça c’est la Abeer qui se révèle ! C’est moi. C’est vraiment quelque chose que je voulais exprimer à travers l’habaya. Ces tempéraments existent même en portant l’habaya : des filles rock avec de fortes personnalités. Pour mon deuxième fashion show, j’ai fait une collection Bob Marley, très différente puisqu’elle était reggae. Chaque fois que je dessine une collection, que je fais un fashion show c’est une prolongation de ma personnalité.

Et comment réagit votre famille ?

Mes parents me soutiennent. Les deux sont artistes. Ils peignaient lorsque j’étais jeune alors ils comprennent ce que je fais. J’ai parfois un oncle ici ou là … (elle rit) qui me fait la morale.

Que vous disent-ils ?

Fais attention. C’est l’abaya. C’est au cœur de notre culture et de notre religion. Ne vas pas trop loin, respecte.

Seriez-vous prête à ne pas porter l’abaya ?

Non. J’aime mon abaya. En tant qu’émiratie, c’est mon identité. J’aime l’abaya.

Cela vous paraîtrait bizarre de ne pas en porter ?

Oui parce que l’abaya montre à tout le monde qui je suis et d’où je viens. Nous avons de la chance de l’avoir car personne ne peut se tromper sur notre compte. Les gens savent qu’ils ont face à eux une émiratie ce qui est rare à travers le monde : voir quelqu’un et immédiatement savoir qui il est. Pour moi, l’abaya est une fierté et la porter une preuve immédiate de mon identité.

Qu’avez fait comme études ?

Je suis allée à l’université à Abu Dhabi et j’ai étudié communications au Dubai Women’s College mais j’ai rejoint la mode. J’ai toujours voulu travailler ans la mode et j’ai toujours eu un style à part. Pour mon entrée en sixième, j’étais la seule à venir avec une robe… énorme ! Tellement volumineuse, comme une robe de bal. Qui fait ça ? Comment ma mère m’a-t-elle même laissée sortir ? Bon, vas-y exprime toi mais en dehors de la famille ! Je suis donc sortie dans cette robe et je me souviens d’avoir été sur scène et gagné le prix de la plus belle robe. Mais je ne crois pas que les autres trouvaient ça cool à l’époque !

Comment vos collègues, votre famille, vos amis vous décrivent-ils ?

Une excentrique, un peu différente. Créative.

Quels créateurs de mode admirez-vous ?

Alexander Mc Queen, Vivienne Westwood, et beaucoup de designers japonais comme Yohji Yamamoto.

Avez-vous vécu à l’étranger ?

Un an à Singapour.

Que portez-vous sous votre abaya aujourd’hui ?

Un legging noir, un marcel noir et mes chaussures à talon rose fluo (elle éclate de rire).

Qui est votre clientèle ?

Tous les âges. Des jeunes filles et jusqu’à 50 ans. Des émiraties mais aussi des femmes d’Oman, du Qatar, des Saoudiennes. Et même des Yéménites qui pourtant ne portent pas la habaya. Je suis très heureuse quand elles craquent pour une des miennes.

Un projet ?

Nous prévoyons d’ouvrir une boutique à House of Frazer à Abu Dhabi début 2013.

Quelle différence de style notez-vous entre les femmes occidentales et moyen-orientales ?

Souffrir pour être belle. Nous sommes plus là dedans. J’ai remarqué que sur le marché européen, ils veulent des choses plus légères, confortables. Nous sommes prêtes à souffrir : les pics, les ceintures, les talons aiguilles, le maquillage. On prend la mode au sérieux ! Et on est très « total look », des pieds à la tête. Le sac est assorti aux chaussures. Elles adorent. Je sors une ligne de prêt à porter. En Irlande, nous avons fait un show et les femmes ont adoré les abayas. J’étais surprise : elles en veulent mais bien sûr, pour elles, elles sont trop longues, pas pratiques… Mais elles ont aimé le style, la couleur noire. Donc je développe une ligne de prêt à porter pour mes clientes occidentales.

Quels sont vos temples du shopping à Dubai ?

If Boutique. Une vraie boutique qui propose quelque chose de différent.

Où sortez-vous ?

Je n’ai pas le temps de sortir mais en hiver, nous allons dans le désert. Près de la route, vous verrez tous les émiratis avec leurs tentes et leurs théières. On reste là jusqu’à minuit, toutes générations confondues. Et sur une autre colline (dune), il y a nos amis. On prend les motos, les quads…

Une journée dans la vie d’Abeer

Je me lève vers 7h30 avec mes enfants. J’en ai trois. Nous nous asseyons ensemble et discutons. Je leur fais la morale : soyez gentils, ne faites pas de mal aux autres. Quand ils sont partis pour l’école, je dessine et fais mes recherches. J’ai de l’inspiration le matin. Je travaille avec mon mari. Nous travaillons beaucoup. C’est bon signe ! Hamdulilla ! J’ai un bébé de 9 mois alors je passe ensuite un peu de temps avec lui puis je vais chercher mes enfants à la sortie de l’école. Je passe à la boutique, dans mes deux autres boutiques aussi, je regarde la production. Le soir, je repasse à la maison et je les mets au lit. Finalement, vers 20-21h, je sors enfin prendre un café et je retrouve d’autres designers. Je n’ai pas beaucoup de temps à « moi » en ce moment ni de vie sociale. Si quelqu’un veut m’inviter à prendre un café d’ailleurs ? Je suis souvent chez Shakespeare au Village Mall. Mes vies professionnelles et personnelles sont mêlées.

Petit lexique

Abaya : robe de tissu noir portées par les femmes au Moyen Orient afin de dissimuler leurs corps et leurs cheveux

Jalabiya : Robe colorée plus décontractée portée en intérieur

Kaftan : robe un peu plus habillée que la jalabiya mais de même esprit

Sheila : foulard noir se portant comme un voile servant à camoufler la chevelure. Les voiles de couleurs sont des foulards.

Détournement d’abaya : le style punk rock d’Abeer al Suwaidi
Détournement d’abaya : le style punk rock d’Abeer al Suwaidi
Détournement d’abaya : le style punk rock d’Abeer al Suwaidi
Détournement d’abaya : le style punk rock d’Abeer al Suwaidi

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« Je suis la première émirienne chirurgien mais d'autres ont essayé »

Publié le par Kyradubai

« Je suis la première émirienne chirurgien mais d'autres ont essayé »

De nationalité émirienne, Dr Houriya Kazim est la première femme chirurgien du pays. Elle raconte comment elle a réussi à gravir l’échelle médicale et quels défis les femmes ont encore à relever aux Emirats Arabes Unis. Selon elle, leur avenir est entre leurs mains. INTERVIEW.

Comment devient-on la première femme chirurgien d’un pays traditionnel ? Quelle est votre recette secrète ?

Je suis originaire de Dubaï mais nous avons beaucoup voyagé durant mon enfance avec mon père qui était aussi chirurgien. Quand je suis née, il faisait son stage en Grande Bretagne donc j’ai passé les premières années de ma vie là bas. Il a travaillé dans les Caraïbes un moment, puis au Canada et nous sommes revenus dans les années 70. Donc j’ai passé mon enfance à l’étranger. Pour ce qui est de la médecine, je viens d’une famille de médecins alors ça n’a pas été vraiment une surprise. Mon grand-père paternel était un « hakim », un médecin traditionnel. Il n’a jamais étudié mais le village faisait appel à lui lorsque quelqu’un tombait malade et la plupart de ses enfants – je crois qu’il en a eu environ 25 avec toutes les femmes…- sont devenus médecins, même les filles. Ils ont tous été à l’école. En ce temps là, nous n’avions pas d’écoles, sans parler des universités ou des écoles de médecine. Ils ont donc tous été éduqués dans des écoles catholiques anglaises en Inde et enchaîné avec leurs études de médecine sur place.

Catholique ?

Oui, oui (elle rit). Il y a beaucoup d’histoires à raconter ! Cela m’a pris du temps à réaliser ! La famille est tellement grande et nous avons tous fait des études alors je croyais que c’était pareil pour tout le monde. Puis je me suis dit « Tiens, les cousins de mon père ne sont pas vraiment comme nous ! » Mon père a dans les 80 ans et la plupart des hommes de son âge ici n’ont pas reçu une éducation formelle et n’ont pas fréquenté l’université. La plupart sont de self made hommes d’affaires. Mon père dit que c’est sa mère –de Ras Al Kaima- qui l’a poussé. Mon grand-père avait un dau et naviguait entre ici, l’Inde et l’Iran. Donc il mettait toute la famille sur le bateau et partait pour Bombay. Et comme Bombay faisait partie de l’Empire britannique, tout ce petit monde fréquenta l’école anglaise catholique (elle éclate de rire). Ce qui est bien. Il a appris l’anglais et a fait médecine avec ses frères et sœurs. Quant au reste de la famille, sa génération mais la suivante aussi, a fait médecine. Donc ce n’est pas très surprenant. Nous sommes très ennuyeux !

Sur votre site, vous affichez ouvertement votre mariage mixte et le fait que vous ayez deux filles. Est-ce une façon de mettre vos patients en confiance ?

J’ai rencontré mon mari à Sharjah. Il est américain. Il travaillait comme grand reporter pour la télé et couvrait la guerre Iran-Irak. Il était en train de se convertir à l’Islam alors c’était pratique (elle rit). Pour moi…

Et pour vos parents ? Ont-ils approuvé ?

Je ne suis pas sûre qu’ils aient encore vraiment accepté. Ça va faire 25 ans ! Ce n’est pas leur premier choix, disons. Mais ça va. Maintenant que je vieillis, je commence à apprécier ma famille. Jeune, on a tendance à les juger. Mais plus âgé, vous commencez à comprendre que vous êtes qui et ce que vous êtes grâce à eux. Lorsque je rencontre d’autres femmes locales, je suis surprise par les combats qu’elles ont à mener. Nous en avons aussi mais les miens étaient d’ordre professionnel et non familial. J’ai grandi dans une famille où je ne savais pas qu’on avait le choix, que ce n’était pas une obligation d’aller à l’université et d’étudier. C’était comme ça. Tout le monde y allait. Et aujourd’hui je dis à mon père « Attends, il y a des gens qui prennent un café le matin, un cappucino ! Pourquoi ne m’as-tu pas dit qu’on avait le choix ! » (elle rit). J’ai eu de la chance. Je rencontre des femmes qui doivent se battre pour étudier, pour avoir accès à une éducation ou pour étudier à l’étranger. Encore aujourd’hui.

Quels autres combats les femmes doivent-elles encore mener ici ?

Celui-ci est important. C’est mieux aujourd’hui car nous avons beaucoup d’universités. De nombreuses universités internationales ont une branche à Dubaï ou Abu Dhabi, ce qui a facilité les choses pour toutes ces femmes que leur famille ne laissait pas partir seules à l’étranger. Ce n’est pas la même chose que lorsque vous quittez le pays. En partant à l’étranger, vous apprenez aussi l’indépendance, à être avec les autres, à cuisiner, à nettoyer. Ce n’est pas seulement les études, c’est toute la vie de campus. Je n’avais jamais cuisiné chez mon père et tout à coup je me suis retrouvé seule au milieu de nulle part. Le Mac Donald ça va un moment !

Où avez-vous étudié ?

J’ai obtenu mon diplôme principal de médecine à Dublin.

Pourquoi Dublin ?

On a choisi pour moi. Mon généraliste et mon dentiste étaient tout deux irlandais. Ils ont insisté. Il y avait encore les problèmes avec l’IRA et je me souviens de ma mère qui refusait« Pas question, il y a des bombes … » Mais ils disaient que c’était au nord et que l’école se trouvait dans la partie sud du pays. Ma mère a pris une carte et a répondu « Mais c’est encore trop près ! » Il a fallu beaucoup de persuasion. Puis j’ai fait d’autres diplômes au Canada et au Texas.

Puis vous avez décidé de vous spécialiser dans la chirurgie du cancer du sein ?

Après avoir obtenu mon diplôme en oncologie chirurgicale à Dublin, je suis revenue à Dubaï. J’ai fait mon stage à l’Hôpital russe. Puis je suis retournée en Grande Bretagne pour terminer mes études de chirurgie générale, mes spécialisations en oncologie chirurgicale et en chirurgie du sein.

Le cancer est-il encore tabou ici ? Les gens parlent-ils encore de « cette maladie » de peur de l’attraper ?

Ce tabou existe partout. Lorsque j’étais étudiante en médecine en Irlande, nous n’avions pas le droit de prononcer le mot commençant par « C » devant les patients. Même à cette époque, c’était quelque chose que l’on cachait. Ici le cancer est tellement courant, il y a tant de différentes formes de cancer… Une femme locale me disait l’autre jour que le cancer était devenu comme la grippe. Lorsque je lui ai annoncé qu’elle avait un cancer et lui ai demandé si elle était surprise, elle a répondu que tout le monde avait le cancer. Et c’est vrai, c’est une réalité.

Y a-t-il plus de cancers du sein ici que dans d’autres parties du monde ?

On ne sait pas.

J’ai lu que les femmes développaient des cancers du sein dix ans plus tôt qu’en Europe et aussi jeune que 17 ans ?

Honnêtement, nous ne possédons pas de statistiques fiables car nous n’avons pas de registre du cancer. Mais nous observons une tendance similaire aux autres pays du Golfe et de l’Afrique du Nord : les femmes développent des cancers plus jeunes et des types de cancer beaucoup agressifs. Et nous ne savons pas pourquoi.

Même les étrangères ?

Oui. C’est pourquoi nous avons besoin d’un registre du cancer. La majorité de la population de Dubaï étant étrangère, c’est difficile à expliquer.

Les femmes sont-elles pudiques ici en ce qui concerne le cancer du sein ?

Cela dépend. Les jeunes sont tellement informées et il y a eu beaucoup de sensibilisation faite dans les grandes villes. Parmi les plus âgées, certaines se doutent qu’elles l’ont mais ne l’affrontent pas parce qu’elles estiment que cela ne vaut plus la peine. Mais c’est plus facile de leur en parler. Je vois des personnes superstitieuses qui pensent que si elles en parlent, elles l’attraperont ou un truc dans le genre. Mais le cancer s’est tellement banalisé, que les gens ne sont plus choqués.

Les gens sont sensibilisés ?

Oui. Le problème principal que j’ai à affronter est la jeunesse de mes patientes. Ce sont des femmes dans la fleur de l’âge : elles travaillent, ont des carrières, sont maman et les voilà qui développent un cancer, si jeunes. En Europe, 80% des cancers du sein ont lieu après 50 ans. J’ai de la chance si je vois une femme de 50 ans. En ce moment j’ai deux patientes de 28 ans, des femmes dans la trentaine, quarantaine… C’est pourquoi j’aimerais étudier cette tendance de façon scientifique. Les informations que nous avons sur le cancer du sein proviennent de pays où il y en a beaucoup mais je ne sais si elles sont pertinentes pour nous. Il me semble que notre cas est différent. Est-ce génétique ? Sommes-nous plus enclines ? Pourtant les femmes font tout ce qu’elles sont supposées faire pour minimiser leurs chances : elles ont leurs enfants jeunes, allaitent – l’Islam encourage à allaiter deux ans-, ne prennent pas d’hormones. Et pourtant, elles ont des cancers et plus tôt que tout le monde.

Qu’avez-vous vu comme progrès ici dans le domaine des femmes depuis que vous êtes enfant ?

Je n’ai jamais eu de problèmes ici de quelque sorte. Comme je vous l’ai dit, dans ma famille étudier était une évidence. Ma mère, qui s’est mariée adolescente, était une femme extrêmement forte. Je n’ai réalisé que plus tard en grandissant, que la personne que l’on devient dépend en grande partie de ceux qui vous éduquent. J’ai été élevée par une femme dont le mantra était le « non » ne fait pas partie des possibles, n’existe pas dans mon dictionnaire. On ne lui disait jamais non, ni que c’était impossible. Tout est possible, cela dépend de ce que vous prêt à sacrifier pour y arriver. Voilà la mère avec laquelle j’ai grandi. Elle est toujours comme ça. Elle vit la moitié de l’année en Californie. C’est une artiste, tout à fait différente. Et même du point de vue de mon pays : lorsque j’ai dit que je ferai médecine, j’ai obtenu une bourse du gouvernement et personne ne m’a jamais empêchée d’y arriver du fait que j’étais une fille. Personne ne m’a empêchée de devenir chirurgien bien que ce soit un métier traditionnellement masculin et qui le reste. Personne ne m’a conseillé de choisir plutôt la gynécologie ou la pédiatrie, des disciplines plus féminines. J’ai eu de la chance, j’ai été soutenue tout le long. Même lorsque je suis revenue et qu’il n’y avait pas de femme chirurgien, il n’y a eu aucun problème car les gens ont réalisé qu’en fait il y avait un besoin. Je recevais des patients qui préféraient avoir affaire à une femme même en bas de l’échelle. Et lorsque je suis devenue la première femme chirurgien des E.A.U, il n’y en avait pas plus de 2% en Grande Bretagne et 10% aux Etats-Unis. Alors, on n’était pas si loin derrière ! Je comprends mieux pourquoi. A l’époque, j’ai suivi ma passion. Mais ce n’est pas un chemin facile. Je n’aimerais pas que mes enfants suivent cette voir, car c’est long, fatiguant et vous sacrifiez une grande partie de votre vie.

Et en général ?

C’est totalement différent. Mon Dieu ! Je rentrais pour voir mes grands-parents. Tout a changé : la façon dont ils vivaient, plus tranquille, plus lente. Avec le recul, c’était peut-être mieux mais je dis cela en tant que personne plus âgée. Lorsque je suis venue travailler à l’hôpital russe dans les années 80, jeune et célibataire, je trouvais tellement ennuyeux. J’en voulais plus. Aujourd’hui il y a plus de tout : culture, art. Je ne peux croire tout ce qu’on a maintenant.

Vous avez deux filles de 6 et 8 ans ?

Oui mais je les ai eu à 40 ans car c’était impossible avant avec ma carrière.

Les hommes et les femmes sont-ils égaux ici ?

Je n’ai jamais été confronté à une impossibilité de faire quoi que ce soit. Jamais. Même à la maison, si vous rencontrez mes oncles et tantes, nous prenons nos repas tous ensemble même si il est de tradition de s’asseoir à part.

Mais votre famille est particulièrement libérale, ce qui est rare ?

Très.

D’autre part, vous n’êtes pas voilée ?

Oui, ça c’est moi. Et certaines femmes de la famille le sont. Je travaille comme ça. Je ne peux pas être en abaya et sheila avec ce que je fais.

Vous portiez l’abaya ?

Non. Pas régulièrement.

Et vos parents ne vous y obligeaient pas ?

Pas du tout. J’ai de nombreuses tantes et cousines qui se couvrent et c’est bien. Mais c’est encombrant pour moi : je traite avec du sang et des tripes…

Une chose est la famille et votre choix personnel, mais quelles sont les réactions au niveau social ?

La plupart des femmes qui portent l’abaya et le sheila le font plus par tradition que pour des raisons religieuses. Elles le portent lâche, on voit leurs cheveux. C’est plus une question de mode. Ces gens là n’y voient aucun problème. Celles qui me font des commentaires sont les religieuses qui portent le hijab très ajusté ou le niqab. Mais dans notre religion vous ne pouvez forcer personne. Ils doivent embrasser la religion. On embrasse l’Islam. Personne ne peut vous obliger à vous convertir. Personne ne peut vous obliger à vous couvrir. Donc ça va, je m’en sors.

Quels challenges les femmes ont-elles encore à relever ?

La chose principale et j’essaye de le dire aux femmes, est qu’il n’est pas facile d’accéder au sommet. Et il y a encore beaucoup d’autres questions culturelles auxquelles nous devons faire face. En principe, vous commencez au bas de l’échelle et vous gravissez les échelons jusqu’au sommet. Mais le problème c’est que beaucoup de filles vraiment intelligentes, qui réussissent bien à l’université, s’arrêtent en cours quand elles se marient, ont des enfants et que leurs maris leur disent qu’elles doivent rester à la maison, qu’elles ne peuvent pas travailler. C’est un problème que nous n’avons pas encore résolu. Les femmes ont cette motivation mais il faut encore qu’elles résistent, continuent et ignorent les influences extérieures. Je suis devenue la première femme chirurgien mais je n’étais pas la première à essayer. Et le problème est que les gens abandonnent. J’ai eu mes enfants tard parce que je savais que sinon je n’arriverais pas où je suis. Dans tous les domaines, je vois des gens se lancer et laisser tomber. Et cela me contrarie un peu. Et puis, elles sont soutenues financièrement, pas comme des femmes qui n’ont pas le choix économiquement. Leur mari leur dit qu’elles n’ont pas besoin de travailler, qu’ils gagnent suffisamment, elles ont une maison ou des aides du gouvernement… Du coup, elles ne donnent pas tout ce qu’elles peuvent. C’est ce qui nous manque. Personne ne les arrête pourtant. Elles ont toutes les opportunités et la loi de leur côté. Nous ne sommes pas en Iran où certains métiers sont interdits aux femmes. Cela n’existe pas ici. Tout est possible. Mais je voudrais voir cette passion. Tout à l’heure, une patiente m’a demandé un congé maladie pour deux jours parce qu’elle est enceinte. J’ai opéré le matin et accouché l’après midi, attendre un bébé n’est pas une maladie. Cela me dérange car je constate qu’elles ne sont pas heureuses dans leur travail, qu’elles n’exercent pas un métier qui les passionne. Beaucoup choisissent d’être fonctionnaires par confort et pour les avantages au lieu de domaines où elles pourraient faire la différence et y travailler.

Parlez-vous l’arabe à la maison ?

Très mal. Mes filles ont besoin de cours. C’est un problème.

Vous êtes-vous mariée traditionnellement ?

Oui ! On a fait les trois jours !

Ça a dû être quelque chose pour votre mari ?

Non parce qu’il a vécu en Orient longtemps. Il a vécu épisodiquement en Inde, au Pakistan, en Afghanistan, au Liban, en Iran pour couvrir les conflits. Il connaît mieux mon pays que moi quelque fois et la religion, n’en parlons pas. Lorsque vous êtes éduqué d’une certaine façon, vous le tenez pour acquis. Lui a dû étudier et vraiment s’immerger. Il avait ce mix Oriental-Occidental alors que moi je suis d’ici tout en ayant passé beaucoup de temps ailleurs. Nous sommes comme les deux faces d’une même médaille.

Dr Houriya Kazim a fondé Well Woman Clinic

www.wellwomanclinic.com

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Ebtisam Abdulaziz : « Je suis née artiste»

Publié le par Kyradubai

Ebtisam Abdulaziz : « Je suis née artiste»

Entourée de ses 163 œuvres exposées à la galerie The Third Line, Ebtisam Abdulaziz, l’une des artistes les plus en vue des Emirats Arabes Unis, se raconte. Car son art fonctionne en miroir, dressant des ponts entre son expérience et la notre. QUESTIONS-REPONSES.

Quand avez-vous su que vous deviendrez artiste professionnelle ?

Je suis née artiste. Ma famille trouvait que je me comportais différemment de mes frères (2) et sœurs (3). J’adorais m’asseoir seule, écrire, dessiner, faire des croquis. Je suis très curieuse et j’allais fouiller dans le tiroir de mon père à la recherche d’objets. Il aurait pu devenir artiste : il adore la peinture et la calligraphie ; il a une très jolie écriture. Mais il a tout sacrifié pour notre éducation. Chaque vendredi, il organisait une projection de film à la maison et dans son tiroir je retrouvais des bouts de film, des objectifs etc. Ma mère, elle, avait une très belle voix. Ils étaient prêts à accepter une artiste dans la famille.

Votre père vous a donc encouragé dans cette voie ?

Mon père voyageait beaucoup. Il me ramenait de belles feuilles de couleur et des pastels. Il me voyait peindre et il a même encadré l’un de mes dessins pour un ami ambassadeur. Il ramenait du Koweit un magazine d’art que je dévorais toute la nuit. A 5 heures du matin, quand il se levait pour la prière, il me retrouvait en train de lire. Aux yeux de ma famille, je n’étais pas sage.

Avez-vous reçu d’autres formes de soutien ?

A l’école, j’étais forte en dessin et un jour en cours de dessin j’ai aidé une camarade. La prof a réagi en me grondant au lieu d’approuver ma démarche. Il n’existait pas de programme d’art sérieux.

Vous avez toujours hésité entre les sciences et l’art, jusqu’à réussir à marier les deux disciplines ?

A l’école, il y avait beaucoup de concours de dessins mais pas de cours en tant que tel. Lorsque j’ai terminé mes études, je ne connaissais rien des grands noms de l’art. A l’université d’Al Ain, j’ai hésité entre des études d’art ou de sciences, de mathématiques pour être précise, que j’adore. C’était une décision difficile. Il y avait à Al Ain une école liée à l’art mais c’était plutôt des études pour devenir professeur d’art.

Que vous-ont apporté ces années universitaires ?

En tant que fille élevée dans une famille arabe, partir soudain seule à l’université m’a aidée à devenir plus indépendante, détachée. Dans tous les émirats, les familles arabes ont beaucoup de règles. Vous dépendez de votre père. Les garçons ont beaucoup plus de pouvoir et de liberté. Alors, commencer l’université, rencontrer des gens, échanger avec d’autres filles, ne pas rentrer le soir à la maison, être seule, c’est la vraie vie tout-à-coup. Vous devez compter sur vous-mêmes, apprendre à vous connaître et découvrir la liberté dont nous avons tous besoin.

Et l’art dans tout ça ?

Une année avant le diplôme, l’université a organisé une compétition d’art ouverte à tous les étudiants. Je me suis dit « Allez, fais un croquis au crayon ». Le jour suivant, le professeur est venu me voir et m’a demandé « Avez-vous fait des études d’art ? » Je faisais une licence en maths. Il m’a dit que je méritais le premier prix. Il se sentait mal à l’aise que ses étudiants aient fait moins que moi alors qu’ils avaient suivi des cours. C’est la première fois que quelqu’un appréciait ce que j’avais fait et m’encourageait.

Les maths ne vous suffisaient plus ?

Après mon diplôme de maths, j’ai fait quelque chose de fou. Je fais des choses un peu folles de temps en temps. Je suis très lunatique. J’ai recouvert le mur de ma chambre de graffitis. La surveillante a hurlé : « Tu vas être renvoyée ! » Je lui ai dit que j’adorais faire ça. Et d’ailleurs ça rendait bien. Elle m’a dit de tout repeindre en blanc et ne m’a pas dénoncée.

Cette exposition s’intitule « Autobiographie 2012 ». Quels sont les traits de votre caractère ?

Je suis quelqu’un de sensible. Un rien me fait pleurer : voir un pauvre homme dans la rue. Mais je suis aussi une femme très forte. Je me battrai contre n’importe qui pour mes droits. Et j’ai beaucoup de fierté. Je suis très lunatique. J’adore les choses folles. Je n’aime pas la routine. J’aime les hauts et les bas. J’aime travailler. J’ai besoin d’avoir un projet. Le lendemain du vernissage, j’ai pleuré. J’avais accouché. Ma sœur m’a dit « Mais tu pleurais avant l’expo et maintenant tu pleures encore ! »

Votre carrière est votre priorité ?

Je ne suis pas mariée. Je crois que j’ai été trop occupée ou peut être que les hommes ne voient pas les femmes actives d’un bon œil en tant qu’épouses. J’essaie de trouver une explication ! Et je suis trop intelligente. Une femme intelligente est un challenge pour les hommes arabes. Je suis quelqu’un de très logique. Les artistes ont très mauvaise réputation : ils sont plus fous, pas stables, ont d’étranges humeurs… Mais mon but pour 2013 est de me marier ! Je suis toujours cette petite fille curieuse et je veux découvrir ce que c’est que d’être épouse et mère.

Suite à votre licence de maths, comment en êtes-vous venue à devenir artiste professionnelle ?

J’ai eu ma licence en 1999. Avec mon certificat j’aurais facilement pu trouver du travail mais j’ai dit à mon père que je ferai au moins un cours d’art. Alors ma sœur m’a conduite à la Fine Art Society de Sharjah et j’ai eu de la chance car un cours de trois mois commençait le jour suivant ! J’ai appris la base de la nature morte, le crayon, le pastel et l’acrylique. Nous avions aussi des cours sur l’art moderne et l’art conceptuel. Mon travail a été exposé. J’ai eu le certificat. Mon père a dit « Hallas ! Maintenant tu rentres à la maison ! » Mais je voulais continuer et j’ai rejoins la Fine Art Society. J’utilisait leurs équipements, lisait les livres de la bibliothèque. Ils sont devenus mes amis et petit à petit j’ai intégré de leur groupe.

Quand avez-vous exposé pour la première fois ?

En 2004, je me suis confié à un ami de la Fine Art Society. J’avais cette idée en tête mais je n’arrivais pas à la peindre : je voulais mélanger les mathématiques, les sciences et l’art. Il m’a orientée vers le mouvement d’art systématique des années 40. J’en ai fait usage dans mon projet et j’ai réalisé quatre ou cinq énormes œuvres autour des maths. J’ai fait mon premier solo show au Musée d’Art de Sharjah. Ma première exposition sérieuse…

Vous codez votre travail. Expliquez.

Mon but est d’encourager les gens à enquêter, chercher, demander. Il ne s’agit pas uniquement d’esthétique, je veux m’adresser aux gens éduqués et engager un dialogue avec eux par l’intermédiaire de mes œuvres d’art. Je ne veux pas qu’ils se contentent de dire que les couleurs sont belles, mais qu’ils pensent différemment. Quels messages cachent-elles ? Chaque œuvre a un concept. C’est la raison pour laquelle je n’ai pas un medium de prédilection. Le concept appelle le medium. J’utiliserai la vidéo si j’ai besoin de mouvement et de son. Ou une installation si nécessaire…

Ebtisam Autobiographie 2012… Pourquoi ?

Prenez les dominos. Ils fonctionnent sur trois niveaux. Ils disent beaucoup sur Ebtisam. Il s’agit de dessins sur toile au stylo noir. Et en toile de fond, il y a mon caractère, ma biographie. Lorsque je conduisais, les plaques minéralogiques ont attiré mon attention. Chaque voiture est comme la carte d’identité de la personne au volant. J’ai essayé de trouver une équation qui se rapporte à ces chiffres. J’ai pensé qu’il était important d’inclure cet élément car il dit beaucoup sur moi. J’ai noté les numéros des plaques des voitures lors d’un voyage de Sharjah à Abu Dhabi dans l’ordre où elles arrivaient, et j’ai pensé aux dominos car ils ont quelque chose à voir avec mon enfance. Nous y jouions quand j’étais petite. C’est quelque chose de familier à Ebtisam mais cela apporte aussi quelque chose aux autres. J’encourage le public à lire les dominos d’une autre façon et à faire des calculs dans leur tête. Cela dit beaucoup sur ma personnalité : je suis minimale, précise et honnête. Cela me ressemble.

Avez-vous des obsessions, des TOC ?

Des TOC, non, je ne crois pas. J’aime les systèmes. Sans système je deviens folle. J’ai ma routine le matin et si l’un des éléments manque, je sens que quelque chose ne va pas.

Vous exprimez-vous de façon indirecte et codée parce que l’intimité est un élément primordial de la culture émirienne ?

Oui et non. Dessiner sur mon agenda révèle beaucoup de choses de façon abstraite et dissimulée. Ce n’est pas du tout parce que je ne suis pas assez courageuse pour le dire mais c’est arrivé comme ça. Je peux me tenir face à un public et parler de tous les sujets relatifs aux femmes dans le monde entier par exemple. Cette fois, c’est plus abstrait. Je ne me cache pas. Je n’ai pas peur d’enfreindre les règles et de dépasser les frontières.

Quels sont les challenges que doivent encore relever les femmes aux E.A.U ?

J’étais heureuse que mon père soit le témoin de ma performance comme artiste représentant les Emirats Arabes Unis pour la première fois à la Biennale de Venise. Il a juste souri. Mais il a compris à quel point c’était sérieux et il y avait un grand point d’interrogation sur son visage. Il se tenait debout à côté de moi alors que j’expliquais ma démarche à quelqu’un et il avait l’air surpris. Il a bien réagi. Comment une femme arabe et musulmane peut-elle faire cela ? Pourtant il na rien dit. Un de nos soucis en tant que femmes est comment réaliser des choses sans contrarier. Quelles sont nos frontières ? Qu’avons nous le droit ou pas de faire ? La liberté est parfois un problème. Vous savez, je ne peux pas voyager sans mon père, c’est sa décision. Peu importe mon âge.

Quel âge avez-vous ?

36 ans. Il me faut une solution. J’ai besoin de quelqu’un dans ma vie qui ne se mettra pas en travers de ma route et m’empêchera de faire ce que je désire. Je suis suffisamment mature pour choisir ce qui est bon pour moi et ce qui ne l’est pas.

Info

Le premier solo show d’Ebtisam Abdulaziz pour The Third Line, « Autobiography 2012 », s’est tenu du 5 décembre 2012 au 16 janvier 2013. Elle est résidente au Fort Al Fahidi de Bastakia jusqu’en mars et exposera son travail à la foire de Sikka.

BIO

Ebtisam Abdulaziz est une artiste et écrivain locale basée aux E.A.U. Inspirée par sa licence en en Sciences et Mathématiques, Abdulaziz intègre dans ses œuvres sa perspective originale des mathématiques et de la structure des systèmes dans le but d’explorer des questions d’identité et de culture. Pour ce faire, elle utilise des installations, des pièces de performance et des dessins. Abdulaziz a inauguré le Pavillon des E.A.U et de ADACH à la 53è Biennale de Venise. Elle a exposé ses œuvres à la 7è Biennale de Sharjah « Langages du désert », au Kunst Museum de Bonn en Allemagne ; à Dubai Next, une collaboration entre L’autorité de Dubaï pour l’art et la culture et le Vitra Design Museum de Bâle en 2008 ; à Arab Express, une exposition collective au musée Mori de Tokyo en 2012 ; pour les 25 ans de la Créativité Arabe à l’Institut du Monde Arabe de Paris ; à Inventing The World : The Artists as a Citizen, à la Biennale du Benin en 2012, au Kora Centre, Benin. Abdulaziz a participé au panel du programme de subvention de l’Emirates Foundation en 2007 comme membre de l’Emirates Fine Art Society et de l’équipe éditoriale de Tashkeel. Elle a récemment été sélectionnée pour être l’une des Artists-in-Residency Dubai Program de 2013, une collaboration entre Art Dubai, Delfina Foundation, The Dubai Culture and Arts Authority (Dubai Culture) et Tashkeel. Son travail fait partie de plusieurs collections publiques et privées de renom dans le monde, dont la collection de la Deutsche Bank AG, Allemagne ; la collection Farook, E.A.U et celle du Ministère de la Culture et de la Jeunesse d’Abu Dhabi. Elle vit et travaille dans l’émirat de Sharjah.

Infos The Third line.

«L’œuvre d’Abdulaziz se situe au cœur de l’attraction-répulsion ordre / désordre, et privé / public. En tant que spectateurs nous sommes les complices de son travail que nous lisons et tissons dans nos vies quotidiennes ; l’artiste semble exposer l’intimité quotidienne de la vie domestique mais par sa méthode de travail et re-travail, de création et de re-création de systèmes d’interprétation, elle superpose des couches protectrices significatives sur ses œuvres.»

Antonia Carver, Directrice d’Art Dubai

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« La photo, c’était ma passion », Shaikha Jasem, première photographe des EAU

Publié le par Kyradubai

« La photo, c’était ma passion », Shaikha Jasem, première photographe des EAU

Assise au milieu du sanctuaire de ses œuvres, nichée dans une maison du quartier d’Umm Suqeim, Shaikha Jasem Al Suwaidi raconte ses souvenirs d’enfance… A près de 80 ans, elle est fière d’être la première photographe des Emirats Arabes Unis. RENCONTRE.

Shaikha Jasem est née dans les années 40 à Deira, dans le quartier de Frij Al Murar. DubaÏ était alors un village de pêcheurs et de négociants au milieu du désert…

« Nous étions pauvres. Mon père était pêcheur de perle à Bur Dubai. Il travaillait pour Al Ghandi. Il passait trois à six mois au large pour nourrir la famille. La vie était dure. Notre survie dépendait de la mer. Pour gagner un peu plus, la plupart des hommes partaient travailler quelques années au Qatar ou au Koweit. Nous avons vécu quatre ans à Doha. Un jour, mon père est tombé malade. Les conditions étaient si rudes… »

Sur le dau, les marins chantent des « Naham » pour se donner du courage. Des chants collectifs entonnés tout le long du jour, de l’aube au coucher. Une sorte de bourdon extrêmement grave qui raconte le manque et fait office de prière. On claque des mains et quelques tambours et cymbales accompagnent cette mélodie du large.

« Ils l’ont jeté sur la plage et il est mort de fièvre quelques mois plus tard… Mon père était un excellent pêcheur. Il ramenait tant de coquillages que les chefs le faisaient plonger avec deux diyeen, les paniers qu’ils accrochaient autour du cou pour y déposer les huîtres perlières. A 10 ans je suis devenue orpheline. »

Avant l’Union de 1971, Dubaï faisait partie des Trucial States, un groupe d’Emirats du Golfe Persique. Il n’y avait pas de vrai port, seulement la crique et des pistes cabossées qui y menaient. Les gros bateaux étaient amarrés au large et l’on envoyait du quai, les dau chercher les denrées. Les hommes ramaient jusqu’au navire pour débarquer les marchandises et les ramener sur la berge.

« Deux gros cargos venant d’Inde s’arrêtaient au large deux fois par mois: une fois au début et une fois à la fin. Depuis Muscat, ils envoyaient un télégramme au bureau de Gray Mackenzie pour avertir Sheikh Saeed bin Makhtoum (le fils de Sheikh Rashid) de leur arrivée et demander qu’on envoie les dau chercher le riz, le sucre, l’huile etc. On appelait ces bateaux, Sennan pour ceux qui venaient, et Maaly pour ceux qui partaient. Cela signifie aller-retour. Dans ce bureau, travaillaient deux Britanniques et deux Indiens. Je m’en souviens bien, vous comprendrez pourquoi… »

Port Rashid entra en activité en 1970 sous le gouvernement de Sheikh Rashid bin Saheed Al Makhtoum, alors Souverain de Dubaï. Gray Mackenzie Dubaï et son responsable George Chapman dirigeaient le port qu’exploitait la compagnie Dubai Port Services. Elle était dirigée par Mohammed Sharif qui réorienta alors ses opérations d’arrimage et de mouillage sur le tout nouveau port.

« Mohammed Sharif traduisait les télégrammes pour le Sheikh. Il prit pitié de ma mère et moi. Nous habitions une Al Kaimah, une maison traditionnelle en feuilles de palmier. Elle jouxtait la sienne qui, elle, était en dur. L’Islam nous enseigne que la veuve doit rester quatre mois et dix jours dans la maison sans en sortir. Mais nous commencions à manquer de nourriture et Mohammed Sharif est venu à notre secours. Il a dit à ma mère : « Enfile des chaussettes, couvre toi entièrement et sort chercher à manger». Et comme nous n’avions plus aucun moyen de subsistance, il a envoyé ma mère chercher les télégrammes à sa place. Puis, il nous a recueillies.

Avant que le pays ne se modernise, les Emiriens avaient pour habitude de passer l’été dans des maisons appelées Al Arish agrémentées de tours à vent. Ils déménageaient volontiers dans des tentes afin de se protéger des nuits fraîches des mois d’hiver. La région de Dubaï, en tant qu’entité indépendante vit le jour en 1833. Quelque millier d’hommes de la tribu de Bu Flasa s’y établirent, dont la plupart à Bur Dubaï.

« La maison de Mohammed Sharif abritait d’autres orphelins comme nous. C’était un homme riche. Il était très moderne et avait toujours les dernières choses à la mode. En échange, il demandait aux enfants d’aller porter les télégrammes à Sheikh Saeed qui passait les mois d’été à Dar Ibn Al Haytham (quartier du Musée de Dubaï). L’hiver, le Sheikh habitait à Shandara, c’était un peu plus loin à pied… »

Le récit de Sheikha Jasem est interrompu par la prière de sa fille. La vieille dame réajuste sa burga et propose un thé. Autour, ses petits enfants rentrés de l’école et d’autres plus jeunes encore, grignotent des biscuits. En fonds sonore, la télévision retransmet un match de football.

« Un soir en amenant un télégraphe au bureau, j’ai vu l’un des employés, un Indien montrer aux autres une photographie. Je me tenais à la fenêtre car nous n’avions pas le droit d’entrer et j’essayais tant bien que mal de voir ce qui se passait. J’étais très excitée. Je disais « Qu’est ce que c’est ? Qu’est ce que vous avez dans la main ? Montrez-moi ! Montrez-moi ! » J’étais curieuse de tout ce qui était nouveau. L’employé m’a montré la photo et l’instrument magique qui l’avait fabriqué : un appareil photo Agfa avec trois objectifs. Il les appelait des « yeux » ! Je lui ai demandé si il pouvait me le prêter. Comme je vivais chez Mohammed Sharif, il a accepté. »

Assises dans l’un des fauteuils trônant au milieu du majlis (salon de réception), Sheikha Jasem propose de traverser le jardin où poussent les arbres qu’elle vient de planter afin d’accéder à la petite maison qui lui sert d’atelier. Une caverne d’Ali Baba dans laquelle elle conserve ses photos mais aussi toutes ses œuvres bricolées à l’aide tout ce qui lui tombe sous la main.

« J’ai toujours été très créative. Enfant, je dessinais tout le temps. A l’époque, le pain et les dates arrivaient enrobées dans du papier journal venu d’Inde. Je recopiais les images avec un morceau de charbon de bois. Dans les années 50, il n’y avait pas encore la lumière à Dubaï, alors je m’étais fabriqué une lampe avec une frange de tapis trempée d’essence que j’avais glissée dans une bouteille. L’un des employés de Gray Mackenzie a même montré mes dessins à George Chapman. Il a voulu me tester et m’a donné un énorme carton sur lequel il ma demandé de reproduire l’un de ces fameux croquis iraniens que l’on voyait partout. Et je l’ai fait ! Tout le monde savait que je dessinais. »

Mais la vraie passion de Shaikha Jasem est la photo. Elle ne s’en lasse pas. Et depuis son AVC, comme ses mouvements sont moins précis, elle s’amuse avec son téléphone portable. Et tout est bon à prendre.

« J’ai d’abord photographié ma mère. Puis, j’ai eu l’occasion de partir à Bombay avec Mohammad Sharif qui s’y rendait pour subir une intervention médicale. Nous sommes tous partis en bateau : six jours de mer. Quand j’ai vu Bombay et toutes ses lumières, j’ai dit : « Mais qu’est ce que c’est que ça ? Le paradis ? » Aujourd’hui, je remercie Dieu de m’avoir fait vivre assez longtemps pour voir Dubaï encore plus illuminée que Bombay ! Nous avons passé trois mois à l’hôpital. Je prenais des photos avec les infirmières, les médecins. Sheikh Rashid bin Sultan Al Nayan séjournait aussi dans cet hôpital mais je n’ai pas osé prendre des photos avec lui ! Une jeune femme avec un homme… »

A l’époque, Shaikha Jasem portait la burga longue, jusqu’à la poitrine. Elle montre une photo de ce masque qu’elle ne se résoudra jamais à abandonner. Comme de nombreuses femmes de cette génération, le porter est tout naturel. Certaines dorment même avec. Les femmes l’enduisaient de produits exfoliants afin qu’il leur serve aussi de traitement esthétique. La burga était raccourcie au moment du mariage montrant le nouveau statut de la jeune épousée.

« C’est là que Mohammad Sharif a vu à quel point j’aimais la photographie. Il m’a dit : « Baba, tu aimerais un appareil photo ? » Et il a pris l’initiative d’écrire au propriétaire du magasin de photo à Dubaï. On l’appelait Captain. Il s’appelait Abdul Karim. J’ai ainsi eu mon premier appareil. Et puis je savais que le docteur Mohammad Habib –le médecin des émirs- avait une chambre noire. J’ai demandé à sa fille si elle pouvait m’apprendre à développer les photos. Elle a d’abord refusé alors j’ai gagné son amitié et j’ai pu apprendre le développement. La photo, c’était ma passion ! Mes enfants me disaient même qu’elle passait avant eux ! Mohammad Sharif m’a ensuite offert ma propre chambre noire et le matériel nécessaire. »

Ameena, l’une des filles de Sheikha Jasem- la vieille dame a eu quatre filles et deux garçons-, explique combien sa mère a inspiré de nombreuses vocations artistiques dans la famille : trois petites filles photographes et une fille et une petite fille peintres.

« Je leur ai transmis mon amour de l’art, de la création. Je ne m’arrête jamais. J’ai besoin de créer. Je dessine, je fabrique des objets de toutes sortes, en bois, en papier, en carton, je brode aussi. Je me suis même mise au jardinage. Même lorsque j’étais occupée avec les enfants, j’ai continué à prendre des photos. La technologie évoluait. J’ai ensuite eu un polaroid. Je n’ai jamais pensé que ce hobby pouvait être une profession. Personne ne me l’a jamais dit. C’était une autre époque. Les filles n’étudiaient pas. Elles n’avaient pas le droit de sortir d’ailleurs. Elles passaient de leur père à leur mari. Les femmes de mon époque s’occupaient de leur mari, de la maison, de la cuisine, des enfants. Elles n’avaient pas le droit de sortir, de s’asseoir avec les hommes. Nous apprenions seulement le Coran à la Mutawa’ah. J’allais à la Mutawa’ah Halimah. J’ai juste appris l’alphabet. Je ne savais ni lire, ni écrire. »

En 2010, Sheikha Jasem se fait remarquer par Sheikh Mansoor bin Mohammed qui lui propose une exposition collective et la publication d’un livre de photo du vieux Dubaï. Elle reçoit la même année le prix Sheikh Mansoor bin Mohammed pour la photographie. Elle a reçu de nombreux prix depuis dont celui de Sheikha Aisha Al Qasimi à l’occasion de la Journée Mondiale de la Femme.

« De nos jours les femmes travaillent avec les hommes. Elles sont femmes d’affaires. A quarante ans, j’ai commencé l’école en première année. J’ai étudié jusqu’à la quatrième année mais quant ont commencé les cours d’anglais et de science – et des mots imprononçables comme oxygène- j’ai arrêté. Pourtant je suis ambitieuse. J’aurais pu être professionnelle. J’aurais aimé travailler. Si la société avait été ce qu’elle est aujourd’hui, j’aurais été photographe professionnelle. Mais aujourd’hui alors que ce serait possible, je n’ai plus la force d’aller de l’avant.»

Shaikha Jasem cherche à montrer des photos qu’elle a prises sur l’Ipad familial. De ses doigts courts, elle le feuillette, passant d’une image à l’autre, aussi rapidement que le font ses petits enfants.

« Je ne peux oublier ce qu’a dit Sheikh Mohammed. Un jour viendra où vous sortirez de votre nouvelle maison et vous ne saurez comment y revenir. J’adore cette phrase. »

Une partie des photos ont étét prises au Dubai Heritage Village à Sindagah, exposition Dreams of the Sea

Shaikha Jasem dans son atelier d'Umm Suqeim

Shaikha Jasem dans son atelier d'Umm Suqeim

En arrière plan, quelques unes de ses photos

En arrière plan, quelques unes de ses photos

Autoportrait

Autoportrait

Autoportrait

Autoportrait

Photos des fils de Shaikha Jasem

Photos des fils de Shaikha Jasem

Les hommes passaient trois à six mois au large pour nourrir leur famille.

Les hommes passaient trois à six mois au large pour nourrir leur famille.

On envoyait les dau décharger les gros bateaux de leurs marchandises.

On envoyait les dau décharger les gros bateaux de leurs marchandises.

Sur le dau, les marins chantent des « Naham » pour se donner du courage.

Sur le dau, les marins chantent des « Naham » pour se donner du courage.

Nous habitions une Al Kaimah, une maison traditionnelle en feuilles de palmier.

Nous habitions une Al Kaimah, une maison traditionnelle en feuilles de palmier.

La vie était dure et il n'y avait pas de lumières à Dubaï.

La vie était dure et il n'y avait pas de lumières à Dubaï.

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"Je suis une preuve de plus que les femmes peuvent diriger"

Publié le par Kyradubai

"Je suis une preuve de plus que les femmes peuvent diriger"

Laila Mohamed Suhail est la jeune Directrice générale de l’Etablissement en charge des Evénements et de la Promotion de Dubaï. De son bureau, elle donne le tempo événementiel d’une ville qui s’est forgé la réputation d’être l’une, voire LA, destination shopping la plus courue au monde. INTERVIEW.

Comment le Dubai Shopping Festival (DSF) et l’Etablissement en charge des Evénements et de la Promotion de Dubaï (DEPE) ont-ils vu le jour?

Le DSF a été lancé en 1995 par Sheikh Mohammed et le premier événement a eu lieu un an plus tard. Nous fonctionnions alors comme un bureau. Le DSF est le plus grand festival de Dubaï. Nous sommes chargés de faciliter l’organisation du festival. Nous avons ensuite lancé Dubai Summer Surprises (DSS) en 1998, le deuxième festival de la ville. Cela a eu un impact majeur en terme de fréquentation. En 2008, nous avons continué avec Eid à Dubaï et Ramadan à Dubaï. Puis, en 2009, notre Souverain a passé un décret pour changer le mandat du DSF qui est alors devenu l’Etablissement en charge des Evénements et de la Promotion de Dubaï (DEPE). Notre nouvelle mission consistât alors à travailler à un calendrier d’événements et devenir une plateforme dont le rôle est d’aider à l’organisation de tous les événements de Dubaï. J’en suis la Directrice générale.

Puis-je vous demander votre âge pour être ainsi à la tête des festivals les plus réussis d’une ville comme Dubaï, l’une des destinations les plus prisées en terme de shopping ?

J’ai 36 ans.

Comment en êtes-vous arrivée là?

J’ai débuté comme Coordinatrice sponsors avec le DSF en 1995. J’étais alors fonctionnaire du Département du développement économique. Je suis devenue Sponsor Manager en 2000, Cheffe du marketing en 2004 et j’ai été promue Directrice générale du DSF en 2008. L’étendue et la nature de notre organisation si vivante et active m’ont permis d’acquérir une expérience qui va croissant. Alors que vous organisez vous inter-réagissez avec le secteur privé, le gouvernement et les média. Cela vous donne une immense quantité d’expérience et de connaissances. J’ai été impliquée dans 32 festivals de la ville : 17 ans pour le DSF et 15 ans pour le DSS. J’ai été associée à ces événements depuis le commencement.

Comment avez-vous bâti cette carrière en tant que femme ?

En tant que femmes émiraties, nous bénéficions d’un grand soutien de nos leaders, en particulier Sheikh Mohammed. Il encourage toujours le leadership féminin. Je suis aussi à la tête du Comité Sportif de Dubaï dirigé par le Prince héritier qui croit beaucoup au sport. Même là nous sommes soutenues.

Qui a eu l’idée du DSF ?

Son Excellence.

Vous semblez passionnée par votre travail ?

Je le suis, oui. C’est un domaine vraiment unique où l’on interagit avec les différentes parties prenantes, secteurs de la ville, des gens très divers. Organiser des événements dans une ville comme Dubaï vous met en contact avec tellement de nationalités différentes.

Etes-vous ambitieuse ?

Je suis passionnée. J’aime mon travail. J’adore le secteur événementiel et je suis une personne créative. J’aime trouver de nouvelles idées. J’aime les challenges. Le marketing est ma passion.

Quelle meilleure toile que Dubaï ?

Dubaï est un endroit où les idées prennent forme, où les rêves se réalisent. Ces 15 dernières années, nous avons vu se construire la Marina, Downtown, Burj Khalifa, Dubai Mall. Toutes ces visions, nous en faisons l’expérience chaque jour. Les idées sont réalisées ici. Cela vous pousse à la créativité lorsque vous en voyez les résultats.

Quel était le taux de fréquentation du DSF au début et maintenant ?

Nous avons commencé avec un peu plus d’un million de visiteurs et nous en avons eu 4,6 millions en 2012. Nous avions 15 malls et aujourd’hui nous en comptons plus de 50. Un millier de marques participaient et elles sont plus de 6000 à proposer des rabais et participer à la saison des soldes à présent.

Quel est le secret ou la raison d’un tel succès ?

Notre communication avec les différents secteurs. La chose la plus excitante est que nous travaillons tous ensemble, le gouvernement et le secteur privé. Il existe de nombreuses synergies. C’est la raison de notre succès. Les gens de l’étranger nous demandent « comment faites-vous cela ? » C’est la relation, le travail d’équipe, le soutien que nous nous apportons les uns les autres. Ils sponsorisent nos événements, nous les impliquons dans nos activités, nous leur donnons du feedback, nous les consultons, nous les soutenons, nous facilitons leur business.

En tant que spécialiste de marques, diriez-vous que Dubaï est la meilleure marque pour laquelle travailler ?

Absolument.

Pourquoi est-ce important pour les marques de faire partie du DSF ?

C’est l’une des saisons les plus importantes du commerce de détail. Ils planifient leurs promotions et leurs activités à l’avance en fonction du DSF.

Quel est votre parcours?

J’ai un diplôme du London City College en Traitement et Programmation. Je suis en train de faire un masters via Internet en Programmation au Chartered Institute of Marketing (CIM).

Comment avez-vous convaincu les sponsors de la région et du monde ?

En leur montrant que Dubaï est une ville où les rêves deviennent réalité. Dubaï s’est forgé cette réputation. Grâce à cela, le secteur privé a cru en Dubaï et son leadership, qui a construit la ville comme une marque et a cru en cette marque. Les détaillants ressentent les bienfaits du festival et voient la fréquentation augmenter.

Quel est votre prochain challenge ?

Dubaï a énormément grandi. Lorsque nous avons lancé le DSF en 1996, la ville était différente. Aujourd’hui elle a besoin de plus en plus d’activités, les attentes sont très élevées de la part du gouvernement et du public. Ils attendent de nous que nous réinventions et que nous rajeunissions les festivals.

De quoi êtes-vous le plus fière ?

Faire partie d’un secteur d’activités unique qui bénéficie à l’économie et à la croissance de la ville. Je suis faire de faire partie du secteur événementiel et d’être associée aux marques DSF et DSS. J’ai fait 18 DSF, 16 DSS et 8 Eids !

Combien d’employés dirigez-vous?

65 dans toute la structure DEPE.

Comment est-ce d’être une femme directrice générale ?

Nous sommes bénies dans ce pays d’avoir un gouvernement qui croit aux femmes et à leurs capacités. Malgré le fait qu’au Moyen-Orient nous vivons dans un monde d’hommes, le gouvernement reconnaît notre potentiel. De nos jours le pourcentage de femmes occupant des postes à responsabilité au sein du gouvernement a augmenté et continue d’augmenter. Je crois que le DEPE est une preuve de plus que les femmes peuvent diriger et je l’ai fait depuis quelques temps déjà. J’ai commencé comme employée il y a 18 ans pour DSF et je suis aujourd’hui à la tête d’une équipe professionnelle qui a monté des festivals de renommée internationale.

Etes-vous mariée?

Non mais j’ai une grande famille de huit frères et sœurs et ma mère. Mon père est décédé l’année dernière. Je passe du temps avec mes neveux.

Dans quoi travaillaient vos parents ?

Mon père était un employé des douanes et ma mère femme au foyer.

Ils doivent être fiers de vous?

Ils le sont. Leurs prières, c’est aussi cela qui nous aide à avancer.

Pouvez-vous imaginer votre mère à votre place quarante ans plus tôt?

Notre pays a 41 ans. Nous sommes tous très fiers de ce qu’il est devenu. Un tel développement et une telle croissance en si peu de temps.

Quelle est votre relation avec Sheikh Mohammed ?

Je l’ai vu de nombreuses fois. En dépit de ses responsabilités, il vous traite toujours comme s’il était proche de vous et vous motive à faire plus, il encourage l’équipe de direction.

Quelles sont ses principales qualités qui vous viennent en tête?

C’est un vrai leader. Un homme capable de réaliser les rêves et un père aimant : il nous traite comme si nous étions ses enfants.

Ce n’est pas la première fois que j’entends cela et une telle relation est vraiment propre à Dubaï ?

Nous sommes un peuple très émotionnel.

Que vouliez-vous devenir petite fille ?

Tant de choses. Médecin, ingénieure…

Que diriez-vous aux jeunes femmes qui démarrent leur carrière ?

Je leur dis que nous sommes bénies d’être nées aux Emirats arabes unis et que ce pays offre de grandes opportunités. Tout ce qu’il faut c’est de la passion et du travail et vous pouvez réussir.

Quelles sont vos destinations shopping préférées?

Londres, New York, Hong Kong, Singapour. Je fais du shopping partout. Je suis accroc au shopping !

Le meilleur endroit où faire du shopping à Dubaï ?

Partout.

Plus d'infos:

Le DSF a lieu jusqu'au 3 février 2013

Dubai Shopping Festival 1996 – 2011

Faits & Chiffres

• Le plus ancien festival de ce genre dans le monde (18 ans)

• Nombre de visiteurs atteints 50 millions

• Total des dépenses AED 88 Milliards

• Plus de 40 activités recensées dans le Guinness Book des Records

Année Visiteurs Total dépensé

1996 1,6 million AED 2,15 Milliards

2010 3.5 millions AED 10 Milliards

2011 3.98 millions AED 15.1 Milliards

2012 4.36 millions

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DOSSIER SPORT: La course de fond du Sharjah Ladies Club à faire du sport féminin une évidence

Publié le par Kyradubai

DOSSIER SPORT: La course de fond du Sharjah Ladies Club à faire du sport féminin une évidence

Nada Abdul Razaq Askar, directrice du Département des sports des femmes du Ladies Club de Sharjah, explique l'action menée par Sheikha Jawaher bint Mohammed Al Qassimi et son équipe pour faire évoluer les mentallités et leur ambition pour la nouvelle génération de sportives. INTERVIEW

En quoi Sheikha Jawaher a-t-elle œuvré pour les femmes et le sport ?

Son Excellence a eu, la première, l’idée d’un club uniquement consacré aux femmes et ainsi le Sharjah Ladies Club a vu le jour en 1982. Elle a toujours soutenu le sport pour les femmes. Elle est aussi à l’origine de la première équipe de volleyball en 1993. Nous sommes le premier Club du pays et même des pays du Golfe à avoir des équipes. Le Club a débuté avec trois sports: le volleyball, le basketball et le tennis de table. En 1997, nous avons organisé le premier tournoi du Golfe qui a lieu tous les deux ans depuis. Nous avons ajouté le karaté et le tir. Notre ambition est d’arriver à huit sports en compétition dans les pays du Golfe. Nous voulons aussi participer aux tournois internationaux. Nous avons également organisé les championnats des pays arabes –sorte de jeux olympiques régionaux- l’année dernière pour cinq sports. Ce sont toutes les réalisations du département des sports femmes de Sheikha Jawaher.

Quelle vision avez-vous en tant que directrice du département ?

L’idée est de se développer et asseoir ce département afin de promouvoir la place des femmes dans le sport. En 2009, nous avons reçu le premier prix du concours des organisations locales. Nous proposons huit sports à présent et avons ouvert le premier hall de tir pour femmes des E.A.U. Je voudrais aussi que nous fassions partie du Comité olympique et que nous participions aux tournois olympiques.

Comment êtes-vous devenue directrice du Départements des sports femmes ?

J’ai commencé comme bénévole en 2003 pour organiser le tournoi des pays du Golfe. En 2008, nous avons créé le Département et son Excellence m’a choisie pour le diriger.

Quelle est votre mission ?

Participer aux J.O. 2016 au Brésil. Il faudra beaucoup s’entraîner et planifier afin d’avoir des joueuses qualifiées. Il faudra aussi travailler à changer la culture des femmes aux E.A.U., à l’approbation par la société de la présence des femmes dans le sport. Depuis que nous avons commencé, les choses ont beaucoup évolué. Avant 2005, les hommes et la société n’acceptaient pas que les femmes fassent du sport. Seuls quelques exceptions le toléraient. Grâce à nos hauts dirigeants qui soutiennent les sportives et croient aux femmes, nous avons vu fleurir des comités, des départements et un soutien académique en faveur des femmes dans le sport à Dubai, Abu Dhabi ou Sharjah. C’est une très bonne chose aux E.A.U. Mais il nous faut encore plus de soutien de la part des hommes et des médias. Si mon père et mon frère me m’épaulent, je réussirais mieux que si je suis seule à lutter.

Qu’est ce qui pose encore problème ? L’habillement, par exemple?

Des questions traditionnelles… Si une femme veut jouer, elle le peut mais dans un environnement de femmes uniquement. Elle ne doit pas apparaître dans les magazines ou à la télévision en habits de sports. Elle doit se montrer en conformité avec la culture et l’Islam: sa tenue de sport est adaptée et elle met le hijab, de longues manches, de longues jupes, etc… Grâce aux changements dans notre culture, certaines familles acceptent que leurs filles jouent sans. Lors de chaque tournoi, nous demandons la permission des parents. Certains acceptent. Le dernier tournoi des pays arabes était couvert par les média. C’était même du live.

Et qu’en est-il des déplacements seules à l’étranger ?

C’était une préoccupation mais nous participons maintenant à des tournois où des hommes sont présents. Les familles savent que nous prenons soin de leurs filles. Elles sont plus concernées par leurs études lorsque les filles ont des examens en même temps.

Existe-t-il encore des sports que les filles ne peuvent pratiquer ?

La natation est encore un peu difficile. Ce n’est pas encore vraiment accepté que des filles pratiquent ce sport en raison des maillots de bain. La gymnastique et même le tennis peuvent poser problème. Les mini jupes que vous voyez dans les tournois internationaux… Et c’est quelque chose que nous ne pouvons pas changer. Cela prendra un peu de temps mais je crois que cela finira par être toléré. Bientôt nous aurons une équipe de tennis féminine. Les filles y jouent déjà comme hobby.

Quels sports sont traditionnellement populaires aux E.A.U ?

Les Emiratis aiment les sports d’équipe. Ils adorent le basket et le volleyball. Nous avons maintenant une grande équipe de tir car il est plus facile rapide de gagner une médaille seul. Le tir à l’arc est encore un sport très nouveau ici. Mais nous avons déjà 15 filles qui le pratiquent. Sinon, les sports traditionnels sont la chasse aux oiseaux, les courses de chameaux et de chevaux, de bateaux, et la fauconnerie.

L’Islam encourage-t-il les femmes à pratiquer le sport?

L’Islam soutient le sport des femmes. Dans le Coran, vous pouvez lire que des femmes montent à cheval et pratiquent le tir à l’arc. Il y a des femmes dans l’armée et c’est sain pour les femmes de faire du sport.

Les filles s’arrêtent-elles de faire du sport quand elles se marient et ont des bébés ?

Certaines continuent mais la plupart arrêtent à cause de leurs maris, des bébés, de la nouvelle vie, ce qui est une erreur. Dans notre équipe de tir la plupart des femmes sont mariées et elles s’entraînent même enceinte ! Je dis toujours aux filles « il s’agit de vous et pas de vos maris ». Vous devez en discuter sinon elles sont stoppées en plein dans leur essor. Cela fait partie de notre culture et c’est quelque chose que nous devons changer. Je viens moi-même de me fiancer et avant de m’engager j’ai dit à mon futur mari : « C’est qui je suis. Je voyage, je travaille. Je ne changerais jamais ma vie. » Je lui ai dit : « Pour toi je ferai n’importe quoi mais j’espère que nous pouvons tous deux accepter nos futures vies ». J’espère que les membres de notre société vont commencer à penser ainsi. Les rapports hommes-femmes sont encore très traditionnels. Mais ici à Sharjah nous nous ommes ouverts plus vite que dans d’autres émirats car son Excellence et notre gouvernement croient au changement pour les femmes et soutiennent la présence des femmes dans les conseils gouvernementaux et dans des postes de prise de décision.

Nada Abdul Razaq Askar a travaillé pour le Conseil Suprême en charge des affaires familiales et de la femme de Sharjah, dirigé par Sheikha Jawaher bint Mohammed Al Qassimi, avant d’être nommée à ce poste.

DOSSIER SPORT: La course de fond du Sharjah Ladies Club à faire du sport féminin une évidence

GRAINES DE CHAMPIONNES. PORTRAIT DE QUATRE SPORTIVES MEDAILLEES.

« Faire du sport, c’est aussi une façon de vivre selon nos traditions »

Moza a commencé le tir à l’arc à l’âge de 11 ans. Dans son école Alzuhour à Sharjah, ils distribuaient de la documentation sur ce sport. « Tiens c’est nouveau, me suis-je dit, je vais essayer. Le Prophète - que la paix soit avec Lui- nous dit d’enseigner la natation, le tir à l’arc et l’équitation à nos enfants. Donc c’est aussi une façon de vivre selon nos traditions. » Le tir à l’arc n’est pas encore un sport très développé aux Emirats comme le sont le football, le volleyball, l’équitation ou le tir, mais des équipes et des écoles voient le jour. Jusqu’à peu la seule équipe était au Sharjah Ladies Club (SLC) et le pays ne compte qu’une douzaine d’archers. Moza semble réunir toutes les qualités requises pour y exceller : concentration, calme et force. Et il en faut en effet pour tendre l’arc. « J’ai commencé au niveau 18, le plus faible, maintenant je suis à 38, le maximum, annonce-t-elle. Je suis le meilleur archer féminine des Emirats, » avoue-t-elle fièrement. Moza a participé pour la première fois à une compétition réunissant les pays d’Asie à Irkousk en Russie en 2012. « Nous sommes arrivés 9ème. Ma mère m’a accompagnée. Mes parents sont très fiers. Je veux devenir professionnelle et être connue à l’étranger, » explique la jeune collégienne dont la maman se réjouit de voir sa fille pratiquer un sport. « Ma mère ne pouvait pas faire de sport à son époque et elle est heureuse que je puisse. » Moza a un nouveau but : se préparer aux Jeux Olympiques de 2016. Gymnastique, poids, Moza s’entraîne trois fois par semaine en tous cas avec Amira Nada, sa coach qui fut la première championne arabe de tir à l’arc. Pour ce qui est de son avenir, Moza espère étudier l’architecture à l’université américaine de Sharjah et continuer à exercer sa passion. « J’espère que je pourrais continuer lorsque je me marierais parce que certains maris n’aiment pas que leurs femmes pratiquent un sport. Ils veulent qu’elles restent à la maison. »

DOSSIER SPORT: La course de fond du Sharjah Ladies Club à faire du sport féminin une évidence

« Cela nous met à l’aise de faire du sport entre femmes »

Voilées et en survêtement, Mariam et Hannah, n’en restent pas moins féminines. Elles sont respectivement spike number 2 et setter en première section de volleyball, sponsorisées par le SL. A respectivement 19 et 18 ans, cela fait cinq ans qu’elles pratiquent ce sport et ont décroché quelques médailles et victoires pour l’équipe nationale junior des Emirats Arabes Unis dont elles font partie: seconde place au tournoi réunissant les pays du Golfe en 2011 et première place au tournoi des pays arabes. Mariam a voulu marcher dans les traces de son père, commandant dans l’armée de l’air, qui jouait déjà au volley. Le club de Sharjah lui en a donné l’opportunité. « Ici, nous n’avons pas encore beaucoup de qualifications sportives et pas d’autres endroits où les exercer. Nous sommes musulmanes et cela nous met à l’aise de pouvoir faire du sport entre femmes.» Hannah, quant à elle, faisait partie des sportives de Waset Model School , son école à Sharjah. Natation, gymnastique, basketball, ping pong, elle s’y est essayée, avant de littéralement découvrir le volleyball. La jeune fille qui souhaite part ailleurs intégrer l’université de Sharjah en génie électrique, parle avec passion des maths, de la physique et… du volleyball. « J’aime ce sport parce qu’il s’agit plus de briller comme groupe, comme équipe que comme individu. Il faut vraiment faire confiance à ses partenaires, vous dépendez d’eux. Et il y a beaucoup de stratégie et de réflexion. Et ce club est comme une famille, » explique-t-elle. « Ma mère est ma plus grand fan ». Et son père ? « Il a peur que je voyage seule ou que je rentre tard. Et il n’apprécie pas que je sorte beaucoup, » avoue-t-elle. Dans la famille, une de ses quatre sœurs a pourtant pratiqué le basketball avant d’arrêter pour se consacrer à ses études de dentisterie. Quant à l’un de ses six frères, c’est un athlète : il pratique la boxe, le « cage fighting » porte les couleurs de Redbull. « Mais, à cause de nos traditions, c’est plus facile de pratiquer le sport pour les garçons. Ils peuvent aller où ils veulent quand ils veulent, jouer partout à tous moments. Ils n’ont pas besoin de porter un voile. Nous n’avons pas cette liberté. Et nous ne jouons pas aussi bien avec le voile. Bien sûr, nous suffoquons dessous, avoue-t-elle. Il faut chaud. » Entre elles, les sportives jouent en T-shirt et bandana. Mais lorsque les matchs sont retransmis à la télé, elles se couvrent en pantalon, body, T-shirt à manches longues et hijab. Les jeunes filles concèdent y être habituées et s’accordent à dire qu’elles ne remettent pas en cause le port du voile. « Ce qui ne nous semble pas compréhensible aujourd’hui, prendra son sens à l’avenir, comme porter le voile. Jeune, on ne comprend pas toujours ce qui est bon pour nous, » explique Mariam. Par contre, elles souhaiteraient un peu plus de liberté pour les déplacements à l’étranger. Mariam a déjà participé à des compétitions internationales au Koweit ou en Egypte car sa famille est ouverte d’esprit. « Mais pour certaines filles ce peut être un problème ». Quoi qu’il en soit, elles sont conscientes des progrès accomplis. Du temps de leurs mères, les femmes ne pouvaient pas sortir ainsi et un tel club n’existait pas. « Elles étaient mariées à 16 ans et leurs familles ne les auraient pas laissées pratiquer un sport comme c’est le cas pour notre génération. Les choses évoluent. Je me marierai après avoir terminé mes études universitaires et rien n’est planifié. Ma famille choisira des candidats mais je prendrai la décision finale,» explique Mariam. Joueront-elles aussi souvent et aussi intensément, elles ne peuvent le garantir mais le volleyball restera dans leur vie, en amateur ou en tous cas « pour rester en forme ». Pour le moment, Mariam est étudiante à la Zayed University de Dubai et pense à une carrière dans les relations internationales ou la politique. Et caresse un rêve lointain : « devenir pro de volley ». Inch Allah. Elle est motivée puisqu’elle s’entraîne 4 à 5 jours par semaine en temps normal et jusqu’à six jours en temps de compétition. « Nous avons aussi des campings d’entraînements où nous nous entraînons deux fois par jour et sommes soumises à des règles strictes : extinction des feux à 22h00, lever aux aurores, 12 heures en camp. » « Et ils nous enlèvent nos portables pour être sûr qu’on dorme ! » plaisante Hannah.

DOSSIER SPORT: La course de fond du Sharjah Ladies Club à faire du sport féminin une évidence

Yasmin, championne de tir à la carabine, un sport en plein essor chez les femmes

Yasmin Abdul Rahman est la championne attitrée de tir à la carabine à air comprimé des Emirats Arabes Unis. Du haut de ses seize ans, cette jeune adolescente affiche la détermination propre aux athlètes de sa catégorie. Et aujourd’hui, elle est déçue car elle n’est arrivée qu’en deuxième position de la compétition organisée en interne par le Sharjah’s Ladies’s Club dont elle est membre. « Ce n’est pas un sentiment agréable de finir deuxième, dit-elle. Mais on ne peut pas toujours être la première. C’est une petite compétition, minimise-t-elle, il vaut mieux être en tête lors des matchs importants ». C’est dit. Mais elle a beau dédramatiser cette petite défaite, son visage affiche une moue renfrognée. Elle qui virevoltait au milieu de ses comparses quelques minutes plus tôt, se laissant passer la main dans ses cheveux auburn coupés en brosse par ses camarades toutes voilées, leur lançant des boutades les faisant manifestement rire, semble accuser le coup. Car la jeune Emiratie a deux ambitions : pratiquer le tir en professionnelle et se qualifier pour les J.O. de 2016 au Brésil et devenir ingénieure en pétrole. On la sent qui bouillonne. Et pourtant, le tir demande concentration, discipline, force, équilibre et… patience. Elle reconnaît qu’elle a de la peine à se contenir. « Le tir m’aide, admet-elle, avant j’étais encore plus impatiente ». Serait-ce son côté russe hérité de sa mère, originaire d’Ijevsk, la capitale d’Oudmourtie à l’est de Moscou ? Cette mère grâce à qui, justement, elle a commencé à pratiquer le tir deux ans plus tôt. « Elle a lu dans un article qu’ils cherchaient des filles pour pratiquer le tir à Abu Dhabi et m’a demandé pourquoi je n’essayerais pas… On a trouvé ce club –il y en a deux aux Emirats, l’autre est Al Ain. Et voilà, » conclut-elle. Yasmin va droit au but comme lorsqu’elle tire. Ses réponses fusent, courtes et efficaces. Quant à son père, originaire de Dubai, « il ne s’est pas du tout opposé à mon choix. Il pense que chacun doit faire ce qui lui plaît ». Chez Yasmin, les deux cultures russes et émiraties, cohabitent ; les deux religions, orthodoxes et musulmanes coexistent sans poser de problème. Tout comme elle évolue sans voile. « Je n’en porte pas et n’en porterais pas». Dubai est la ville de Yasmin et elle est fière d’en représenter les couleurs. Elle est arrivée troisième aux jeux arabes en mars 2012 et première aux jeux du Golfe en novembre de la même année. Des résultats qui ont un prix. En plus de fréquenter l’école Amna bint Wahab de Dubai, elle n’hésite pas à faire 30 minutes de route pour venir s’exercer 4 heures tous les deux jours à Sharjah. Des filles championnes de tir au pistolet et à la carabine, un sport traditionnellement réservé aux hommes, ce n’est pas encore quelque chose de tout à fait naturel dans la région, même si l’administration les soutient. Aux Emirats, les femmes subissent le même entraînement que les hommes dans l’armée au sein du Khawla bint Al Azwar Training College, ou dans la police au sein du Dubai Police College. C’est l’un des plus grand progrès du pays vers l’égalité des sexes. Alors, Yasmin est ses compagnons d’armes contribuent tous les jours à inspirer de nouvelles candidates à ce sport.

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Le Sharjah Ladies Club en deux mots

Créé en 1982 sur l’initiative de Sheikha Jawaher bint Mohammed Al Qassimi, présidente du Conseil suprême en charge des affaires familiales et des femmes, le Sharjah Ladies Club est l’organisation pionnière de « femmes pour les femmes » aux Emirats Arabes Unis (E.A.U). Celle qui est aussi l’épouse du souverain de l’émirat de Sharjah, Sheikh Sultan bin Mohammed Al Qassimi, avait alors pour ambition de créer un espace où les femmes pourraient exercer leurs passe-temps et autres activités comme le sport en toute liberté à l’abri du regard des hommes. Depuis sa création, nombre de clubs réservés aux femmes ont vu le jour aux E.A.U, les encourageant à pratiquer des sports et autres activités créatives. Intimité et sécurité sont les principes de base du Club qui s’emploie à soutenir et améliorer la condition des femmes dans la société. Le SLC collabore avec le Conseil suprême en charge des affaires familiales et des femmes ou le Conseil des femmes d’affaires de Sharjah notamment lors de la dernière campagne nationale de sensibilisation au cancer du sein « The Pink Caravan ».

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"Nous sommes la seule galerie photo du Moyen-Orient". Gros plan.

Publié le par Kyradubai

"Nous sommes la seule galerie photo du Moyen-Orient". Gros plan.

Vous la trouverez tous les jours dans sa galerie, Empty Quarters, sa seconde nature, ou aux alentours, dans Gate Village dont elle a contribué au buzz artistique. La photographie est non seulement sa passion mais Safa Al Hamed a une ambition plus large : transmettre son goût et ses connaissances de l’art aux jeunes Arabes de la région. Rencontre.

Comment avez-vous eu l’idée d’ouvrir Empty Quarters, une galerie entièrement dédiée à la photographie ?

Princess Reem Al Faysal (associée) a un message à faire passer. Elle m’a donné l’inspiration et l’amour de la photo. Nous sommes la seule galerie photo des Emirats arabes unis et du Moyen Orient. Empty Quarters a officellement ouvert ses portes en mars 2009 mais Princess Reem et moi avions cette idée en tête deux ans avant son ouverture. Princess Reem en est à l’origine. Nous sommes les premières à avoir lancé une galerie de ce type sur ce marché. Il n’y avait rien. Si nous ne nous étions pas jetées à l’eau, il n’y en aurait pas.

Parlez-nous du marché de l’art à Dubai ?

Le marché de l’art progresse très rapidement ici. En Europe, il est déjà à son pinacle mais ici il est en plein développement. Tous les artistes viennent à Dubai car ils sentent le potentiel créatif et de développement.

Quelles ont été les réactions à l’ouverture de la galerie ?

Beaucoup ont adoré l’endroit même si ils avaient des doutes sur le fait que nous nous concentrions sur la photo uniquement. C’est un marché de niche. « Pourquoi seulement la photo ? Y a-t-il des collectionneurs ici pour ce marché ? » s’interrogeaient-ils. « Vous payez un loyer très cher… Exposez des peintures, des sculptures au moins… » Voilà les réactions des visiteurs locaux ou non et des artistes. Cet endroit est le mieux situé (Empty Quarters se trouve dans Gate village, en face du restaurant français La Petite Maison) et les artistes venaient nous demander de les exposer. Nous devions leur dire « non, nous ne faisons que de la photo… »

Et d’ailleurs vous ouvrez une galerie traditionnelle ?

The Cube Art Gallery. C’est aussi un projet unique. Nous sommes trois associées : Princess Reem Al Faysal, Lulu Al Hamood qui est artiste aussi, et moi-même. Ensemble nous avons un message spirituel. Nous espérons ouvrir Cube Art en Mars. Nous essayerons de le faire une semaine avant Art Dubai si la logistique autour nous le permet.

Quelle est la démarche de vos expositions ?

Notre style est différent. Dans chaque exposition, il y a une histoire en coulisses. Nous envoyons beaucoup de messages. Chaque artiste a son propre message d’ailleurs. C’est aussi comme une sorte de musée en même temps.

Vous me disiez vouloir éduquer les gens de la région en ce qui concerne l’art ?

Oui, notre but est d’éduquer les gens, leur montrer la valeur de l’art. Nous ne sommes pas là pour vendre uniquement. Si vous me le permettez, je vais faire une comparaison avec la cuisine : certaines personnes vont diner La Petite Maison, d’autres prendront du Kentucky. Princess Reem me disait qu’en tant que photographe, elle voulait éduquer les Arabes à ce qu’est la photographie. C’est un marché émergent.

Recevez-vous des aides de sponsors privés ou du gouvernement ?

Nous n’en avons sollicité d’aides mais nous allons changer de stratégie cette année afin d’être plus actifs. Nous faisons tout cela pour les prochaines générations. Dans 50 ans, nous serons reconnus comme les meilleurs en terme de qualité, d’impression, de capacité à raconter des histoires. J’entrevois la lumière.

Comment est-ce de travailler comme femme locale à Dubai ?

Sheikh Mohammed a toujours inspiré les femmes. Il les aide à démarrer et les veut éduquées et fortes. C’est un grand soutien. Mais, vous savez, même nos parents nous aident, nous aident choisir pour nous-mêmes. Personnellement, au début, j’ai commis beaucoup d’erreurs. Je n’avais pas de sens pratique. J’étais émotionnelle. J’ai gagné en expérience et j’apprends encore. Les décisions étaient loin d’être faciles car il n’y avait rien ici. Il fallait une vision mais il n’y avait rien à quoi se raccrocher. Nous avons du faire beaucoup de marketing.

Comment votre père a-t-il réagi lorsque vous lui avez annoncé que vous alliez ouvrir une galerie d’art consacrée à la photo ?

Mon père a ri et s’est moqué de moi au début. « Si tu veux t’amuser, vas-y, » m’a-t-il dit. Chacun a un rôle dans cette vie. Nous avons un message à délivrer. Il y a des gens à éduquer. Il existe trois catégories de gens : ceux qui donnent, ceux qui donnent et prennent en échange, et ceux qui prennent. Je suis de la première catégorie. Je suis désolée de m’exprimer ainsi mais nous sommes plus que des animaux qui se contentent de se nourrir et de se reproduire. Nous aspirons à autre chose. Tout le monde cherche à être heureux et certaines personnes le sont quand elles donnent. On ne peut pas se satisfaire en prenant. En fait, ici les gens sont des donneurs. C’est pourquoi cette ville s’est construite comme ça. Ici, nous pensons aux autres, nous les gardons à l’esprit lorsque nous bâtissons. Il y a beaucoup de gens de la première catégorie ici. Si vous donnez, vous réussirez. C’est la vie : donnez, donnez, donnez et ne pensez pas au retour.

Qu’aimez-vous dans la photographie ?

J’aime l’histoire, le message, le côté spirituel qui s’en dégage et les souvenirs. C’est un medium rapide aussi. La photographie capture les choses, les moments. Un musée sans photos n’est pas un musée. Les photos nous parlent du passé. Elles sont documentaires. J’aime l’histoire. Notre qualité d’impression est très bonne et nos photos resteront en état des centaines d’années. C’est important que les gens sachent qu’elles leur survivront. Sinon, elles n’ont pas de sens. Nous allons ouvrir un studio d’impression à Al Quoz, peut être en mars également…

Que voyez-vous comme évolution depuis que vous avez ouvert il y a cinq ans ?

Entre 2007 et 2013, j’ai déjà été témoin d’une grande évolution du marché de l’art à Dubai. En 2007, nous étions seuls Gate Village ! Nous ne savions pas si Gate Village deviendrait ce quartier de galeries.

Es-ce plus acceptable aujourd’hui de faire carrière comme artiste lorsqu’on est émirati ?

Pour la plupart des artistes c’était difficile. La vieille génération leur disait « fais quelque chose de sérieux ! » C’est plus accepté d’être artiste pour la nouvelle génération. Avec un job à côté pour pouvoir vivre.

Êtes-vous la seule à avoir opté pour une carrière dans le monde fde l’art dans votre famille ?

Oui. Nous sommes sept frères et sœurs et les autres sont soit avocats, hommes d’affaires, ou dans la construction dans le groupe de mon père.

Quels sont vos photographes préférés ?

Steve Mc Curry bien sûr, mais tout le monde aime son travail. Le travail de Princess Reem qui est rempli de sens et d’âme. J’aime son style mais le sens qu’elle donne à son travail. Ce sont des photos en noir et blanc. Nous avons aussi découvert et exposé Al-Moutasim Al Maskery, un photographe d’Oman. Il est encore peu connu mais je vois son avenir. Dans cinq ans, vous verrez. Il a du talent.

Avez-vous des photographies au mur chez vous ?

Dans ma chambre, j’ai une photo de Marti Becca et une de Gonoviva. Et dans la maison… Mon père adore les portraits, en fait. Je réalise ça en vous parlant. Il collectionne des portraits de famille. Vous voyez, comme moi, il aime la photographie. Je dois le lui dire ! (elle rit) Il y a 20 ans, un photographe anglais connu a fait des portraits de mes parents et c’est sans doute l’un des meilleurs de mon père. Il l’adore.

Travaillez-vous à d’autres projets ?

Nous planifions d’ouvrir une école de photographie. Ce sera un centre dédié à la photo dans DIFC, The gate village.

Avez-vous des rêves pour Dubai et la région ?

Je suis fière d’être originaire d’ici. C’est une industrie en progrès. Dans tous les domaines. Je le vois. Le gouvernement fait de son mieux pour nous rendre heureux et travaille dur pour cela. Les gens d’ici aiment leur gouvernement et Sheikh Mohammed est comme un père pour nous. Vous savez sur ma table de nuit j’ai une photo de Sheikh Hamdan bin Mohammed Al Maktoum et de Sheikh Mohammed comme des membres de ma famille. Vous ne trouverez cela nulle part ailleurs dans le monde. Nous l’aimons. C’est un donneur. Il est très généreux. Sheikh Zayed et Sheikh Rashid ont enseigné à aimer le peuple. Dans la vie, souvenez-vous de cela : si vous dites les choses avec le cœur, elles atteindront le cœur ; si vous dites les choses avec la bouche, elles atteindront l’oreille.

Vivez-vous de façon traditionnelle ?

Les traditions sont importantes. Nous vivons ainsi. Ce matin, j’ai pris mon petit déjeuner, assise par terre. C’est important de garder sa personnalité. Et c’est ce que les gens cherchent. Si vous allez au Japon ou en Chine, ce qui vous intéresse c’est de découvrir leur traditions sinon on trouve des Starbucks partout.

Quelle est la ville de vos rêves ?

Sheikh Mohammed transforme nos rêves en réalité. Il va au delà de nos rêves. Que peut-on vouloir de plus ?

Avez-vous vécu à l’étranger ?

Non. J’ai passé quelques mois à l’étranger mais je n’ai jamais vécu ailleurs.

Votre endroit préféré ici ?

J’aime la vue sur la mer depuis le Jumeirah Beach Hotel.

Comment vous ressourcez-vous ?

Je rentre chez moi, dans ma chambre. Je me retrouve et je médite. Je suis très spirituelle. Si je suis triste, par exemple, Je regarde vers le haut, et je suis convaincue qu’Il va me sauver.

La galerie expose actuellement le travail de Marc Riboud

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"The Bright Side of The Bones", l'oeuvre mortelle de Maisoon Al Saleh

Publié le par Kyradubai

"The Bright Side of The Bones", l'oeuvre mortelle de Maisoon Al Saleh

Maisoon Al Saleh descend de la Burj Khalifa dans laquelle elle travaille sur un projet collectif et traverse le Dubai Mall à pied pour rejoindre le café dans lequel nous avons rendez-vous car son atelier est en travaux. Cette jeune artiste aurait presque le don d’ubiquité tant elle exerce d’activités. Fonctionnaire le matin, artiste l’après midi, plongeon dans l’emploi du temps d’une jeune Emiratie inspirée. INTERVIEW.

Où avez-vous étudié ?

Aux Emirats. Je suis diplômée de l’école privée Al Ittihad. J’ai fait les Beaux Arts. J’ai ensuite été à l’Université Zayed où j’ai fait une spécialisation en design d’intérieur.

Vous avez vécu à l’étranger ?

Lorsque j’étais enfant mon père a fait un master aux Etats-Unis. J’ai donc été élevée là bas et ma première langue était l’anglais. Mais je suis émiratie. Je suis née ici mais éduquée aux Etats-Unis. Nous vivions entre le Michigan et Washington DC. Lorsque mon père a terminée ses études nous sommes revenus ici et j’étais encore petite fille.

Vous avez toujours voulu être artiste ?

L’art est très présent dans ma famille. Ma mère m’a raconté qu’enfant déjà, j’étais très attirée par l’art. J’aimais mes crayons de couleurs et quand on essayait de me les enlever, je pleurais. Je devais les emmener partout avec moi ainsi que mon carnet de croquis et ce, depuis petite. Vous savez mon père exerce une profession artistique, ma mère est dans la mode, ma tante est artiste…

Vous venez d’une famille où l’art est donc accepté et valorisé en tant que profession ?

Oui, j’ai été éduqué avec les arts.

Pourriez-vous vous définir ? Votre caractère, votre travail…

(ndlr : Maisoon met du temps à répondre à la question. Elle n’en comprend pas le sens.) J’ai un grand sens de l’humour et il y a de l’ironie dans mon travail. Les squelettes posent et sourient aux gens qui les regardent. Ils ont ce sens de l’humour qui transparait dans leur attitude.

Comment se fait-il qu’une jeune personne comme vous (ndlr : Maisoon a 25 ans) soit si fascinée par la mort ? La mort est prédominante dans votre oeuvre…

Je voulais montrer un autre aspect de la mort car généralement les gens ne voient que le côté négatif. Je voulais l’aborder d’une façon plus positive. Je montre des scènes de la vie en société, soit en imitant des célébrités, soit en montrant comment la mort les affecterait. Des gens m’ont soit raconté comment certains avaient été touchés par la mort ou j’ai lu des choses dans les journaux… Je voulais que cela se reflète dans mes oeuvres pour que les gens y repensent en les voyant.

Parlez-vous librement de la mort dans votre culture ? Ou est-ce tabou comme cela peut l’être aux Etats-Unis ?

Nous en parlons librement.

Dubai est une ville très tournée vers la vie, la jouissance de la vie, la consommation. La mort n’est pas tellement quelque chose de visible ici ?

Cela nous arrive à tous alors pourquoi ne pas affronter cette réalité ? Au bout du compte, tout le monde meurt.

Vos œuvres symbolisent-elles la mort d'une partie de vos traditions en raison de toute cette modernité et des influences extérieures ?

Je ne fais pas ce lien entre ma culture et mon travail.

Vous êtes juste fascinée par la mort en soi ?

Oui. Et le sens de l’humour pour en apaiser le concept. Quand les gens regardent mes œuvres, que d’autres cultures les reçoivent, ils font un pas en arrière. Mais dès qu’ils perçoivent l’humour, vous les voyez pénétrer dedans et rire et poser des questions, essayer d’en savoir plus et la curiosité vient. D’après ce qui m’est rapporté, les gens interprètent mon travail de façon trop dramatique. J’ai fait cela d’un angle totalement différent. Même si ça reste sérieux.

Pourriez-vous décrire vos différentes séries ?

J’en ai deux. « The bright side of the bones » avec les squelettes, qui est terminée. L’autre s’appelle « Dara series ». Je suis la première émiratie à avoir obtenu sa licence de plongée. Je plonge en haute mer à la découverte d’épaves et je peins sous l’eau. Mon travail sera exposé lors d’un Solo show le 12 mars à la ARA Gallery, Downtown Dubai.

Comment vous est venue cette idée ?

Je savais qu’il y avait des épaves et un avion coulé quelque part dans la région alors j’ai passé ma licence de plongée pour aller voir cela de plus près et peindre sous l’eau. C’est un mélange car ce travail est emprunt de sérénité et en même temps je suis face à quelque chose de très concret en face de moi. Mon imagination prend le dessus sur ce qui se joue juste devant moi.

C’est aussi un héritage de votre culture : les pêcheurs de perles. Combien d’entre eux sont morts en plongeant pour aller récupérer ce qui était l’un des principaux revenus à l’époque ?

Oui cela en fait partie. D’ailleurs en plongeant, il m’est arrivé un ou deux incidents. Un peu comparable aux pêcheurs de perle. Dans mon cas, c’était plus un manque d’oxygène. Au même moment mon masque s’est rempli d’eau et je suffoquais. J’ai mis un moment avant de récupérer mon calme. J’ai vraiment cru que j’y restais car j’étais à 18 mètres de profondeur. C’est arrivé soudainement alors que je descendais. Je me suis propulsée vers le haut pour respirer mais mon binôme m’a attrapée afin que je ne monte pas trop vite pour éviter des problèmes de dépressurisation. J’ai eu de la chance. Non, vraiment.

Vous avez vraiment ressenti ce que les pêcheurs de perle vivaient ?

Oui j’ai ressenti leur lutte.

Vous documentez votre travail ?

Je me suis concentrée sur les 40 personnes qui sont mortes sur le Dara, l’épave du bateau, les choses qui étaient devant mes yeux. Raconter leur histoire à travers mon travail.

Quelle est l’histoire du Dara ?

On l’appelle le Titanic de Khalij. Le moteur a explosé et les passagers ont essayé de s’échapper. Ce qui est drôle c’est que mon grand père et mon oncle étaient sur ce bateau mais que je ne le savais pas. J’ai parlé à mon grand père de ce projet et il s’est exclamé « J’étais sur ce bateau » et je ne pouvais y croire. Donc j’ai eu la version live grâce à lui. Et il y avait des contradictions entre sa version et ce que j’ai lu sur internet. Tout n’est pas vrai sur internet.

Quelles leçons en avez-vous tirées ?

Le bateau transportait de l’argent. Il venait d’Inde et cheminait vers les pays du Golfe. C’est un bateau qui a été construit entre l’Inde et le Royaume Uni. Il a coulé entre Dubai et Abu Dhabi.

Combien de fois avez-vous plongé pour le dessiner ?

Je plonge 45 minutes puis je dois remonter et me reposer donc je ne peux pas finir ce projet en une fois. J’y suis allée beaucoup de fois, je ne sais même plus combien. Je suis toujours en phase de création et mon agent sélectionnera ce que l’on montrera à l’expo.

En quoi votre culture imprègne votre oeuvre ?

La plupart de mes œuvres sont liées à la culture des Emirats, notre héritage. Vous avez remarqué que nous portons le voile et l’habaya et dans mon œuvre vous voyez des éléments de cette culture. Ils sont intégrés dans mon œuvre.

Vous portez toujours l’habaya en public ?

Lorsque je voyage je ne porte qu’un voile et quand je travaille au studio je suis soit en habaya soit en manteau arabe avec le voile.

Et sous l’eau comment faites-vous ?

J’ai une partenaire de plongée femme et on ne voit jamais la partie supérieure de mon corps. J’ai des vidéos de moi travaillant où l’on voit mes cheveux et mon visage mais lorsque je les poste sur YouTube ou sur des sites publics je les coupe.

Pourquoi est-ce important pour vous de vous voiler ?

Pour des raisons religieuses. Je suis croyante.

Diriez-vous que vous venez d’une famille traditionnelle ?

Oui. Ma famille vient de Ras al Keima, un endroit qui s’appelle Al Rams. Avant l’Union, ma famille a déménagé à Dubai. Mon arrière grand père était le chef d’une partie d‘Al Rams. Nous avons un château là bas. Nous étions une tribu, Al Tunaiji.

Avez-vous l’impression de faire partie d’une jeune génération d’artistes ici ?

Nous ne nous fréquentons pas et nous travaillons de façon indépendante.

Vous avez des amis artistes ?

Oui mais on se voit à des évènements ou sur Facebook et Twitter.

Avez-vous une résidence d’artiste ?

Non et je n’aime pas être attachée à un endroit. J’ai mon atelier. J’aime ma liberté. Même avec les galeries avec lesquelles je travaille, je ne signe pas de contrat. Je suis comme ça.

Quel artiste est-il un modèle pour vous ? Qui admirez-vous ?

Damien Hirst. Il existe des similitudes entre mon travail et le sien. Quand je lis des choses sur lui, je n’arrête pas de me souvenir de choses que j’ai faites dans mon enfance. C’est plus une attitude.

Sentez-vous une différence du fait d’être une femme en tant qu’artiste ?

J’ai autant de liberté qu’un homme. Je ne ressens aucune différence.

Quel est votre rêve ?

Avancer dans ma carrière. Je ne me suis jamais installée sur ce que j’ai accompli. Je veux toujours en faire plus.

Vous avez été beaucoup exposée à l’étranger ?

Aux Etats-Unis, en Espagne, en Grèce, en Italie et je viens juste d’avoir un solo show à Singapour.

Vivez-vous de votre art ?

Oui mais je travaille en même temps au département de la communication du ministère de l’Economie.

Que faites-vous à la Burj Khalifa ?

Nous travaillons sur un projet qui s’appelle « Work at the top». Nous sommes une poignée d’artistes à travailler sur ces sculptures de la Burj Khalifa qui sont mises à notre disposition. Le vernissage aura lieu le 12 janvier je ne sais pas encore où.

Où trouvez-vous vos idées ?

Je les trouve dans mon entourage et j’en ai sans cesse ! En fait, je n’ai pas le temps de tout réaliser !

Pour plus d’infos :

Le site de Maisoon Al Saleh

http://www.punkarabia.com/

Dara project

http://www.punkarabia.com/news.html

Avec Sheikh Mohammed bin Rashid Al Maktoum, Premier Ministre et ruler de Dubai et Vice Président des Emirats Arabes, à Sikka Art Fair Dubai

http://www.punkarabia.com/exhibitions/gallery.html

"The Bright Side of The Bones", l'oeuvre mortelle de Maisoon Al Saleh
"The Bright Side of The Bones", l'oeuvre mortelle de Maisoon Al Saleh
"The Bright Side of The Bones", l'oeuvre mortelle de Maisoon Al Saleh
"The Bright Side of The Bones", l'oeuvre mortelle de Maisoon Al Saleh

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