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Manal bin Ismail, ambassadrice de son pays, démonte les stéréotypes véhiculés sur les Emirats

Publié le par Kyradubai

Manal bin Ismail, ambassadrice de son pays, démonte les stéréotypes véhiculés sur les Emirats

Manal bin Ismail vient d’endosser avec fierté sa fonction d’ambassadrice de la culture émiratie. Cette jeune étudiante de 23 ans, anime depuis peu les petits déjeuners du Centre de Sheikh Mohammed pour la Compréhension Culturelle (SMCCU). Elle en parle avec sérieux et une pointe d’humour. INTERVIEW.

J’ai été très impressionnée par la liberté de ton durant le petit déjeuner ?

Nous faisons en sorte que les invités se sentent libres de poser tous types de questions. Ils peuvent même nous demander des choses personnelles. Et nous comprenons aussi ce qui se peut cacher derrière la question, ce qu’ils essayent de savoir alors nous en abordons tous les aspects. C’est cela qui fait le succès du Centre. C’est une vraie chance de rencontrer des Emiriens. Nous donnons des exemples de nos vies. Nous accueillons de nombreux invités et ils partent satisfaits. Et cela modifie même leur façon de penser. Nous faisons du bon travail ici.

Qui sont les invités ?

Ils viennent du monde entier. La plupart sont touristes mais certains sont résidents et même des locaux. La jeune génération émirienne ne connaît pas toujours sa propre culture. Lorsque j’ai commencé, je ne savais pas moi-même pourquoi les femmes s’habillent traditionnellement en noir. Nous perpétuons certaines choses mais nous n’en connaissons pas les raisons, le concept. Les Emiriens sont choqués de découvrir tout cela et sont fiers de leur culture quand ils la découvrent. La plupart du temps, si vous demandez à un jeune émirien pourquoi il fait ceci ou cela il répondra « Parce que c’est comme ça ». Ici, nous expliquons les raisons. C’est un programme éducatif. Certains sont envoyés par leur entreprise. Dans le cadre de leur travail, ils doivent aussi expliquer les choses aux étrangers. Ce sont des ambassadeurs du pays et ils doivent être capables d’informer leurs hôtes.

Pourquoi avoir ouvert le centre à Bastakia ?

Ce quartier tire son nom des émigrés de Bastak en Iran, venus s’installer ici. Ils étaient marchands. Cela fait cent ans et c’est notre patrimoine. Il est important de le protéger. La plupart de ces gens sont partis, excepté un vieil homme qui habite encore ici. Aujourd’hui, le quartier appartient au gouvernement. Il y a des galeries, des cafés, un musée, des centres dédiés à la culture et au patrimoine. Abdullah bin Issa Al Sarkan est à l’origine de l’idée du Centre. C’est lui qui est derrière le concept « Ouverture des portes. Ouverture d’esprit ». Sheikh Mohammed a adoré cette idée et lui a donné cette maison traditionnelle. Avant il le faisait dans sa propre maison.

Quand avez-vous commencé à travailler pour le SMCCU ?

Il y a quelques mois seulement. Je suis encore étudiante au Dubai Women’s College en tourisme et évènementiel et en marketing.

Et quelle expérience en retirez-vous de vos débuts ici ?

Chaque fois ce sont de nouvelles personnes et vous ne savez jamais quelle tournure le programme prendra. Les questions sont toujours différentes et j’apprends grâce aux questions. J’apprends tous les jours. Je suis ravie de ce travail.

Etait-ce difficile de décrocher le poste ?

Très en effet. Il faut un très bon niveau d’anglais, apprendre vite et être très flexible avec les touristes. Certaines personnes vous attaquent avec divers comportements et façons de penser. Je dois pouvoir gérer. Je me sens comme une ambassadrice de mon pays, représentant ma culture, montrant qui nous sommes et casser les stéréotypes véhiculés sur nous.

Quelles sont les questions les plus fréquentes ?

Pourquoi les femmes sont-elles en noir et les hommes en blanc ? Pourquoi les femmes portent-elles l’abaya ? La question des quatre femmes aussi interpelle… Les gens se sont déjà fait leur opinion. Nous expliquons que ce n’est pas uniquement notre culture mais notre religion. Nous sommes beaucoup interrogés sur les mariages arrangés aussi.

Quelle est la question la plus étrange que l’on vous a posée ?

L’un de nos bénévoles a eu cette question : « Pourquoi y a-t-il un tuyau d’eau dans vos toilettes ?» C’était vraiment embarrassant et drôle. Mais toute question a raison d’être.

Alors, pourquoi les femmes ici s’habillent-elles en noir ?

L’abaya est la robe noire que nous portons sur nos habits. Les femmes la portent en Iran et en Irak. Les chiites ont commencé. Tous les 10ème jours du calendrier lunaire, ils célèbrent la mort du petit fils du Prophète –que la paix soit avec lui –et ils ont choisi un matériau qui ne soit pas transparent. Si vous le portez pour des raisons religieuses, il est complètement couvrant. Lorsque vous le portez un peu relâché, ça devient de la mode. Le concept est d’être couverte, se montrer modeste et pratique. C’est devenu à la fois un argument de mode et d’extrêmisme.

Pourquoi la portez-vous ?

Les femmes la portent parce que c’est à la mode. Pour montrer qu’elles sont émiriennes et aussi pour se couvrir. Nous avons aussi été élevées avec, alors c’est confortable pour nous. Ma grand-mère porte la burga même dans la maison. Je lui dis qu’elle peut la retirer mais elle ne se sent pas à l’aise sans.

Si vous décidiez de ne plus porter l’abaya que dirait votre famille ?

Honnêtement, je l’enlève quelque fois. La famille n’est pas la religion et c’est pourquoi je me le permets. Cela fait partie de la culture. Lorsque je vais camper avec ma famille, je l’enlève. Lorsque je voyage à l’étranger, je l’enlève aussi car je veux passer inaperçue. Le sheila fait partie de notre religion donc je ne l’enlève pas. Dans les lieux de culte, il faut se couvrir les cheveux. L’idée est d’enlever la pression esthétique : de quoi ai-je l’air ? Tout le monde est sur un pied d’égalité et vous pouvez ainsi vous concentrer sur vos prières et non sur votre apparence. Vous ne distinguez plus les riches des pauvres. Ça c’est la mosquée et pour les reste, c’est votre choix.

Dubaï a un rôle à jouer dans la région ?

Nous sommes des ambassadeurs pour tous les pays du monde. Ce à quoi vous assistez ici est rare : toutes ces nationalités, ces religions, ces origines différentes qui vivent ensemble en paix. Et nous essayons de servir d’exemple aux pays arabes et musulmans du monde entier.

Encadré : Le Centre de Sheikh Mohammed pour la Compréhension Culturelle (SMCCU)

A pour but d’accroître la sensibilisation et la compréhension entre les différentes cultures vivant à Dubaï. Etabli sous le patronage de Sheikh Mohammed Bin Rashid Al Maktoum en 1998, le centre a pour slogan : « Ouverture des portes. Ouverture d’esprit » et s'efforce d'éliminer les barrières entre les personnes de différentes nationalités en sensibilisant le public à la culture, aux coutumes et à la religion des Emirats Arabes Unis. « Lorsque les gens arrivent aux E.A.U, nombreux sont ceux qui ne savent pas à quoi s’attendre et ne comprennent pas vraiment la culture émirienne. A vrai dire, beaucoup d’expatriés ont vécu et travaillé des années aux E.A.U et n’ont pas encore rencontrés d’Emirien,» Abdullah Bin Eisa Al Serkal, Directeur et Fondateur du SMCCU.

Encadré : Un petit déjeuner ensemble

« Venez pour la nourriture, restez pour la culture. » Centre de Sheikh Mohammed pour la Compréhension Culturelle (SMCCU)

Il suffit de réserver sa place un peu à l’avance, vos chaussures rangées dans l’entrée, et vous voilà assis en tailleur pour un petit déjeuner, déjeuner ou diner traditionnels (respectivement 60, 75 et 90 dirhams). Le Centre se conforme aux valeurs fondamentales des Bédouins : hospitalité, générosité et honneur. En raison de la curiosité des touristes et des résidents envers la culture locale, cette authentique maison traditionnelle datant de 1944 fut transformée en structure officielle, le SMCCU, dans le but de créer la rencontre. Vous y apprendrez que la cardamome qui parfume le café est censée apaiser l’estomac, le safran vous détendre et les dates à tapisser votre estomac le protégeant des aigreurs de la digestion. Vous dégusterez un petit déjeuner local –qui est de plus en plus partagé uniquement les vendredis en raison du rythme de la vie moderne- composé de pois chiches bouillis, de vermicelles aux œufs, de gaufres locales et de beignets accompagnés de confiture de date et de fromage blanc. Les locaux se serviront de trois doigts de la main droite pour porter les aliments à leur bouche afin de garder le reste de leurs mains propres évitant de gaspiller trop d’eau pour se les laver. Selon les jours les sujets abordés varieront mais on discutera volontiers des familles nombreuses, de la place de la femme dans la société, de la polygamie, des mariages arrangés, du divorce, du port de l’abaya et du niqab avec un essayage à l’appui pour les plus curieuses. Pour conclure, ici rien n’est tabou, toutes les questions sont bonnes à poser et tout est sujet d’intérêt.

Quelques informations partagées durant ce petit déjeuner

La famille

« Une famille traditionnelle comptait entre six et sept enfants. C’était un signe de puissance, de richesse et de pouvoir d’avoir beaucoup d’enfants. Mais de nos jours, on en a trois ou quatre en moyenne. » Manal

Les droits des femmes

« Nous essayons d’enseigner aux femmes qu’elles ont des droits. Le droit à l’éducation car il est important que les femmes aient accès à l’éducation si elles veulent transmettre leurs valeurs aux générations futures. Le droit à leur héritage, le droit de gérer leur dot comme elles l’entendent, le droit de posséder leur propre argent (salaire), le droit de divorcer… » Manal

« J’étais directrice de Gulf Air pendant huit ans. J’ai dû prouver que j’étais meilleure qu’un homme. Il faut travailler deux fois plus dur ». Fatma

« Il y a sept femmes parmi les 40 membres du Parlement des E.A.U. Il nous faut jouer entre nos traditions, la religion et la société moderne. Nous devons rester à la page aussi avec le reste du monde ». Fatma

« De toutes nouvelles lois imposent la présence de femmes dans les conseils d’administration. Tout change. Sheikh Mohammed a boosté le rôle de la femme. Aux E.A.U nous essayons d’être les ambassadrices de toutes les femmes des pays arabes. Nous nous battons pour montrer aux femmes arabes les droits que nous avons. Nous montrons aussi au monde qu’il est possible de vivre en paix malgré le fait d’être la minorité de son propre pays. » Fatma

La femme et les traditions

« Ce qui compte n’est pas ce que vous portez, de quoi vous avez l’air, mais vos actes ». Fatma

« Notre religion ne nous impose pas de couvrir notre visage et nos mains. » Manal

Les mariages arrangés

« Selon la religion, la femme a le droit de refuser sinon il s’agirait de mariage forcé. Nous avons toujours des mariages arrangés et c’est ce que nous préférons. Voilà comment les choses se passent : ma mère se rend au majli où elle rencontre d’autres femmes avec qui elles discutent. Elle expliquera que sa fille vient de terminer ses études, qu’elle sait cuisiner, etc et une autre femme dira que son fils a un bon poste, qu’ils devraient se rencontrer et à partir de là, il y aura trois étapes jusqu’au mariage. Les deux familles se rencontreront et la jeune fille verra de quoi a l’air le jeune homme en cachette. Si il lui plaît, elle acceptera de le rencontrer. Les parents aborderont les sujets de la dot, de l’éducation, si l’épouse veut étudier ou travailler et si la famille du jeune homme accepte les conditions. Si les deux familles se mettent d’accord, les jeunes gens se rencontreront en public, chaperonnés bien entendu. C’est une façon de protéger la jeune fille car les hommes en veulent toujours plus ! Ils se fréquenteront ainsi un ou deux ans, c’est variable selon les couples. Puis, vient le temps des fiançailles. Un contrat sera signé régissant les sujets de l’héritage, des revenus et du soutien assurés par le mari et une date sera arrêtée pour le mariage. La dernière étape est la célébration du mariage. A chaque étape, le processus peut être stoppé. De nos jours, il est plus fréquent de rencontrer son futur époux à l’université ou au travail. Le jeune homme se procure le numéro des parents de la jeune fille et sa famille les contactera. Si la jeune fille accepte, le processus continue. » Manal

La polygamie

« Un homme a le droit d’avoir jusqu’à quatre épouses mais doit être en mesure de subvenir à leurs besoins ainsi qu’à ceux des enfants. La décision de prendre une seconde épouse se fait en accord avec la première. Initialement, c’était une manière de venir en aide aux veuves. De nos jours avec la situation en Irak ou en Syrie, c’est une bonne chose. Bien entendu, certains font une mauvaise utilisation de ce concept. Mais aujourd’hui, seuls 2% des hommes ont plus de deux femmes et 10% en ont deux. » Manal

Pour plus d’infos :

Villa 26, quartier de Bastakiya

Al Musallah Road, Bastakiya, Bur Dubai

Tel : 00971 4 353 6666

Email : smccu@cultures.ae

Petit déjeuner culturel 60 dhs

Déjeuner culturel 70 dhs

A visiter aussi avec le SMCCU: la Mosquée de Jumeirah et Bastakiya

Manal bin Ismail, ambassadrice de son pays, démonte les stéréotypes véhiculés sur les Emirats

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