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entretiens

Détournement d’abaya : le style punk rock d’Abeer al Suwaidi

Publié le par Kyradubai

Détournement d’abaya : le style punk rock d’Abeer al Suwaidi

Abeer al Suwaidi a ouvert sa boutique, USH, en 2009. USH a la même sonorité que le mot « nid » en arabe. Cette jeune styliste émiratie s’est alors rendue compte que cela voulait aussi dire espoir ou bénédiction dans d’autres langues, un nom tout à fait approprié pour un showroom qui abrite les collections des designers locales qu’elle accueille en plus de la sienne. Rencontre avec une artiste excentrique au grand cœur et au style déjanté. INTERVIEW.

Vous détournez l’abaya. Dites-nous en plus au sujet de votre style et de votre prise de position ?

Je voulais faire des expérimentations avec l’abaya et l’exposer à différentes influences. D’une façon un peu branchée. C’était un peu angoissant car il s’agit d’un des éléments les plus précieux de notre culture. Je voulais faire une petite entorse à l’abaya version classique et exprimer ce que je pensais devoir être une abaya. Je ne savais même pas si cela intéresserait quelqu’un. Lorsque j’ai commencé en utilisant du cuir, des ceintures, des corsets magnifiant le corps, je ne savais pas comment les gens réagiraient. J’ai utilisé la chambre à l’arrière presque comme un laboratoire. C’était une expérience et les femmes ont commencé à venir.

Et elles ont réagi de façon positive ?

Tout à fait. Je m’exprimais, moi, Abeer.

Et comment ont réagi les hommes ?

Nous avons eu quelques maris en colère (elle rit). Un jour, une fille qui avait acheté ce que j’appelle la « skinny abaya » en référence au jeans skinny (ndlr : près du corps et serré en bas), - je voulais quelque chose qui soit au moins mince (elle éclate de rire)… C’est ce qui a lancé la marque, ce qu’elle est devenue aujourd’hui. Donc, elle portait cette abaya et déambulait dans la boutique en disant qu’elle en voulait une autre. Je riais en disant « mais vous en portez déjà une ». « Oui, a-t-elle répondu, mais mon mari est dehors et il me dit « non! » Donc j’en achète une autre». Pour elle c’était un positionnement mais son mari était fâché et s’énervait en dehors (ndlr : les hommes ne sont pas admis dans la boutique). Nous avons eu quelques situations amusantes de ce genre. Cela vous permet de connaître les clients de façon un peu plus personnelle. Les femmes qui mettent mes vêtements les portent bel et bien comme une prise de position.

Comment définiriez vous cette prise de position ?

Elles sont puissantes, fortes, courageuses. Elles ont quelque chose à dire. Même si vous êtes silencieuse, que vous ne dites pas quelque chose verbalement, vous l’exprimez en portant mes abayas.

Croisez-vous des femmes portant vos abayas quelque fois ?

Oui. Je me dis : « tiens ! » J’aime les voir portées, en public.

Parce qu’elles sont vraiment reconnaissables ?

C’est toute l’idée.

Comment vous est venue l’idée de changer l’esprit de la abaya classique qui vous était familière et de développer ce style excentrique ?

En fait, tout ce que j’ai fait c’est ouvrir des horizons à l’habaya classique. L’ouvrir au monde. Afin que tout le monde puisse y avoir accès. C’était difficile car la frontière est ténue. Comment réussir à la métamorphoser d’un vêtement classique à un vêtement moderne et contemporain. Mais en réalité la seule chose que j’ai fait, c’est de revenir à la coupe traditionnelle, héritée de la tradition classique et la transformer en un style qui parle aux jeunes.

Vos abayas sont aussi le reflet de ce qui se passe à DubaÏ : une culture traditionnelle et conservatrice mais exposée à toutes sortes d’influences internationales, de styles de mode et de matériaux importés de l’étranger ?

Oui, tout à fait. Nous évoluons avec ce qui arrive à notre culture ici.

Et cela se fait en douceur ?

Vous voulez dire dans la mode (elle rit) ? Cela se fait en douceur mais voilà pourquoi USH existe. Si vous me trouvez trop expressive, trop excentrique, si vous trouvez mon style trop tape à l’œil, vous trouverez ici d’autres marques qui, bien que modernes et contemporaines n’en restent pas moins classiques.

L’idée consiste à ne pas trop bousculer les gens ?

C’est ça.

Vous ne voulez pas aller trop vite non plus, juste proposer autre chose ?

Oui. Il faut être prête à portez mes vêtements et se sentir à l’aise.

Quelles matières utilisez-vous ?

Pour ma dernière collection qui sort maintenant, j’ai utilisé beaucoup de velours. Je travaille beaucoup avec des broderies délicates faites à la main, de vieilles broderies mélangées à des matières très modernes. J’utilise du coton. Les femmes étrangères sont très intéressées par les habayas en coton car c’est plus proche du prêt à porter. La matière que l’on utilise en principe pour les habayas est le crêpe saoudien.

Comment se sent-on dans cette matière ?

C’est agréable. Cela dépend de la qualité. Il y a différents types de crêpes. C’est doux et léger. Mais nous utilisons à présent d’autres matières comme le satin, le coton, la dentelle et même le jersey en hiver.

Et vous utilisez aussi des matériaux très « rock and roll », voire punk ?

Oui. Des pics, du métal, des harnais. Ça c’est la Abeer qui se révèle ! C’est moi. C’est vraiment quelque chose que je voulais exprimer à travers l’habaya. Ces tempéraments existent même en portant l’habaya : des filles rock avec de fortes personnalités. Pour mon deuxième fashion show, j’ai fait une collection Bob Marley, très différente puisqu’elle était reggae. Chaque fois que je dessine une collection, que je fais un fashion show c’est une prolongation de ma personnalité.

Et comment réagit votre famille ?

Mes parents me soutiennent. Les deux sont artistes. Ils peignaient lorsque j’étais jeune alors ils comprennent ce que je fais. J’ai parfois un oncle ici ou là … (elle rit) qui me fait la morale.

Que vous disent-ils ?

Fais attention. C’est l’abaya. C’est au cœur de notre culture et de notre religion. Ne vas pas trop loin, respecte.

Seriez-vous prête à ne pas porter l’abaya ?

Non. J’aime mon abaya. En tant qu’émiratie, c’est mon identité. J’aime l’abaya.

Cela vous paraîtrait bizarre de ne pas en porter ?

Oui parce que l’abaya montre à tout le monde qui je suis et d’où je viens. Nous avons de la chance de l’avoir car personne ne peut se tromper sur notre compte. Les gens savent qu’ils ont face à eux une émiratie ce qui est rare à travers le monde : voir quelqu’un et immédiatement savoir qui il est. Pour moi, l’abaya est une fierté et la porter une preuve immédiate de mon identité.

Qu’avez fait comme études ?

Je suis allée à l’université à Abu Dhabi et j’ai étudié communications au Dubai Women’s College mais j’ai rejoint la mode. J’ai toujours voulu travailler ans la mode et j’ai toujours eu un style à part. Pour mon entrée en sixième, j’étais la seule à venir avec une robe… énorme ! Tellement volumineuse, comme une robe de bal. Qui fait ça ? Comment ma mère m’a-t-elle même laissée sortir ? Bon, vas-y exprime toi mais en dehors de la famille ! Je suis donc sortie dans cette robe et je me souviens d’avoir été sur scène et gagné le prix de la plus belle robe. Mais je ne crois pas que les autres trouvaient ça cool à l’époque !

Comment vos collègues, votre famille, vos amis vous décrivent-ils ?

Une excentrique, un peu différente. Créative.

Quels créateurs de mode admirez-vous ?

Alexander Mc Queen, Vivienne Westwood, et beaucoup de designers japonais comme Yohji Yamamoto.

Avez-vous vécu à l’étranger ?

Un an à Singapour.

Que portez-vous sous votre abaya aujourd’hui ?

Un legging noir, un marcel noir et mes chaussures à talon rose fluo (elle éclate de rire).

Qui est votre clientèle ?

Tous les âges. Des jeunes filles et jusqu’à 50 ans. Des émiraties mais aussi des femmes d’Oman, du Qatar, des Saoudiennes. Et même des Yéménites qui pourtant ne portent pas la habaya. Je suis très heureuse quand elles craquent pour une des miennes.

Un projet ?

Nous prévoyons d’ouvrir une boutique à House of Frazer à Abu Dhabi début 2013.

Quelle différence de style notez-vous entre les femmes occidentales et moyen-orientales ?

Souffrir pour être belle. Nous sommes plus là dedans. J’ai remarqué que sur le marché européen, ils veulent des choses plus légères, confortables. Nous sommes prêtes à souffrir : les pics, les ceintures, les talons aiguilles, le maquillage. On prend la mode au sérieux ! Et on est très « total look », des pieds à la tête. Le sac est assorti aux chaussures. Elles adorent. Je sors une ligne de prêt à porter. En Irlande, nous avons fait un show et les femmes ont adoré les abayas. J’étais surprise : elles en veulent mais bien sûr, pour elles, elles sont trop longues, pas pratiques… Mais elles ont aimé le style, la couleur noire. Donc je développe une ligne de prêt à porter pour mes clientes occidentales.

Quels sont vos temples du shopping à Dubai ?

If Boutique. Une vraie boutique qui propose quelque chose de différent.

Où sortez-vous ?

Je n’ai pas le temps de sortir mais en hiver, nous allons dans le désert. Près de la route, vous verrez tous les émiratis avec leurs tentes et leurs théières. On reste là jusqu’à minuit, toutes générations confondues. Et sur une autre colline (dune), il y a nos amis. On prend les motos, les quads…

Une journée dans la vie d’Abeer

Je me lève vers 7h30 avec mes enfants. J’en ai trois. Nous nous asseyons ensemble et discutons. Je leur fais la morale : soyez gentils, ne faites pas de mal aux autres. Quand ils sont partis pour l’école, je dessine et fais mes recherches. J’ai de l’inspiration le matin. Je travaille avec mon mari. Nous travaillons beaucoup. C’est bon signe ! Hamdulilla ! J’ai un bébé de 9 mois alors je passe ensuite un peu de temps avec lui puis je vais chercher mes enfants à la sortie de l’école. Je passe à la boutique, dans mes deux autres boutiques aussi, je regarde la production. Le soir, je repasse à la maison et je les mets au lit. Finalement, vers 20-21h, je sors enfin prendre un café et je retrouve d’autres designers. Je n’ai pas beaucoup de temps à « moi » en ce moment ni de vie sociale. Si quelqu’un veut m’inviter à prendre un café d’ailleurs ? Je suis souvent chez Shakespeare au Village Mall. Mes vies professionnelles et personnelles sont mêlées.

Petit lexique

Abaya : robe de tissu noir portées par les femmes au Moyen Orient afin de dissimuler leurs corps et leurs cheveux

Jalabiya : Robe colorée plus décontractée portée en intérieur

Kaftan : robe un peu plus habillée que la jalabiya mais de même esprit

Sheila : foulard noir se portant comme un voile servant à camoufler la chevelure. Les voiles de couleurs sont des foulards.

Détournement d’abaya : le style punk rock d’Abeer al Suwaidi
Détournement d’abaya : le style punk rock d’Abeer al Suwaidi
Détournement d’abaya : le style punk rock d’Abeer al Suwaidi
Détournement d’abaya : le style punk rock d’Abeer al Suwaidi

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« Je suis la première émirienne chirurgien mais d'autres ont essayé »

Publié le par Kyradubai

« Je suis la première émirienne chirurgien mais d'autres ont essayé »

De nationalité émirienne, Dr Houriya Kazim est la première femme chirurgien du pays. Elle raconte comment elle a réussi à gravir l’échelle médicale et quels défis les femmes ont encore à relever aux Emirats Arabes Unis. Selon elle, leur avenir est entre leurs mains. INTERVIEW.

Comment devient-on la première femme chirurgien d’un pays traditionnel ? Quelle est votre recette secrète ?

Je suis originaire de Dubaï mais nous avons beaucoup voyagé durant mon enfance avec mon père qui était aussi chirurgien. Quand je suis née, il faisait son stage en Grande Bretagne donc j’ai passé les premières années de ma vie là bas. Il a travaillé dans les Caraïbes un moment, puis au Canada et nous sommes revenus dans les années 70. Donc j’ai passé mon enfance à l’étranger. Pour ce qui est de la médecine, je viens d’une famille de médecins alors ça n’a pas été vraiment une surprise. Mon grand-père paternel était un « hakim », un médecin traditionnel. Il n’a jamais étudié mais le village faisait appel à lui lorsque quelqu’un tombait malade et la plupart de ses enfants – je crois qu’il en a eu environ 25 avec toutes les femmes…- sont devenus médecins, même les filles. Ils ont tous été à l’école. En ce temps là, nous n’avions pas d’écoles, sans parler des universités ou des écoles de médecine. Ils ont donc tous été éduqués dans des écoles catholiques anglaises en Inde et enchaîné avec leurs études de médecine sur place.

Catholique ?

Oui, oui (elle rit). Il y a beaucoup d’histoires à raconter ! Cela m’a pris du temps à réaliser ! La famille est tellement grande et nous avons tous fait des études alors je croyais que c’était pareil pour tout le monde. Puis je me suis dit « Tiens, les cousins de mon père ne sont pas vraiment comme nous ! » Mon père a dans les 80 ans et la plupart des hommes de son âge ici n’ont pas reçu une éducation formelle et n’ont pas fréquenté l’université. La plupart sont de self made hommes d’affaires. Mon père dit que c’est sa mère –de Ras Al Kaima- qui l’a poussé. Mon grand-père avait un dau et naviguait entre ici, l’Inde et l’Iran. Donc il mettait toute la famille sur le bateau et partait pour Bombay. Et comme Bombay faisait partie de l’Empire britannique, tout ce petit monde fréquenta l’école anglaise catholique (elle éclate de rire). Ce qui est bien. Il a appris l’anglais et a fait médecine avec ses frères et sœurs. Quant au reste de la famille, sa génération mais la suivante aussi, a fait médecine. Donc ce n’est pas très surprenant. Nous sommes très ennuyeux !

Sur votre site, vous affichez ouvertement votre mariage mixte et le fait que vous ayez deux filles. Est-ce une façon de mettre vos patients en confiance ?

J’ai rencontré mon mari à Sharjah. Il est américain. Il travaillait comme grand reporter pour la télé et couvrait la guerre Iran-Irak. Il était en train de se convertir à l’Islam alors c’était pratique (elle rit). Pour moi…

Et pour vos parents ? Ont-ils approuvé ?

Je ne suis pas sûre qu’ils aient encore vraiment accepté. Ça va faire 25 ans ! Ce n’est pas leur premier choix, disons. Mais ça va. Maintenant que je vieillis, je commence à apprécier ma famille. Jeune, on a tendance à les juger. Mais plus âgé, vous commencez à comprendre que vous êtes qui et ce que vous êtes grâce à eux. Lorsque je rencontre d’autres femmes locales, je suis surprise par les combats qu’elles ont à mener. Nous en avons aussi mais les miens étaient d’ordre professionnel et non familial. J’ai grandi dans une famille où je ne savais pas qu’on avait le choix, que ce n’était pas une obligation d’aller à l’université et d’étudier. C’était comme ça. Tout le monde y allait. Et aujourd’hui je dis à mon père « Attends, il y a des gens qui prennent un café le matin, un cappucino ! Pourquoi ne m’as-tu pas dit qu’on avait le choix ! » (elle rit). J’ai eu de la chance. Je rencontre des femmes qui doivent se battre pour étudier, pour avoir accès à une éducation ou pour étudier à l’étranger. Encore aujourd’hui.

Quels autres combats les femmes doivent-elles encore mener ici ?

Celui-ci est important. C’est mieux aujourd’hui car nous avons beaucoup d’universités. De nombreuses universités internationales ont une branche à Dubaï ou Abu Dhabi, ce qui a facilité les choses pour toutes ces femmes que leur famille ne laissait pas partir seules à l’étranger. Ce n’est pas la même chose que lorsque vous quittez le pays. En partant à l’étranger, vous apprenez aussi l’indépendance, à être avec les autres, à cuisiner, à nettoyer. Ce n’est pas seulement les études, c’est toute la vie de campus. Je n’avais jamais cuisiné chez mon père et tout à coup je me suis retrouvé seule au milieu de nulle part. Le Mac Donald ça va un moment !

Où avez-vous étudié ?

J’ai obtenu mon diplôme principal de médecine à Dublin.

Pourquoi Dublin ?

On a choisi pour moi. Mon généraliste et mon dentiste étaient tout deux irlandais. Ils ont insisté. Il y avait encore les problèmes avec l’IRA et je me souviens de ma mère qui refusait« Pas question, il y a des bombes … » Mais ils disaient que c’était au nord et que l’école se trouvait dans la partie sud du pays. Ma mère a pris une carte et a répondu « Mais c’est encore trop près ! » Il a fallu beaucoup de persuasion. Puis j’ai fait d’autres diplômes au Canada et au Texas.

Puis vous avez décidé de vous spécialiser dans la chirurgie du cancer du sein ?

Après avoir obtenu mon diplôme en oncologie chirurgicale à Dublin, je suis revenue à Dubaï. J’ai fait mon stage à l’Hôpital russe. Puis je suis retournée en Grande Bretagne pour terminer mes études de chirurgie générale, mes spécialisations en oncologie chirurgicale et en chirurgie du sein.

Le cancer est-il encore tabou ici ? Les gens parlent-ils encore de « cette maladie » de peur de l’attraper ?

Ce tabou existe partout. Lorsque j’étais étudiante en médecine en Irlande, nous n’avions pas le droit de prononcer le mot commençant par « C » devant les patients. Même à cette époque, c’était quelque chose que l’on cachait. Ici le cancer est tellement courant, il y a tant de différentes formes de cancer… Une femme locale me disait l’autre jour que le cancer était devenu comme la grippe. Lorsque je lui ai annoncé qu’elle avait un cancer et lui ai demandé si elle était surprise, elle a répondu que tout le monde avait le cancer. Et c’est vrai, c’est une réalité.

Y a-t-il plus de cancers du sein ici que dans d’autres parties du monde ?

On ne sait pas.

J’ai lu que les femmes développaient des cancers du sein dix ans plus tôt qu’en Europe et aussi jeune que 17 ans ?

Honnêtement, nous ne possédons pas de statistiques fiables car nous n’avons pas de registre du cancer. Mais nous observons une tendance similaire aux autres pays du Golfe et de l’Afrique du Nord : les femmes développent des cancers plus jeunes et des types de cancer beaucoup agressifs. Et nous ne savons pas pourquoi.

Même les étrangères ?

Oui. C’est pourquoi nous avons besoin d’un registre du cancer. La majorité de la population de Dubaï étant étrangère, c’est difficile à expliquer.

Les femmes sont-elles pudiques ici en ce qui concerne le cancer du sein ?

Cela dépend. Les jeunes sont tellement informées et il y a eu beaucoup de sensibilisation faite dans les grandes villes. Parmi les plus âgées, certaines se doutent qu’elles l’ont mais ne l’affrontent pas parce qu’elles estiment que cela ne vaut plus la peine. Mais c’est plus facile de leur en parler. Je vois des personnes superstitieuses qui pensent que si elles en parlent, elles l’attraperont ou un truc dans le genre. Mais le cancer s’est tellement banalisé, que les gens ne sont plus choqués.

Les gens sont sensibilisés ?

Oui. Le problème principal que j’ai à affronter est la jeunesse de mes patientes. Ce sont des femmes dans la fleur de l’âge : elles travaillent, ont des carrières, sont maman et les voilà qui développent un cancer, si jeunes. En Europe, 80% des cancers du sein ont lieu après 50 ans. J’ai de la chance si je vois une femme de 50 ans. En ce moment j’ai deux patientes de 28 ans, des femmes dans la trentaine, quarantaine… C’est pourquoi j’aimerais étudier cette tendance de façon scientifique. Les informations que nous avons sur le cancer du sein proviennent de pays où il y en a beaucoup mais je ne sais si elles sont pertinentes pour nous. Il me semble que notre cas est différent. Est-ce génétique ? Sommes-nous plus enclines ? Pourtant les femmes font tout ce qu’elles sont supposées faire pour minimiser leurs chances : elles ont leurs enfants jeunes, allaitent – l’Islam encourage à allaiter deux ans-, ne prennent pas d’hormones. Et pourtant, elles ont des cancers et plus tôt que tout le monde.

Qu’avez-vous vu comme progrès ici dans le domaine des femmes depuis que vous êtes enfant ?

Je n’ai jamais eu de problèmes ici de quelque sorte. Comme je vous l’ai dit, dans ma famille étudier était une évidence. Ma mère, qui s’est mariée adolescente, était une femme extrêmement forte. Je n’ai réalisé que plus tard en grandissant, que la personne que l’on devient dépend en grande partie de ceux qui vous éduquent. J’ai été élevée par une femme dont le mantra était le « non » ne fait pas partie des possibles, n’existe pas dans mon dictionnaire. On ne lui disait jamais non, ni que c’était impossible. Tout est possible, cela dépend de ce que vous prêt à sacrifier pour y arriver. Voilà la mère avec laquelle j’ai grandi. Elle est toujours comme ça. Elle vit la moitié de l’année en Californie. C’est une artiste, tout à fait différente. Et même du point de vue de mon pays : lorsque j’ai dit que je ferai médecine, j’ai obtenu une bourse du gouvernement et personne ne m’a jamais empêchée d’y arriver du fait que j’étais une fille. Personne ne m’a empêchée de devenir chirurgien bien que ce soit un métier traditionnellement masculin et qui le reste. Personne ne m’a conseillé de choisir plutôt la gynécologie ou la pédiatrie, des disciplines plus féminines. J’ai eu de la chance, j’ai été soutenue tout le long. Même lorsque je suis revenue et qu’il n’y avait pas de femme chirurgien, il n’y a eu aucun problème car les gens ont réalisé qu’en fait il y avait un besoin. Je recevais des patients qui préféraient avoir affaire à une femme même en bas de l’échelle. Et lorsque je suis devenue la première femme chirurgien des E.A.U, il n’y en avait pas plus de 2% en Grande Bretagne et 10% aux Etats-Unis. Alors, on n’était pas si loin derrière ! Je comprends mieux pourquoi. A l’époque, j’ai suivi ma passion. Mais ce n’est pas un chemin facile. Je n’aimerais pas que mes enfants suivent cette voir, car c’est long, fatiguant et vous sacrifiez une grande partie de votre vie.

Et en général ?

C’est totalement différent. Mon Dieu ! Je rentrais pour voir mes grands-parents. Tout a changé : la façon dont ils vivaient, plus tranquille, plus lente. Avec le recul, c’était peut-être mieux mais je dis cela en tant que personne plus âgée. Lorsque je suis venue travailler à l’hôpital russe dans les années 80, jeune et célibataire, je trouvais tellement ennuyeux. J’en voulais plus. Aujourd’hui il y a plus de tout : culture, art. Je ne peux croire tout ce qu’on a maintenant.

Vous avez deux filles de 6 et 8 ans ?

Oui mais je les ai eu à 40 ans car c’était impossible avant avec ma carrière.

Les hommes et les femmes sont-ils égaux ici ?

Je n’ai jamais été confronté à une impossibilité de faire quoi que ce soit. Jamais. Même à la maison, si vous rencontrez mes oncles et tantes, nous prenons nos repas tous ensemble même si il est de tradition de s’asseoir à part.

Mais votre famille est particulièrement libérale, ce qui est rare ?

Très.

D’autre part, vous n’êtes pas voilée ?

Oui, ça c’est moi. Et certaines femmes de la famille le sont. Je travaille comme ça. Je ne peux pas être en abaya et sheila avec ce que je fais.

Vous portiez l’abaya ?

Non. Pas régulièrement.

Et vos parents ne vous y obligeaient pas ?

Pas du tout. J’ai de nombreuses tantes et cousines qui se couvrent et c’est bien. Mais c’est encombrant pour moi : je traite avec du sang et des tripes…

Une chose est la famille et votre choix personnel, mais quelles sont les réactions au niveau social ?

La plupart des femmes qui portent l’abaya et le sheila le font plus par tradition que pour des raisons religieuses. Elles le portent lâche, on voit leurs cheveux. C’est plus une question de mode. Ces gens là n’y voient aucun problème. Celles qui me font des commentaires sont les religieuses qui portent le hijab très ajusté ou le niqab. Mais dans notre religion vous ne pouvez forcer personne. Ils doivent embrasser la religion. On embrasse l’Islam. Personne ne peut vous obliger à vous convertir. Personne ne peut vous obliger à vous couvrir. Donc ça va, je m’en sors.

Quels challenges les femmes ont-elles encore à relever ?

La chose principale et j’essaye de le dire aux femmes, est qu’il n’est pas facile d’accéder au sommet. Et il y a encore beaucoup d’autres questions culturelles auxquelles nous devons faire face. En principe, vous commencez au bas de l’échelle et vous gravissez les échelons jusqu’au sommet. Mais le problème c’est que beaucoup de filles vraiment intelligentes, qui réussissent bien à l’université, s’arrêtent en cours quand elles se marient, ont des enfants et que leurs maris leur disent qu’elles doivent rester à la maison, qu’elles ne peuvent pas travailler. C’est un problème que nous n’avons pas encore résolu. Les femmes ont cette motivation mais il faut encore qu’elles résistent, continuent et ignorent les influences extérieures. Je suis devenue la première femme chirurgien mais je n’étais pas la première à essayer. Et le problème est que les gens abandonnent. J’ai eu mes enfants tard parce que je savais que sinon je n’arriverais pas où je suis. Dans tous les domaines, je vois des gens se lancer et laisser tomber. Et cela me contrarie un peu. Et puis, elles sont soutenues financièrement, pas comme des femmes qui n’ont pas le choix économiquement. Leur mari leur dit qu’elles n’ont pas besoin de travailler, qu’ils gagnent suffisamment, elles ont une maison ou des aides du gouvernement… Du coup, elles ne donnent pas tout ce qu’elles peuvent. C’est ce qui nous manque. Personne ne les arrête pourtant. Elles ont toutes les opportunités et la loi de leur côté. Nous ne sommes pas en Iran où certains métiers sont interdits aux femmes. Cela n’existe pas ici. Tout est possible. Mais je voudrais voir cette passion. Tout à l’heure, une patiente m’a demandé un congé maladie pour deux jours parce qu’elle est enceinte. J’ai opéré le matin et accouché l’après midi, attendre un bébé n’est pas une maladie. Cela me dérange car je constate qu’elles ne sont pas heureuses dans leur travail, qu’elles n’exercent pas un métier qui les passionne. Beaucoup choisissent d’être fonctionnaires par confort et pour les avantages au lieu de domaines où elles pourraient faire la différence et y travailler.

Parlez-vous l’arabe à la maison ?

Très mal. Mes filles ont besoin de cours. C’est un problème.

Vous êtes-vous mariée traditionnellement ?

Oui ! On a fait les trois jours !

Ça a dû être quelque chose pour votre mari ?

Non parce qu’il a vécu en Orient longtemps. Il a vécu épisodiquement en Inde, au Pakistan, en Afghanistan, au Liban, en Iran pour couvrir les conflits. Il connaît mieux mon pays que moi quelque fois et la religion, n’en parlons pas. Lorsque vous êtes éduqué d’une certaine façon, vous le tenez pour acquis. Lui a dû étudier et vraiment s’immerger. Il avait ce mix Oriental-Occidental alors que moi je suis d’ici tout en ayant passé beaucoup de temps ailleurs. Nous sommes comme les deux faces d’une même médaille.

Dr Houriya Kazim a fondé Well Woman Clinic

www.wellwomanclinic.com

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Ebtisam Abdulaziz : « Je suis née artiste»

Publié le par Kyradubai

Ebtisam Abdulaziz : « Je suis née artiste»

Entourée de ses 163 œuvres exposées à la galerie The Third Line, Ebtisam Abdulaziz, l’une des artistes les plus en vue des Emirats Arabes Unis, se raconte. Car son art fonctionne en miroir, dressant des ponts entre son expérience et la notre. QUESTIONS-REPONSES.

Quand avez-vous su que vous deviendrez artiste professionnelle ?

Je suis née artiste. Ma famille trouvait que je me comportais différemment de mes frères (2) et sœurs (3). J’adorais m’asseoir seule, écrire, dessiner, faire des croquis. Je suis très curieuse et j’allais fouiller dans le tiroir de mon père à la recherche d’objets. Il aurait pu devenir artiste : il adore la peinture et la calligraphie ; il a une très jolie écriture. Mais il a tout sacrifié pour notre éducation. Chaque vendredi, il organisait une projection de film à la maison et dans son tiroir je retrouvais des bouts de film, des objectifs etc. Ma mère, elle, avait une très belle voix. Ils étaient prêts à accepter une artiste dans la famille.

Votre père vous a donc encouragé dans cette voie ?

Mon père voyageait beaucoup. Il me ramenait de belles feuilles de couleur et des pastels. Il me voyait peindre et il a même encadré l’un de mes dessins pour un ami ambassadeur. Il ramenait du Koweit un magazine d’art que je dévorais toute la nuit. A 5 heures du matin, quand il se levait pour la prière, il me retrouvait en train de lire. Aux yeux de ma famille, je n’étais pas sage.

Avez-vous reçu d’autres formes de soutien ?

A l’école, j’étais forte en dessin et un jour en cours de dessin j’ai aidé une camarade. La prof a réagi en me grondant au lieu d’approuver ma démarche. Il n’existait pas de programme d’art sérieux.

Vous avez toujours hésité entre les sciences et l’art, jusqu’à réussir à marier les deux disciplines ?

A l’école, il y avait beaucoup de concours de dessins mais pas de cours en tant que tel. Lorsque j’ai terminé mes études, je ne connaissais rien des grands noms de l’art. A l’université d’Al Ain, j’ai hésité entre des études d’art ou de sciences, de mathématiques pour être précise, que j’adore. C’était une décision difficile. Il y avait à Al Ain une école liée à l’art mais c’était plutôt des études pour devenir professeur d’art.

Que vous-ont apporté ces années universitaires ?

En tant que fille élevée dans une famille arabe, partir soudain seule à l’université m’a aidée à devenir plus indépendante, détachée. Dans tous les émirats, les familles arabes ont beaucoup de règles. Vous dépendez de votre père. Les garçons ont beaucoup plus de pouvoir et de liberté. Alors, commencer l’université, rencontrer des gens, échanger avec d’autres filles, ne pas rentrer le soir à la maison, être seule, c’est la vraie vie tout-à-coup. Vous devez compter sur vous-mêmes, apprendre à vous connaître et découvrir la liberté dont nous avons tous besoin.

Et l’art dans tout ça ?

Une année avant le diplôme, l’université a organisé une compétition d’art ouverte à tous les étudiants. Je me suis dit « Allez, fais un croquis au crayon ». Le jour suivant, le professeur est venu me voir et m’a demandé « Avez-vous fait des études d’art ? » Je faisais une licence en maths. Il m’a dit que je méritais le premier prix. Il se sentait mal à l’aise que ses étudiants aient fait moins que moi alors qu’ils avaient suivi des cours. C’est la première fois que quelqu’un appréciait ce que j’avais fait et m’encourageait.

Les maths ne vous suffisaient plus ?

Après mon diplôme de maths, j’ai fait quelque chose de fou. Je fais des choses un peu folles de temps en temps. Je suis très lunatique. J’ai recouvert le mur de ma chambre de graffitis. La surveillante a hurlé : « Tu vas être renvoyée ! » Je lui ai dit que j’adorais faire ça. Et d’ailleurs ça rendait bien. Elle m’a dit de tout repeindre en blanc et ne m’a pas dénoncée.

Cette exposition s’intitule « Autobiographie 2012 ». Quels sont les traits de votre caractère ?

Je suis quelqu’un de sensible. Un rien me fait pleurer : voir un pauvre homme dans la rue. Mais je suis aussi une femme très forte. Je me battrai contre n’importe qui pour mes droits. Et j’ai beaucoup de fierté. Je suis très lunatique. J’adore les choses folles. Je n’aime pas la routine. J’aime les hauts et les bas. J’aime travailler. J’ai besoin d’avoir un projet. Le lendemain du vernissage, j’ai pleuré. J’avais accouché. Ma sœur m’a dit « Mais tu pleurais avant l’expo et maintenant tu pleures encore ! »

Votre carrière est votre priorité ?

Je ne suis pas mariée. Je crois que j’ai été trop occupée ou peut être que les hommes ne voient pas les femmes actives d’un bon œil en tant qu’épouses. J’essaie de trouver une explication ! Et je suis trop intelligente. Une femme intelligente est un challenge pour les hommes arabes. Je suis quelqu’un de très logique. Les artistes ont très mauvaise réputation : ils sont plus fous, pas stables, ont d’étranges humeurs… Mais mon but pour 2013 est de me marier ! Je suis toujours cette petite fille curieuse et je veux découvrir ce que c’est que d’être épouse et mère.

Suite à votre licence de maths, comment en êtes-vous venue à devenir artiste professionnelle ?

J’ai eu ma licence en 1999. Avec mon certificat j’aurais facilement pu trouver du travail mais j’ai dit à mon père que je ferai au moins un cours d’art. Alors ma sœur m’a conduite à la Fine Art Society de Sharjah et j’ai eu de la chance car un cours de trois mois commençait le jour suivant ! J’ai appris la base de la nature morte, le crayon, le pastel et l’acrylique. Nous avions aussi des cours sur l’art moderne et l’art conceptuel. Mon travail a été exposé. J’ai eu le certificat. Mon père a dit « Hallas ! Maintenant tu rentres à la maison ! » Mais je voulais continuer et j’ai rejoins la Fine Art Society. J’utilisait leurs équipements, lisait les livres de la bibliothèque. Ils sont devenus mes amis et petit à petit j’ai intégré de leur groupe.

Quand avez-vous exposé pour la première fois ?

En 2004, je me suis confié à un ami de la Fine Art Society. J’avais cette idée en tête mais je n’arrivais pas à la peindre : je voulais mélanger les mathématiques, les sciences et l’art. Il m’a orientée vers le mouvement d’art systématique des années 40. J’en ai fait usage dans mon projet et j’ai réalisé quatre ou cinq énormes œuvres autour des maths. J’ai fait mon premier solo show au Musée d’Art de Sharjah. Ma première exposition sérieuse…

Vous codez votre travail. Expliquez.

Mon but est d’encourager les gens à enquêter, chercher, demander. Il ne s’agit pas uniquement d’esthétique, je veux m’adresser aux gens éduqués et engager un dialogue avec eux par l’intermédiaire de mes œuvres d’art. Je ne veux pas qu’ils se contentent de dire que les couleurs sont belles, mais qu’ils pensent différemment. Quels messages cachent-elles ? Chaque œuvre a un concept. C’est la raison pour laquelle je n’ai pas un medium de prédilection. Le concept appelle le medium. J’utiliserai la vidéo si j’ai besoin de mouvement et de son. Ou une installation si nécessaire…

Ebtisam Autobiographie 2012… Pourquoi ?

Prenez les dominos. Ils fonctionnent sur trois niveaux. Ils disent beaucoup sur Ebtisam. Il s’agit de dessins sur toile au stylo noir. Et en toile de fond, il y a mon caractère, ma biographie. Lorsque je conduisais, les plaques minéralogiques ont attiré mon attention. Chaque voiture est comme la carte d’identité de la personne au volant. J’ai essayé de trouver une équation qui se rapporte à ces chiffres. J’ai pensé qu’il était important d’inclure cet élément car il dit beaucoup sur moi. J’ai noté les numéros des plaques des voitures lors d’un voyage de Sharjah à Abu Dhabi dans l’ordre où elles arrivaient, et j’ai pensé aux dominos car ils ont quelque chose à voir avec mon enfance. Nous y jouions quand j’étais petite. C’est quelque chose de familier à Ebtisam mais cela apporte aussi quelque chose aux autres. J’encourage le public à lire les dominos d’une autre façon et à faire des calculs dans leur tête. Cela dit beaucoup sur ma personnalité : je suis minimale, précise et honnête. Cela me ressemble.

Avez-vous des obsessions, des TOC ?

Des TOC, non, je ne crois pas. J’aime les systèmes. Sans système je deviens folle. J’ai ma routine le matin et si l’un des éléments manque, je sens que quelque chose ne va pas.

Vous exprimez-vous de façon indirecte et codée parce que l’intimité est un élément primordial de la culture émirienne ?

Oui et non. Dessiner sur mon agenda révèle beaucoup de choses de façon abstraite et dissimulée. Ce n’est pas du tout parce que je ne suis pas assez courageuse pour le dire mais c’est arrivé comme ça. Je peux me tenir face à un public et parler de tous les sujets relatifs aux femmes dans le monde entier par exemple. Cette fois, c’est plus abstrait. Je ne me cache pas. Je n’ai pas peur d’enfreindre les règles et de dépasser les frontières.

Quels sont les challenges que doivent encore relever les femmes aux E.A.U ?

J’étais heureuse que mon père soit le témoin de ma performance comme artiste représentant les Emirats Arabes Unis pour la première fois à la Biennale de Venise. Il a juste souri. Mais il a compris à quel point c’était sérieux et il y avait un grand point d’interrogation sur son visage. Il se tenait debout à côté de moi alors que j’expliquais ma démarche à quelqu’un et il avait l’air surpris. Il a bien réagi. Comment une femme arabe et musulmane peut-elle faire cela ? Pourtant il na rien dit. Un de nos soucis en tant que femmes est comment réaliser des choses sans contrarier. Quelles sont nos frontières ? Qu’avons nous le droit ou pas de faire ? La liberté est parfois un problème. Vous savez, je ne peux pas voyager sans mon père, c’est sa décision. Peu importe mon âge.

Quel âge avez-vous ?

36 ans. Il me faut une solution. J’ai besoin de quelqu’un dans ma vie qui ne se mettra pas en travers de ma route et m’empêchera de faire ce que je désire. Je suis suffisamment mature pour choisir ce qui est bon pour moi et ce qui ne l’est pas.

Info

Le premier solo show d’Ebtisam Abdulaziz pour The Third Line, « Autobiography 2012 », s’est tenu du 5 décembre 2012 au 16 janvier 2013. Elle est résidente au Fort Al Fahidi de Bastakia jusqu’en mars et exposera son travail à la foire de Sikka.

BIO

Ebtisam Abdulaziz est une artiste et écrivain locale basée aux E.A.U. Inspirée par sa licence en en Sciences et Mathématiques, Abdulaziz intègre dans ses œuvres sa perspective originale des mathématiques et de la structure des systèmes dans le but d’explorer des questions d’identité et de culture. Pour ce faire, elle utilise des installations, des pièces de performance et des dessins. Abdulaziz a inauguré le Pavillon des E.A.U et de ADACH à la 53è Biennale de Venise. Elle a exposé ses œuvres à la 7è Biennale de Sharjah « Langages du désert », au Kunst Museum de Bonn en Allemagne ; à Dubai Next, une collaboration entre L’autorité de Dubaï pour l’art et la culture et le Vitra Design Museum de Bâle en 2008 ; à Arab Express, une exposition collective au musée Mori de Tokyo en 2012 ; pour les 25 ans de la Créativité Arabe à l’Institut du Monde Arabe de Paris ; à Inventing The World : The Artists as a Citizen, à la Biennale du Benin en 2012, au Kora Centre, Benin. Abdulaziz a participé au panel du programme de subvention de l’Emirates Foundation en 2007 comme membre de l’Emirates Fine Art Society et de l’équipe éditoriale de Tashkeel. Elle a récemment été sélectionnée pour être l’une des Artists-in-Residency Dubai Program de 2013, une collaboration entre Art Dubai, Delfina Foundation, The Dubai Culture and Arts Authority (Dubai Culture) et Tashkeel. Son travail fait partie de plusieurs collections publiques et privées de renom dans le monde, dont la collection de la Deutsche Bank AG, Allemagne ; la collection Farook, E.A.U et celle du Ministère de la Culture et de la Jeunesse d’Abu Dhabi. Elle vit et travaille dans l’émirat de Sharjah.

Infos The Third line.

«L’œuvre d’Abdulaziz se situe au cœur de l’attraction-répulsion ordre / désordre, et privé / public. En tant que spectateurs nous sommes les complices de son travail que nous lisons et tissons dans nos vies quotidiennes ; l’artiste semble exposer l’intimité quotidienne de la vie domestique mais par sa méthode de travail et re-travail, de création et de re-création de systèmes d’interprétation, elle superpose des couches protectrices significatives sur ses œuvres.»

Antonia Carver, Directrice d’Art Dubai

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"Je suis une preuve de plus que les femmes peuvent diriger"

Publié le par Kyradubai

"Je suis une preuve de plus que les femmes peuvent diriger"

Laila Mohamed Suhail est la jeune Directrice générale de l’Etablissement en charge des Evénements et de la Promotion de Dubaï. De son bureau, elle donne le tempo événementiel d’une ville qui s’est forgé la réputation d’être l’une, voire LA, destination shopping la plus courue au monde. INTERVIEW.

Comment le Dubai Shopping Festival (DSF) et l’Etablissement en charge des Evénements et de la Promotion de Dubaï (DEPE) ont-ils vu le jour?

Le DSF a été lancé en 1995 par Sheikh Mohammed et le premier événement a eu lieu un an plus tard. Nous fonctionnions alors comme un bureau. Le DSF est le plus grand festival de Dubaï. Nous sommes chargés de faciliter l’organisation du festival. Nous avons ensuite lancé Dubai Summer Surprises (DSS) en 1998, le deuxième festival de la ville. Cela a eu un impact majeur en terme de fréquentation. En 2008, nous avons continué avec Eid à Dubaï et Ramadan à Dubaï. Puis, en 2009, notre Souverain a passé un décret pour changer le mandat du DSF qui est alors devenu l’Etablissement en charge des Evénements et de la Promotion de Dubaï (DEPE). Notre nouvelle mission consistât alors à travailler à un calendrier d’événements et devenir une plateforme dont le rôle est d’aider à l’organisation de tous les événements de Dubaï. J’en suis la Directrice générale.

Puis-je vous demander votre âge pour être ainsi à la tête des festivals les plus réussis d’une ville comme Dubaï, l’une des destinations les plus prisées en terme de shopping ?

J’ai 36 ans.

Comment en êtes-vous arrivée là?

J’ai débuté comme Coordinatrice sponsors avec le DSF en 1995. J’étais alors fonctionnaire du Département du développement économique. Je suis devenue Sponsor Manager en 2000, Cheffe du marketing en 2004 et j’ai été promue Directrice générale du DSF en 2008. L’étendue et la nature de notre organisation si vivante et active m’ont permis d’acquérir une expérience qui va croissant. Alors que vous organisez vous inter-réagissez avec le secteur privé, le gouvernement et les média. Cela vous donne une immense quantité d’expérience et de connaissances. J’ai été impliquée dans 32 festivals de la ville : 17 ans pour le DSF et 15 ans pour le DSS. J’ai été associée à ces événements depuis le commencement.

Comment avez-vous bâti cette carrière en tant que femme ?

En tant que femmes émiraties, nous bénéficions d’un grand soutien de nos leaders, en particulier Sheikh Mohammed. Il encourage toujours le leadership féminin. Je suis aussi à la tête du Comité Sportif de Dubaï dirigé par le Prince héritier qui croit beaucoup au sport. Même là nous sommes soutenues.

Qui a eu l’idée du DSF ?

Son Excellence.

Vous semblez passionnée par votre travail ?

Je le suis, oui. C’est un domaine vraiment unique où l’on interagit avec les différentes parties prenantes, secteurs de la ville, des gens très divers. Organiser des événements dans une ville comme Dubaï vous met en contact avec tellement de nationalités différentes.

Etes-vous ambitieuse ?

Je suis passionnée. J’aime mon travail. J’adore le secteur événementiel et je suis une personne créative. J’aime trouver de nouvelles idées. J’aime les challenges. Le marketing est ma passion.

Quelle meilleure toile que Dubaï ?

Dubaï est un endroit où les idées prennent forme, où les rêves se réalisent. Ces 15 dernières années, nous avons vu se construire la Marina, Downtown, Burj Khalifa, Dubai Mall. Toutes ces visions, nous en faisons l’expérience chaque jour. Les idées sont réalisées ici. Cela vous pousse à la créativité lorsque vous en voyez les résultats.

Quel était le taux de fréquentation du DSF au début et maintenant ?

Nous avons commencé avec un peu plus d’un million de visiteurs et nous en avons eu 4,6 millions en 2012. Nous avions 15 malls et aujourd’hui nous en comptons plus de 50. Un millier de marques participaient et elles sont plus de 6000 à proposer des rabais et participer à la saison des soldes à présent.

Quel est le secret ou la raison d’un tel succès ?

Notre communication avec les différents secteurs. La chose la plus excitante est que nous travaillons tous ensemble, le gouvernement et le secteur privé. Il existe de nombreuses synergies. C’est la raison de notre succès. Les gens de l’étranger nous demandent « comment faites-vous cela ? » C’est la relation, le travail d’équipe, le soutien que nous nous apportons les uns les autres. Ils sponsorisent nos événements, nous les impliquons dans nos activités, nous leur donnons du feedback, nous les consultons, nous les soutenons, nous facilitons leur business.

En tant que spécialiste de marques, diriez-vous que Dubaï est la meilleure marque pour laquelle travailler ?

Absolument.

Pourquoi est-ce important pour les marques de faire partie du DSF ?

C’est l’une des saisons les plus importantes du commerce de détail. Ils planifient leurs promotions et leurs activités à l’avance en fonction du DSF.

Quel est votre parcours?

J’ai un diplôme du London City College en Traitement et Programmation. Je suis en train de faire un masters via Internet en Programmation au Chartered Institute of Marketing (CIM).

Comment avez-vous convaincu les sponsors de la région et du monde ?

En leur montrant que Dubaï est une ville où les rêves deviennent réalité. Dubaï s’est forgé cette réputation. Grâce à cela, le secteur privé a cru en Dubaï et son leadership, qui a construit la ville comme une marque et a cru en cette marque. Les détaillants ressentent les bienfaits du festival et voient la fréquentation augmenter.

Quel est votre prochain challenge ?

Dubaï a énormément grandi. Lorsque nous avons lancé le DSF en 1996, la ville était différente. Aujourd’hui elle a besoin de plus en plus d’activités, les attentes sont très élevées de la part du gouvernement et du public. Ils attendent de nous que nous réinventions et que nous rajeunissions les festivals.

De quoi êtes-vous le plus fière ?

Faire partie d’un secteur d’activités unique qui bénéficie à l’économie et à la croissance de la ville. Je suis faire de faire partie du secteur événementiel et d’être associée aux marques DSF et DSS. J’ai fait 18 DSF, 16 DSS et 8 Eids !

Combien d’employés dirigez-vous?

65 dans toute la structure DEPE.

Comment est-ce d’être une femme directrice générale ?

Nous sommes bénies dans ce pays d’avoir un gouvernement qui croit aux femmes et à leurs capacités. Malgré le fait qu’au Moyen-Orient nous vivons dans un monde d’hommes, le gouvernement reconnaît notre potentiel. De nos jours le pourcentage de femmes occupant des postes à responsabilité au sein du gouvernement a augmenté et continue d’augmenter. Je crois que le DEPE est une preuve de plus que les femmes peuvent diriger et je l’ai fait depuis quelques temps déjà. J’ai commencé comme employée il y a 18 ans pour DSF et je suis aujourd’hui à la tête d’une équipe professionnelle qui a monté des festivals de renommée internationale.

Etes-vous mariée?

Non mais j’ai une grande famille de huit frères et sœurs et ma mère. Mon père est décédé l’année dernière. Je passe du temps avec mes neveux.

Dans quoi travaillaient vos parents ?

Mon père était un employé des douanes et ma mère femme au foyer.

Ils doivent être fiers de vous?

Ils le sont. Leurs prières, c’est aussi cela qui nous aide à avancer.

Pouvez-vous imaginer votre mère à votre place quarante ans plus tôt?

Notre pays a 41 ans. Nous sommes tous très fiers de ce qu’il est devenu. Un tel développement et une telle croissance en si peu de temps.

Quelle est votre relation avec Sheikh Mohammed ?

Je l’ai vu de nombreuses fois. En dépit de ses responsabilités, il vous traite toujours comme s’il était proche de vous et vous motive à faire plus, il encourage l’équipe de direction.

Quelles sont ses principales qualités qui vous viennent en tête?

C’est un vrai leader. Un homme capable de réaliser les rêves et un père aimant : il nous traite comme si nous étions ses enfants.

Ce n’est pas la première fois que j’entends cela et une telle relation est vraiment propre à Dubaï ?

Nous sommes un peuple très émotionnel.

Que vouliez-vous devenir petite fille ?

Tant de choses. Médecin, ingénieure…

Que diriez-vous aux jeunes femmes qui démarrent leur carrière ?

Je leur dis que nous sommes bénies d’être nées aux Emirats arabes unis et que ce pays offre de grandes opportunités. Tout ce qu’il faut c’est de la passion et du travail et vous pouvez réussir.

Quelles sont vos destinations shopping préférées?

Londres, New York, Hong Kong, Singapour. Je fais du shopping partout. Je suis accroc au shopping !

Le meilleur endroit où faire du shopping à Dubaï ?

Partout.

Plus d'infos:

Le DSF a lieu jusqu'au 3 février 2013

Dubai Shopping Festival 1996 – 2011

Faits & Chiffres

• Le plus ancien festival de ce genre dans le monde (18 ans)

• Nombre de visiteurs atteints 50 millions

• Total des dépenses AED 88 Milliards

• Plus de 40 activités recensées dans le Guinness Book des Records

Année Visiteurs Total dépensé

1996 1,6 million AED 2,15 Milliards

2010 3.5 millions AED 10 Milliards

2011 3.98 millions AED 15.1 Milliards

2012 4.36 millions

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DOSSIER SPORT: La course de fond du Sharjah Ladies Club à faire du sport féminin une évidence

Publié le par Kyradubai

DOSSIER SPORT: La course de fond du Sharjah Ladies Club à faire du sport féminin une évidence

Nada Abdul Razaq Askar, directrice du Département des sports des femmes du Ladies Club de Sharjah, explique l'action menée par Sheikha Jawaher bint Mohammed Al Qassimi et son équipe pour faire évoluer les mentallités et leur ambition pour la nouvelle génération de sportives. INTERVIEW

En quoi Sheikha Jawaher a-t-elle œuvré pour les femmes et le sport ?

Son Excellence a eu, la première, l’idée d’un club uniquement consacré aux femmes et ainsi le Sharjah Ladies Club a vu le jour en 1982. Elle a toujours soutenu le sport pour les femmes. Elle est aussi à l’origine de la première équipe de volleyball en 1993. Nous sommes le premier Club du pays et même des pays du Golfe à avoir des équipes. Le Club a débuté avec trois sports: le volleyball, le basketball et le tennis de table. En 1997, nous avons organisé le premier tournoi du Golfe qui a lieu tous les deux ans depuis. Nous avons ajouté le karaté et le tir. Notre ambition est d’arriver à huit sports en compétition dans les pays du Golfe. Nous voulons aussi participer aux tournois internationaux. Nous avons également organisé les championnats des pays arabes –sorte de jeux olympiques régionaux- l’année dernière pour cinq sports. Ce sont toutes les réalisations du département des sports femmes de Sheikha Jawaher.

Quelle vision avez-vous en tant que directrice du département ?

L’idée est de se développer et asseoir ce département afin de promouvoir la place des femmes dans le sport. En 2009, nous avons reçu le premier prix du concours des organisations locales. Nous proposons huit sports à présent et avons ouvert le premier hall de tir pour femmes des E.A.U. Je voudrais aussi que nous fassions partie du Comité olympique et que nous participions aux tournois olympiques.

Comment êtes-vous devenue directrice du Départements des sports femmes ?

J’ai commencé comme bénévole en 2003 pour organiser le tournoi des pays du Golfe. En 2008, nous avons créé le Département et son Excellence m’a choisie pour le diriger.

Quelle est votre mission ?

Participer aux J.O. 2016 au Brésil. Il faudra beaucoup s’entraîner et planifier afin d’avoir des joueuses qualifiées. Il faudra aussi travailler à changer la culture des femmes aux E.A.U., à l’approbation par la société de la présence des femmes dans le sport. Depuis que nous avons commencé, les choses ont beaucoup évolué. Avant 2005, les hommes et la société n’acceptaient pas que les femmes fassent du sport. Seuls quelques exceptions le toléraient. Grâce à nos hauts dirigeants qui soutiennent les sportives et croient aux femmes, nous avons vu fleurir des comités, des départements et un soutien académique en faveur des femmes dans le sport à Dubai, Abu Dhabi ou Sharjah. C’est une très bonne chose aux E.A.U. Mais il nous faut encore plus de soutien de la part des hommes et des médias. Si mon père et mon frère me m’épaulent, je réussirais mieux que si je suis seule à lutter.

Qu’est ce qui pose encore problème ? L’habillement, par exemple?

Des questions traditionnelles… Si une femme veut jouer, elle le peut mais dans un environnement de femmes uniquement. Elle ne doit pas apparaître dans les magazines ou à la télévision en habits de sports. Elle doit se montrer en conformité avec la culture et l’Islam: sa tenue de sport est adaptée et elle met le hijab, de longues manches, de longues jupes, etc… Grâce aux changements dans notre culture, certaines familles acceptent que leurs filles jouent sans. Lors de chaque tournoi, nous demandons la permission des parents. Certains acceptent. Le dernier tournoi des pays arabes était couvert par les média. C’était même du live.

Et qu’en est-il des déplacements seules à l’étranger ?

C’était une préoccupation mais nous participons maintenant à des tournois où des hommes sont présents. Les familles savent que nous prenons soin de leurs filles. Elles sont plus concernées par leurs études lorsque les filles ont des examens en même temps.

Existe-t-il encore des sports que les filles ne peuvent pratiquer ?

La natation est encore un peu difficile. Ce n’est pas encore vraiment accepté que des filles pratiquent ce sport en raison des maillots de bain. La gymnastique et même le tennis peuvent poser problème. Les mini jupes que vous voyez dans les tournois internationaux… Et c’est quelque chose que nous ne pouvons pas changer. Cela prendra un peu de temps mais je crois que cela finira par être toléré. Bientôt nous aurons une équipe de tennis féminine. Les filles y jouent déjà comme hobby.

Quels sports sont traditionnellement populaires aux E.A.U ?

Les Emiratis aiment les sports d’équipe. Ils adorent le basket et le volleyball. Nous avons maintenant une grande équipe de tir car il est plus facile rapide de gagner une médaille seul. Le tir à l’arc est encore un sport très nouveau ici. Mais nous avons déjà 15 filles qui le pratiquent. Sinon, les sports traditionnels sont la chasse aux oiseaux, les courses de chameaux et de chevaux, de bateaux, et la fauconnerie.

L’Islam encourage-t-il les femmes à pratiquer le sport?

L’Islam soutient le sport des femmes. Dans le Coran, vous pouvez lire que des femmes montent à cheval et pratiquent le tir à l’arc. Il y a des femmes dans l’armée et c’est sain pour les femmes de faire du sport.

Les filles s’arrêtent-elles de faire du sport quand elles se marient et ont des bébés ?

Certaines continuent mais la plupart arrêtent à cause de leurs maris, des bébés, de la nouvelle vie, ce qui est une erreur. Dans notre équipe de tir la plupart des femmes sont mariées et elles s’entraînent même enceinte ! Je dis toujours aux filles « il s’agit de vous et pas de vos maris ». Vous devez en discuter sinon elles sont stoppées en plein dans leur essor. Cela fait partie de notre culture et c’est quelque chose que nous devons changer. Je viens moi-même de me fiancer et avant de m’engager j’ai dit à mon futur mari : « C’est qui je suis. Je voyage, je travaille. Je ne changerais jamais ma vie. » Je lui ai dit : « Pour toi je ferai n’importe quoi mais j’espère que nous pouvons tous deux accepter nos futures vies ». J’espère que les membres de notre société vont commencer à penser ainsi. Les rapports hommes-femmes sont encore très traditionnels. Mais ici à Sharjah nous nous ommes ouverts plus vite que dans d’autres émirats car son Excellence et notre gouvernement croient au changement pour les femmes et soutiennent la présence des femmes dans les conseils gouvernementaux et dans des postes de prise de décision.

Nada Abdul Razaq Askar a travaillé pour le Conseil Suprême en charge des affaires familiales et de la femme de Sharjah, dirigé par Sheikha Jawaher bint Mohammed Al Qassimi, avant d’être nommée à ce poste.

DOSSIER SPORT: La course de fond du Sharjah Ladies Club à faire du sport féminin une évidence

GRAINES DE CHAMPIONNES. PORTRAIT DE QUATRE SPORTIVES MEDAILLEES.

« Faire du sport, c’est aussi une façon de vivre selon nos traditions »

Moza a commencé le tir à l’arc à l’âge de 11 ans. Dans son école Alzuhour à Sharjah, ils distribuaient de la documentation sur ce sport. « Tiens c’est nouveau, me suis-je dit, je vais essayer. Le Prophète - que la paix soit avec Lui- nous dit d’enseigner la natation, le tir à l’arc et l’équitation à nos enfants. Donc c’est aussi une façon de vivre selon nos traditions. » Le tir à l’arc n’est pas encore un sport très développé aux Emirats comme le sont le football, le volleyball, l’équitation ou le tir, mais des équipes et des écoles voient le jour. Jusqu’à peu la seule équipe était au Sharjah Ladies Club (SLC) et le pays ne compte qu’une douzaine d’archers. Moza semble réunir toutes les qualités requises pour y exceller : concentration, calme et force. Et il en faut en effet pour tendre l’arc. « J’ai commencé au niveau 18, le plus faible, maintenant je suis à 38, le maximum, annonce-t-elle. Je suis le meilleur archer féminine des Emirats, » avoue-t-elle fièrement. Moza a participé pour la première fois à une compétition réunissant les pays d’Asie à Irkousk en Russie en 2012. « Nous sommes arrivés 9ème. Ma mère m’a accompagnée. Mes parents sont très fiers. Je veux devenir professionnelle et être connue à l’étranger, » explique la jeune collégienne dont la maman se réjouit de voir sa fille pratiquer un sport. « Ma mère ne pouvait pas faire de sport à son époque et elle est heureuse que je puisse. » Moza a un nouveau but : se préparer aux Jeux Olympiques de 2016. Gymnastique, poids, Moza s’entraîne trois fois par semaine en tous cas avec Amira Nada, sa coach qui fut la première championne arabe de tir à l’arc. Pour ce qui est de son avenir, Moza espère étudier l’architecture à l’université américaine de Sharjah et continuer à exercer sa passion. « J’espère que je pourrais continuer lorsque je me marierais parce que certains maris n’aiment pas que leurs femmes pratiquent un sport. Ils veulent qu’elles restent à la maison. »

DOSSIER SPORT: La course de fond du Sharjah Ladies Club à faire du sport féminin une évidence

« Cela nous met à l’aise de faire du sport entre femmes »

Voilées et en survêtement, Mariam et Hannah, n’en restent pas moins féminines. Elles sont respectivement spike number 2 et setter en première section de volleyball, sponsorisées par le SL. A respectivement 19 et 18 ans, cela fait cinq ans qu’elles pratiquent ce sport et ont décroché quelques médailles et victoires pour l’équipe nationale junior des Emirats Arabes Unis dont elles font partie: seconde place au tournoi réunissant les pays du Golfe en 2011 et première place au tournoi des pays arabes. Mariam a voulu marcher dans les traces de son père, commandant dans l’armée de l’air, qui jouait déjà au volley. Le club de Sharjah lui en a donné l’opportunité. « Ici, nous n’avons pas encore beaucoup de qualifications sportives et pas d’autres endroits où les exercer. Nous sommes musulmanes et cela nous met à l’aise de pouvoir faire du sport entre femmes.» Hannah, quant à elle, faisait partie des sportives de Waset Model School , son école à Sharjah. Natation, gymnastique, basketball, ping pong, elle s’y est essayée, avant de littéralement découvrir le volleyball. La jeune fille qui souhaite part ailleurs intégrer l’université de Sharjah en génie électrique, parle avec passion des maths, de la physique et… du volleyball. « J’aime ce sport parce qu’il s’agit plus de briller comme groupe, comme équipe que comme individu. Il faut vraiment faire confiance à ses partenaires, vous dépendez d’eux. Et il y a beaucoup de stratégie et de réflexion. Et ce club est comme une famille, » explique-t-elle. « Ma mère est ma plus grand fan ». Et son père ? « Il a peur que je voyage seule ou que je rentre tard. Et il n’apprécie pas que je sorte beaucoup, » avoue-t-elle. Dans la famille, une de ses quatre sœurs a pourtant pratiqué le basketball avant d’arrêter pour se consacrer à ses études de dentisterie. Quant à l’un de ses six frères, c’est un athlète : il pratique la boxe, le « cage fighting » porte les couleurs de Redbull. « Mais, à cause de nos traditions, c’est plus facile de pratiquer le sport pour les garçons. Ils peuvent aller où ils veulent quand ils veulent, jouer partout à tous moments. Ils n’ont pas besoin de porter un voile. Nous n’avons pas cette liberté. Et nous ne jouons pas aussi bien avec le voile. Bien sûr, nous suffoquons dessous, avoue-t-elle. Il faut chaud. » Entre elles, les sportives jouent en T-shirt et bandana. Mais lorsque les matchs sont retransmis à la télé, elles se couvrent en pantalon, body, T-shirt à manches longues et hijab. Les jeunes filles concèdent y être habituées et s’accordent à dire qu’elles ne remettent pas en cause le port du voile. « Ce qui ne nous semble pas compréhensible aujourd’hui, prendra son sens à l’avenir, comme porter le voile. Jeune, on ne comprend pas toujours ce qui est bon pour nous, » explique Mariam. Par contre, elles souhaiteraient un peu plus de liberté pour les déplacements à l’étranger. Mariam a déjà participé à des compétitions internationales au Koweit ou en Egypte car sa famille est ouverte d’esprit. « Mais pour certaines filles ce peut être un problème ». Quoi qu’il en soit, elles sont conscientes des progrès accomplis. Du temps de leurs mères, les femmes ne pouvaient pas sortir ainsi et un tel club n’existait pas. « Elles étaient mariées à 16 ans et leurs familles ne les auraient pas laissées pratiquer un sport comme c’est le cas pour notre génération. Les choses évoluent. Je me marierai après avoir terminé mes études universitaires et rien n’est planifié. Ma famille choisira des candidats mais je prendrai la décision finale,» explique Mariam. Joueront-elles aussi souvent et aussi intensément, elles ne peuvent le garantir mais le volleyball restera dans leur vie, en amateur ou en tous cas « pour rester en forme ». Pour le moment, Mariam est étudiante à la Zayed University de Dubai et pense à une carrière dans les relations internationales ou la politique. Et caresse un rêve lointain : « devenir pro de volley ». Inch Allah. Elle est motivée puisqu’elle s’entraîne 4 à 5 jours par semaine en temps normal et jusqu’à six jours en temps de compétition. « Nous avons aussi des campings d’entraînements où nous nous entraînons deux fois par jour et sommes soumises à des règles strictes : extinction des feux à 22h00, lever aux aurores, 12 heures en camp. » « Et ils nous enlèvent nos portables pour être sûr qu’on dorme ! » plaisante Hannah.

DOSSIER SPORT: La course de fond du Sharjah Ladies Club à faire du sport féminin une évidence

Yasmin, championne de tir à la carabine, un sport en plein essor chez les femmes

Yasmin Abdul Rahman est la championne attitrée de tir à la carabine à air comprimé des Emirats Arabes Unis. Du haut de ses seize ans, cette jeune adolescente affiche la détermination propre aux athlètes de sa catégorie. Et aujourd’hui, elle est déçue car elle n’est arrivée qu’en deuxième position de la compétition organisée en interne par le Sharjah’s Ladies’s Club dont elle est membre. « Ce n’est pas un sentiment agréable de finir deuxième, dit-elle. Mais on ne peut pas toujours être la première. C’est une petite compétition, minimise-t-elle, il vaut mieux être en tête lors des matchs importants ». C’est dit. Mais elle a beau dédramatiser cette petite défaite, son visage affiche une moue renfrognée. Elle qui virevoltait au milieu de ses comparses quelques minutes plus tôt, se laissant passer la main dans ses cheveux auburn coupés en brosse par ses camarades toutes voilées, leur lançant des boutades les faisant manifestement rire, semble accuser le coup. Car la jeune Emiratie a deux ambitions : pratiquer le tir en professionnelle et se qualifier pour les J.O. de 2016 au Brésil et devenir ingénieure en pétrole. On la sent qui bouillonne. Et pourtant, le tir demande concentration, discipline, force, équilibre et… patience. Elle reconnaît qu’elle a de la peine à se contenir. « Le tir m’aide, admet-elle, avant j’étais encore plus impatiente ». Serait-ce son côté russe hérité de sa mère, originaire d’Ijevsk, la capitale d’Oudmourtie à l’est de Moscou ? Cette mère grâce à qui, justement, elle a commencé à pratiquer le tir deux ans plus tôt. « Elle a lu dans un article qu’ils cherchaient des filles pour pratiquer le tir à Abu Dhabi et m’a demandé pourquoi je n’essayerais pas… On a trouvé ce club –il y en a deux aux Emirats, l’autre est Al Ain. Et voilà, » conclut-elle. Yasmin va droit au but comme lorsqu’elle tire. Ses réponses fusent, courtes et efficaces. Quant à son père, originaire de Dubai, « il ne s’est pas du tout opposé à mon choix. Il pense que chacun doit faire ce qui lui plaît ». Chez Yasmin, les deux cultures russes et émiraties, cohabitent ; les deux religions, orthodoxes et musulmanes coexistent sans poser de problème. Tout comme elle évolue sans voile. « Je n’en porte pas et n’en porterais pas». Dubai est la ville de Yasmin et elle est fière d’en représenter les couleurs. Elle est arrivée troisième aux jeux arabes en mars 2012 et première aux jeux du Golfe en novembre de la même année. Des résultats qui ont un prix. En plus de fréquenter l’école Amna bint Wahab de Dubai, elle n’hésite pas à faire 30 minutes de route pour venir s’exercer 4 heures tous les deux jours à Sharjah. Des filles championnes de tir au pistolet et à la carabine, un sport traditionnellement réservé aux hommes, ce n’est pas encore quelque chose de tout à fait naturel dans la région, même si l’administration les soutient. Aux Emirats, les femmes subissent le même entraînement que les hommes dans l’armée au sein du Khawla bint Al Azwar Training College, ou dans la police au sein du Dubai Police College. C’est l’un des plus grand progrès du pays vers l’égalité des sexes. Alors, Yasmin est ses compagnons d’armes contribuent tous les jours à inspirer de nouvelles candidates à ce sport.

DOSSIER SPORT: La course de fond du Sharjah Ladies Club à faire du sport féminin une évidence

Le Sharjah Ladies Club en deux mots

Créé en 1982 sur l’initiative de Sheikha Jawaher bint Mohammed Al Qassimi, présidente du Conseil suprême en charge des affaires familiales et des femmes, le Sharjah Ladies Club est l’organisation pionnière de « femmes pour les femmes » aux Emirats Arabes Unis (E.A.U). Celle qui est aussi l’épouse du souverain de l’émirat de Sharjah, Sheikh Sultan bin Mohammed Al Qassimi, avait alors pour ambition de créer un espace où les femmes pourraient exercer leurs passe-temps et autres activités comme le sport en toute liberté à l’abri du regard des hommes. Depuis sa création, nombre de clubs réservés aux femmes ont vu le jour aux E.A.U, les encourageant à pratiquer des sports et autres activités créatives. Intimité et sécurité sont les principes de base du Club qui s’emploie à soutenir et améliorer la condition des femmes dans la société. Le SLC collabore avec le Conseil suprême en charge des affaires familiales et des femmes ou le Conseil des femmes d’affaires de Sharjah notamment lors de la dernière campagne nationale de sensibilisation au cancer du sein « The Pink Caravan ».

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"Nous sommes la seule galerie photo du Moyen-Orient". Gros plan.

Publié le par Kyradubai

"Nous sommes la seule galerie photo du Moyen-Orient". Gros plan.

Vous la trouverez tous les jours dans sa galerie, Empty Quarters, sa seconde nature, ou aux alentours, dans Gate Village dont elle a contribué au buzz artistique. La photographie est non seulement sa passion mais Safa Al Hamed a une ambition plus large : transmettre son goût et ses connaissances de l’art aux jeunes Arabes de la région. Rencontre.

Comment avez-vous eu l’idée d’ouvrir Empty Quarters, une galerie entièrement dédiée à la photographie ?

Princess Reem Al Faysal (associée) a un message à faire passer. Elle m’a donné l’inspiration et l’amour de la photo. Nous sommes la seule galerie photo des Emirats arabes unis et du Moyen Orient. Empty Quarters a officellement ouvert ses portes en mars 2009 mais Princess Reem et moi avions cette idée en tête deux ans avant son ouverture. Princess Reem en est à l’origine. Nous sommes les premières à avoir lancé une galerie de ce type sur ce marché. Il n’y avait rien. Si nous ne nous étions pas jetées à l’eau, il n’y en aurait pas.

Parlez-nous du marché de l’art à Dubai ?

Le marché de l’art progresse très rapidement ici. En Europe, il est déjà à son pinacle mais ici il est en plein développement. Tous les artistes viennent à Dubai car ils sentent le potentiel créatif et de développement.

Quelles ont été les réactions à l’ouverture de la galerie ?

Beaucoup ont adoré l’endroit même si ils avaient des doutes sur le fait que nous nous concentrions sur la photo uniquement. C’est un marché de niche. « Pourquoi seulement la photo ? Y a-t-il des collectionneurs ici pour ce marché ? » s’interrogeaient-ils. « Vous payez un loyer très cher… Exposez des peintures, des sculptures au moins… » Voilà les réactions des visiteurs locaux ou non et des artistes. Cet endroit est le mieux situé (Empty Quarters se trouve dans Gate village, en face du restaurant français La Petite Maison) et les artistes venaient nous demander de les exposer. Nous devions leur dire « non, nous ne faisons que de la photo… »

Et d’ailleurs vous ouvrez une galerie traditionnelle ?

The Cube Art Gallery. C’est aussi un projet unique. Nous sommes trois associées : Princess Reem Al Faysal, Lulu Al Hamood qui est artiste aussi, et moi-même. Ensemble nous avons un message spirituel. Nous espérons ouvrir Cube Art en Mars. Nous essayerons de le faire une semaine avant Art Dubai si la logistique autour nous le permet.

Quelle est la démarche de vos expositions ?

Notre style est différent. Dans chaque exposition, il y a une histoire en coulisses. Nous envoyons beaucoup de messages. Chaque artiste a son propre message d’ailleurs. C’est aussi comme une sorte de musée en même temps.

Vous me disiez vouloir éduquer les gens de la région en ce qui concerne l’art ?

Oui, notre but est d’éduquer les gens, leur montrer la valeur de l’art. Nous ne sommes pas là pour vendre uniquement. Si vous me le permettez, je vais faire une comparaison avec la cuisine : certaines personnes vont diner La Petite Maison, d’autres prendront du Kentucky. Princess Reem me disait qu’en tant que photographe, elle voulait éduquer les Arabes à ce qu’est la photographie. C’est un marché émergent.

Recevez-vous des aides de sponsors privés ou du gouvernement ?

Nous n’en avons sollicité d’aides mais nous allons changer de stratégie cette année afin d’être plus actifs. Nous faisons tout cela pour les prochaines générations. Dans 50 ans, nous serons reconnus comme les meilleurs en terme de qualité, d’impression, de capacité à raconter des histoires. J’entrevois la lumière.

Comment est-ce de travailler comme femme locale à Dubai ?

Sheikh Mohammed a toujours inspiré les femmes. Il les aide à démarrer et les veut éduquées et fortes. C’est un grand soutien. Mais, vous savez, même nos parents nous aident, nous aident choisir pour nous-mêmes. Personnellement, au début, j’ai commis beaucoup d’erreurs. Je n’avais pas de sens pratique. J’étais émotionnelle. J’ai gagné en expérience et j’apprends encore. Les décisions étaient loin d’être faciles car il n’y avait rien ici. Il fallait une vision mais il n’y avait rien à quoi se raccrocher. Nous avons du faire beaucoup de marketing.

Comment votre père a-t-il réagi lorsque vous lui avez annoncé que vous alliez ouvrir une galerie d’art consacrée à la photo ?

Mon père a ri et s’est moqué de moi au début. « Si tu veux t’amuser, vas-y, » m’a-t-il dit. Chacun a un rôle dans cette vie. Nous avons un message à délivrer. Il y a des gens à éduquer. Il existe trois catégories de gens : ceux qui donnent, ceux qui donnent et prennent en échange, et ceux qui prennent. Je suis de la première catégorie. Je suis désolée de m’exprimer ainsi mais nous sommes plus que des animaux qui se contentent de se nourrir et de se reproduire. Nous aspirons à autre chose. Tout le monde cherche à être heureux et certaines personnes le sont quand elles donnent. On ne peut pas se satisfaire en prenant. En fait, ici les gens sont des donneurs. C’est pourquoi cette ville s’est construite comme ça. Ici, nous pensons aux autres, nous les gardons à l’esprit lorsque nous bâtissons. Il y a beaucoup de gens de la première catégorie ici. Si vous donnez, vous réussirez. C’est la vie : donnez, donnez, donnez et ne pensez pas au retour.

Qu’aimez-vous dans la photographie ?

J’aime l’histoire, le message, le côté spirituel qui s’en dégage et les souvenirs. C’est un medium rapide aussi. La photographie capture les choses, les moments. Un musée sans photos n’est pas un musée. Les photos nous parlent du passé. Elles sont documentaires. J’aime l’histoire. Notre qualité d’impression est très bonne et nos photos resteront en état des centaines d’années. C’est important que les gens sachent qu’elles leur survivront. Sinon, elles n’ont pas de sens. Nous allons ouvrir un studio d’impression à Al Quoz, peut être en mars également…

Que voyez-vous comme évolution depuis que vous avez ouvert il y a cinq ans ?

Entre 2007 et 2013, j’ai déjà été témoin d’une grande évolution du marché de l’art à Dubai. En 2007, nous étions seuls Gate Village ! Nous ne savions pas si Gate Village deviendrait ce quartier de galeries.

Es-ce plus acceptable aujourd’hui de faire carrière comme artiste lorsqu’on est émirati ?

Pour la plupart des artistes c’était difficile. La vieille génération leur disait « fais quelque chose de sérieux ! » C’est plus accepté d’être artiste pour la nouvelle génération. Avec un job à côté pour pouvoir vivre.

Êtes-vous la seule à avoir opté pour une carrière dans le monde fde l’art dans votre famille ?

Oui. Nous sommes sept frères et sœurs et les autres sont soit avocats, hommes d’affaires, ou dans la construction dans le groupe de mon père.

Quels sont vos photographes préférés ?

Steve Mc Curry bien sûr, mais tout le monde aime son travail. Le travail de Princess Reem qui est rempli de sens et d’âme. J’aime son style mais le sens qu’elle donne à son travail. Ce sont des photos en noir et blanc. Nous avons aussi découvert et exposé Al-Moutasim Al Maskery, un photographe d’Oman. Il est encore peu connu mais je vois son avenir. Dans cinq ans, vous verrez. Il a du talent.

Avez-vous des photographies au mur chez vous ?

Dans ma chambre, j’ai une photo de Marti Becca et une de Gonoviva. Et dans la maison… Mon père adore les portraits, en fait. Je réalise ça en vous parlant. Il collectionne des portraits de famille. Vous voyez, comme moi, il aime la photographie. Je dois le lui dire ! (elle rit) Il y a 20 ans, un photographe anglais connu a fait des portraits de mes parents et c’est sans doute l’un des meilleurs de mon père. Il l’adore.

Travaillez-vous à d’autres projets ?

Nous planifions d’ouvrir une école de photographie. Ce sera un centre dédié à la photo dans DIFC, The gate village.

Avez-vous des rêves pour Dubai et la région ?

Je suis fière d’être originaire d’ici. C’est une industrie en progrès. Dans tous les domaines. Je le vois. Le gouvernement fait de son mieux pour nous rendre heureux et travaille dur pour cela. Les gens d’ici aiment leur gouvernement et Sheikh Mohammed est comme un père pour nous. Vous savez sur ma table de nuit j’ai une photo de Sheikh Hamdan bin Mohammed Al Maktoum et de Sheikh Mohammed comme des membres de ma famille. Vous ne trouverez cela nulle part ailleurs dans le monde. Nous l’aimons. C’est un donneur. Il est très généreux. Sheikh Zayed et Sheikh Rashid ont enseigné à aimer le peuple. Dans la vie, souvenez-vous de cela : si vous dites les choses avec le cœur, elles atteindront le cœur ; si vous dites les choses avec la bouche, elles atteindront l’oreille.

Vivez-vous de façon traditionnelle ?

Les traditions sont importantes. Nous vivons ainsi. Ce matin, j’ai pris mon petit déjeuner, assise par terre. C’est important de garder sa personnalité. Et c’est ce que les gens cherchent. Si vous allez au Japon ou en Chine, ce qui vous intéresse c’est de découvrir leur traditions sinon on trouve des Starbucks partout.

Quelle est la ville de vos rêves ?

Sheikh Mohammed transforme nos rêves en réalité. Il va au delà de nos rêves. Que peut-on vouloir de plus ?

Avez-vous vécu à l’étranger ?

Non. J’ai passé quelques mois à l’étranger mais je n’ai jamais vécu ailleurs.

Votre endroit préféré ici ?

J’aime la vue sur la mer depuis le Jumeirah Beach Hotel.

Comment vous ressourcez-vous ?

Je rentre chez moi, dans ma chambre. Je me retrouve et je médite. Je suis très spirituelle. Si je suis triste, par exemple, Je regarde vers le haut, et je suis convaincue qu’Il va me sauver.

La galerie expose actuellement le travail de Marc Riboud

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"The Bright Side of The Bones", l'oeuvre mortelle de Maisoon Al Saleh

Publié le par Kyradubai

"The Bright Side of The Bones", l'oeuvre mortelle de Maisoon Al Saleh

Maisoon Al Saleh descend de la Burj Khalifa dans laquelle elle travaille sur un projet collectif et traverse le Dubai Mall à pied pour rejoindre le café dans lequel nous avons rendez-vous car son atelier est en travaux. Cette jeune artiste aurait presque le don d’ubiquité tant elle exerce d’activités. Fonctionnaire le matin, artiste l’après midi, plongeon dans l’emploi du temps d’une jeune Emiratie inspirée. INTERVIEW.

Où avez-vous étudié ?

Aux Emirats. Je suis diplômée de l’école privée Al Ittihad. J’ai fait les Beaux Arts. J’ai ensuite été à l’Université Zayed où j’ai fait une spécialisation en design d’intérieur.

Vous avez vécu à l’étranger ?

Lorsque j’étais enfant mon père a fait un master aux Etats-Unis. J’ai donc été élevée là bas et ma première langue était l’anglais. Mais je suis émiratie. Je suis née ici mais éduquée aux Etats-Unis. Nous vivions entre le Michigan et Washington DC. Lorsque mon père a terminée ses études nous sommes revenus ici et j’étais encore petite fille.

Vous avez toujours voulu être artiste ?

L’art est très présent dans ma famille. Ma mère m’a raconté qu’enfant déjà, j’étais très attirée par l’art. J’aimais mes crayons de couleurs et quand on essayait de me les enlever, je pleurais. Je devais les emmener partout avec moi ainsi que mon carnet de croquis et ce, depuis petite. Vous savez mon père exerce une profession artistique, ma mère est dans la mode, ma tante est artiste…

Vous venez d’une famille où l’art est donc accepté et valorisé en tant que profession ?

Oui, j’ai été éduqué avec les arts.

Pourriez-vous vous définir ? Votre caractère, votre travail…

(ndlr : Maisoon met du temps à répondre à la question. Elle n’en comprend pas le sens.) J’ai un grand sens de l’humour et il y a de l’ironie dans mon travail. Les squelettes posent et sourient aux gens qui les regardent. Ils ont ce sens de l’humour qui transparait dans leur attitude.

Comment se fait-il qu’une jeune personne comme vous (ndlr : Maisoon a 25 ans) soit si fascinée par la mort ? La mort est prédominante dans votre oeuvre…

Je voulais montrer un autre aspect de la mort car généralement les gens ne voient que le côté négatif. Je voulais l’aborder d’une façon plus positive. Je montre des scènes de la vie en société, soit en imitant des célébrités, soit en montrant comment la mort les affecterait. Des gens m’ont soit raconté comment certains avaient été touchés par la mort ou j’ai lu des choses dans les journaux… Je voulais que cela se reflète dans mes oeuvres pour que les gens y repensent en les voyant.

Parlez-vous librement de la mort dans votre culture ? Ou est-ce tabou comme cela peut l’être aux Etats-Unis ?

Nous en parlons librement.

Dubai est une ville très tournée vers la vie, la jouissance de la vie, la consommation. La mort n’est pas tellement quelque chose de visible ici ?

Cela nous arrive à tous alors pourquoi ne pas affronter cette réalité ? Au bout du compte, tout le monde meurt.

Vos œuvres symbolisent-elles la mort d'une partie de vos traditions en raison de toute cette modernité et des influences extérieures ?

Je ne fais pas ce lien entre ma culture et mon travail.

Vous êtes juste fascinée par la mort en soi ?

Oui. Et le sens de l’humour pour en apaiser le concept. Quand les gens regardent mes œuvres, que d’autres cultures les reçoivent, ils font un pas en arrière. Mais dès qu’ils perçoivent l’humour, vous les voyez pénétrer dedans et rire et poser des questions, essayer d’en savoir plus et la curiosité vient. D’après ce qui m’est rapporté, les gens interprètent mon travail de façon trop dramatique. J’ai fait cela d’un angle totalement différent. Même si ça reste sérieux.

Pourriez-vous décrire vos différentes séries ?

J’en ai deux. « The bright side of the bones » avec les squelettes, qui est terminée. L’autre s’appelle « Dara series ». Je suis la première émiratie à avoir obtenu sa licence de plongée. Je plonge en haute mer à la découverte d’épaves et je peins sous l’eau. Mon travail sera exposé lors d’un Solo show le 12 mars à la ARA Gallery, Downtown Dubai.

Comment vous est venue cette idée ?

Je savais qu’il y avait des épaves et un avion coulé quelque part dans la région alors j’ai passé ma licence de plongée pour aller voir cela de plus près et peindre sous l’eau. C’est un mélange car ce travail est emprunt de sérénité et en même temps je suis face à quelque chose de très concret en face de moi. Mon imagination prend le dessus sur ce qui se joue juste devant moi.

C’est aussi un héritage de votre culture : les pêcheurs de perles. Combien d’entre eux sont morts en plongeant pour aller récupérer ce qui était l’un des principaux revenus à l’époque ?

Oui cela en fait partie. D’ailleurs en plongeant, il m’est arrivé un ou deux incidents. Un peu comparable aux pêcheurs de perle. Dans mon cas, c’était plus un manque d’oxygène. Au même moment mon masque s’est rempli d’eau et je suffoquais. J’ai mis un moment avant de récupérer mon calme. J’ai vraiment cru que j’y restais car j’étais à 18 mètres de profondeur. C’est arrivé soudainement alors que je descendais. Je me suis propulsée vers le haut pour respirer mais mon binôme m’a attrapée afin que je ne monte pas trop vite pour éviter des problèmes de dépressurisation. J’ai eu de la chance. Non, vraiment.

Vous avez vraiment ressenti ce que les pêcheurs de perle vivaient ?

Oui j’ai ressenti leur lutte.

Vous documentez votre travail ?

Je me suis concentrée sur les 40 personnes qui sont mortes sur le Dara, l’épave du bateau, les choses qui étaient devant mes yeux. Raconter leur histoire à travers mon travail.

Quelle est l’histoire du Dara ?

On l’appelle le Titanic de Khalij. Le moteur a explosé et les passagers ont essayé de s’échapper. Ce qui est drôle c’est que mon grand père et mon oncle étaient sur ce bateau mais que je ne le savais pas. J’ai parlé à mon grand père de ce projet et il s’est exclamé « J’étais sur ce bateau » et je ne pouvais y croire. Donc j’ai eu la version live grâce à lui. Et il y avait des contradictions entre sa version et ce que j’ai lu sur internet. Tout n’est pas vrai sur internet.

Quelles leçons en avez-vous tirées ?

Le bateau transportait de l’argent. Il venait d’Inde et cheminait vers les pays du Golfe. C’est un bateau qui a été construit entre l’Inde et le Royaume Uni. Il a coulé entre Dubai et Abu Dhabi.

Combien de fois avez-vous plongé pour le dessiner ?

Je plonge 45 minutes puis je dois remonter et me reposer donc je ne peux pas finir ce projet en une fois. J’y suis allée beaucoup de fois, je ne sais même plus combien. Je suis toujours en phase de création et mon agent sélectionnera ce que l’on montrera à l’expo.

En quoi votre culture imprègne votre oeuvre ?

La plupart de mes œuvres sont liées à la culture des Emirats, notre héritage. Vous avez remarqué que nous portons le voile et l’habaya et dans mon œuvre vous voyez des éléments de cette culture. Ils sont intégrés dans mon œuvre.

Vous portez toujours l’habaya en public ?

Lorsque je voyage je ne porte qu’un voile et quand je travaille au studio je suis soit en habaya soit en manteau arabe avec le voile.

Et sous l’eau comment faites-vous ?

J’ai une partenaire de plongée femme et on ne voit jamais la partie supérieure de mon corps. J’ai des vidéos de moi travaillant où l’on voit mes cheveux et mon visage mais lorsque je les poste sur YouTube ou sur des sites publics je les coupe.

Pourquoi est-ce important pour vous de vous voiler ?

Pour des raisons religieuses. Je suis croyante.

Diriez-vous que vous venez d’une famille traditionnelle ?

Oui. Ma famille vient de Ras al Keima, un endroit qui s’appelle Al Rams. Avant l’Union, ma famille a déménagé à Dubai. Mon arrière grand père était le chef d’une partie d‘Al Rams. Nous avons un château là bas. Nous étions une tribu, Al Tunaiji.

Avez-vous l’impression de faire partie d’une jeune génération d’artistes ici ?

Nous ne nous fréquentons pas et nous travaillons de façon indépendante.

Vous avez des amis artistes ?

Oui mais on se voit à des évènements ou sur Facebook et Twitter.

Avez-vous une résidence d’artiste ?

Non et je n’aime pas être attachée à un endroit. J’ai mon atelier. J’aime ma liberté. Même avec les galeries avec lesquelles je travaille, je ne signe pas de contrat. Je suis comme ça.

Quel artiste est-il un modèle pour vous ? Qui admirez-vous ?

Damien Hirst. Il existe des similitudes entre mon travail et le sien. Quand je lis des choses sur lui, je n’arrête pas de me souvenir de choses que j’ai faites dans mon enfance. C’est plus une attitude.

Sentez-vous une différence du fait d’être une femme en tant qu’artiste ?

J’ai autant de liberté qu’un homme. Je ne ressens aucune différence.

Quel est votre rêve ?

Avancer dans ma carrière. Je ne me suis jamais installée sur ce que j’ai accompli. Je veux toujours en faire plus.

Vous avez été beaucoup exposée à l’étranger ?

Aux Etats-Unis, en Espagne, en Grèce, en Italie et je viens juste d’avoir un solo show à Singapour.

Vivez-vous de votre art ?

Oui mais je travaille en même temps au département de la communication du ministère de l’Economie.

Que faites-vous à la Burj Khalifa ?

Nous travaillons sur un projet qui s’appelle « Work at the top». Nous sommes une poignée d’artistes à travailler sur ces sculptures de la Burj Khalifa qui sont mises à notre disposition. Le vernissage aura lieu le 12 janvier je ne sais pas encore où.

Où trouvez-vous vos idées ?

Je les trouve dans mon entourage et j’en ai sans cesse ! En fait, je n’ai pas le temps de tout réaliser !

Pour plus d’infos :

Le site de Maisoon Al Saleh

http://www.punkarabia.com/

Dara project

http://www.punkarabia.com/news.html

Avec Sheikh Mohammed bin Rashid Al Maktoum, Premier Ministre et ruler de Dubai et Vice Président des Emirats Arabes, à Sikka Art Fair Dubai

http://www.punkarabia.com/exhibitions/gallery.html

"The Bright Side of The Bones", l'oeuvre mortelle de Maisoon Al Saleh
"The Bright Side of The Bones", l'oeuvre mortelle de Maisoon Al Saleh
"The Bright Side of The Bones", l'oeuvre mortelle de Maisoon Al Saleh
"The Bright Side of The Bones", l'oeuvre mortelle de Maisoon Al Saleh

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Publié le par Kyradubai

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A la découverte de la jeune scène artistique féminine de Dubai

Publié le par Kyradubai

A la découverte de la jeune scène artistique féminine de Dubai

Sunny Rahbar vit depuis toujours à Dubai. Iranienne d’origine, elle a monté avec son associée Claudia Cellini, l’une des premières galeries d’art de la ville, The Third Line, dans un quartier industriel qui a maintenant pignon sur rue, al Quoz, véritable pouls artistique de la capital. The Third Line était présente à la FIAC et à la FRIEZE de Londres cette année. En dressant pour nous le portrait de quelques artistes émiraties et de leur travail, Sunny donne à voir un aperçu parlant de la scène locale émergente et ses tendances. INTERVIEW

Comment a commencé cette démarche consistant à dénicher les artistes locales et les accompagner dans leur travail ?

Lorsque je suis revenue à Dubai en 2001 après mes études, je me suis posée cette question « où sont les artistes ? » et j’ai entrepris de les trouver. Il n’y en avait pas beaucoup et très peu de galeries aussi. Et j’ai rencontré ces artistes émiratis dont je vais vous parler. Bien sûr, il existait la vieille génération mais nous voulions dénicher les jeunes talents. Nous avons toujours voulu découvrir les jeunes artistes et les couver.

Pourriez-vous présenter votre artiste Lamya Gargash et son travail ?

Elle a trente ans. Elle vient d’une importante famille de commerçants de Dubai. Son travail s’inscrit vraiment dans sa recherche d’identité and le sentiment de perte d’identité. Beaucoup d’artistes de la nouvelle génération s’intéressent à ces thèmes du fait que la ville et le pays ont évolué si vite. Et leur culture est mise en danger. En raison des influences étrangères, leur culture est en passe de perdre son intégrité. La jeune génération essaye d’évoluer avec ces changements mais ils ont aussi des parents traditionnels. Ils sont déchirés entre ces deux mondes. Surtout les filles et les femmes et elles se concentrent donc sur cette perte d’identité, la culture en général et le changement rapide. Ce qui est intéressant c’est que la plupart utilisent la photographie comme moyen, qui est aussi un media rapide. Si vous voulez saisir quelque chose qui change vite, c’est l’outil parfait.

Par exemple, comment avez-vous vu évoluer Lamya Gargash ?

Lamya a eu la chance d’étudier à l’étranger. La plupart ont des parents très conservateurs qui ne les laissent pas le faire. Elle vient d’une famille très traditionnelle mais ouverte d’esprit. Elle a fréquenté l’Université américaine de Sharjah où elle a étudié la photographie. Ils ont un très bon niveau pour les Beaux arts et les arts visuels. Diplômée, elle a ensuite été accepté à l’excellent Central Saint Martin’s College de Londres. Et cette expérience lui a ouvert les yeux sur un tout nouveau monde. Elle a obtenu son MFA (Masters in Fine Arts) avec pour média principal la photo. C’est intéressant de voir comment son travail a évolué avant et après ce séjour à l’étranger. Avant cette expérience en Grande Bretagne, elle avait travaillé sur une série de portraits : des gens qui tenaient des masques devant leurs visages. Ce sont de très belles photos. Elle se concentrait beaucoup sur l’apparence extérieure. Après son retour, son style a changé. Elle a probablement été influencée par ses professeurs et ses camarades. Elle a travaillé sur une série d’intérieurs. Cette fois, elle s’est intéressée à ce qui se passait en intérieur plutôt que ce qui se voit à l’extérieur. Son travail décrit des maisons et des lieux abandonnés par les locaux. C’est très commun ici de laisser sa maison et tout derrière soi, toutes ses affaires et partir ailleurs. C’est comme un instinct bédouin. Ils ne partent pas forcément loin mais ils laissent tout de même un tas de choses. Parfois, d’autres gens, comme leurs employés de maison, occupent ces espaces désertés. Nous avons publié un livre sur ce travail qui s’appelle « Presence », sa thèse sur le projet réalisé entre 2006 et 2007.

C’est assez exceptionnel de donner à voir l’intérieur de maisons émiraties ?

C’est un projet très révélateur sur eux. Elle a tourné les projecteurs sur ces endroits que la plupart des gens ne voient pas, ne verront jamais. Vous savez comme les Emiratis protègent leur vie privée en tant que culture. Ce n’était pas la norme que Lamya publient tous ces documents sur ces endroits à Sharjah, Dubai ou Abu Dhabi. C’est vraiment un vrai travail documentaire sur leurs modes de vie et cela nous en donne un aperçu très original. Souvent, il reste dans ces lieux désertés quelques objets, un lit, un tableau, un jouet… L’endroit leur appartient toujours. Ce sont des atmosphères étranges qui donnent à imaginer ce qui était là mais ne l’est plus.

Sur quoi Lamya a-t-elle travaillé ensuite ?

Elle s’est mise à photographier des hôtels 1 étoile. Son projet s’appelle « Familial Series ». Vous savez comme à Dubai tout le monde fait la course aux étoiles : moi j’en 7 et moi 8 etc… Elle photographie des chambres vides et impersonnelles de ces hôtels modestes dans lesquels elle laisse une photo familiale personnelle. Ce travail met en opposition ce qui s’est probablement passé dans ces chambres mais qu’on ne voit pas et le vide qui entoure ces images très personnelles, familiales. Elle s’est à nouveau concentrée sur elle-même. Cela montre aussi un contraste total entre leurs origines et ce que Dubai est devenu. Les locaux sont bouleversés par ce changement rapide et les artistes y répondent et essayent de souligner ce qui s’est passé et ce qui a changé.

Sa carrière a décollé lorsqu’elle a été choisie pour représenter les Emirats Arabes Unis à la Biennale de Venise ?

Oui elle était l’artiste principale du premier pavillon émirati en 2009. Cela l’a rendue très célèbre. Je lui ai d’ailleurs dit de faire une pause à la suite de la Biennale et de réfléchir à la direction qu’elle voulait prendre comme artiste et à ce qui la préoccupait. Et elle revenue avec ce projet incroyable sur les insécurités physiques que nous avons tous. Elle a trouvé cet ingénieur en prothèse qui travaillait au Rashid hospital. Lui aussi a fait des études artistiques. Elle a lancé un appel auprès de ses amis pour identifier leurs plus grandes insécurités. Elle les a emmenés chez ce médecin et ils ont recréé les parties de leurs corps qui les déstabilisait. Mais au lieu d’arranger le problème, son idée était de l’exagérer. Ils ont créé des prothèses pour chacun des personnages et pris une photo avant et après avec la prothèse. C’est un diptyque chaque fois. Elle a dépensé tout ce qu’elle avait pour réaliser les prothèses qui coûtaient très cher et les photos. C’était encore une fois un projet sur le soi. Cela m’a rappelé un peu le travail de Cindy Sherman et je crois que ce projet est très contemporain.

Quelles autres artistes avez-vous découvert durant ces années ?

Ragdha Bukhash, une jeune femme très prometteuse de style plutôt « pop art ». Sa ligne de mode s’appelait Pink Sushi. Elle prenait des photos très colorées de la ville et faisait des expériences photographiques en utilisant plusieurs appareils et double exposition. Elle était très forte techniquement. Elle ajoutait des produits qui n’existent plus dans ses photos : des produits d’ici qu’on trouvait quand on était enfants. C’est encore un travail autour de la nostalgie. Ces artistes sont souvent partagés entre leur envie de se souvenir du passé et celle d’embrasser l’avenir.

Nous avons aussi découvert Amna Alzaabi, une illustratrice très talentueuse. Le catalogue de l’exposition s’appelait « Hyper-Real ». Elle a créé des photos digitales d’un monde imaginaire mélangeant des éléments contemporains et des objets faisant référence au passé. On y voit des dromadaires, des palmiers et au milieu un jeune type cool, symbole de la nouvelle génération. Le texte sur la photo dit « il était une fois… » Elle utilise des motifs empruntés à la tradition mais dans un environnement moderne.

Et vous exposez Ebtisam Abdulaziz, qu’est ce qui la rend originale ?

Ebtisam qui est exposée en ce moment est à cheval entre la vieille et la jeune génération d’artistes émiratis. Mais c’est une artiste très indépendante qui ne veut pas appartenir à une clique. Et elle a aussi un style très particulier car elle a étudié les mathématiques et cela se ressent dans son art. Elle est aussi obsédée par sa personne mais de façon documentaire. Elle documente sa propre vie. Elle vient d’un milieu très conservateur en plus des restrictions sociales auxquels tous les artistes sont exposés. Son travail est très codé. Comme si elle ne voulait pas vraiment que le public ne le comprenne. En même temps, elle expose et veut que les gens le sachent donc elle navigue dans cette dichotomie. Beaucoup de son travail est de la performance donc c’est une fois encore un peu schizophrène comme démarche puisque les Emiratis sont culturellement très « privés ». Comme si elle voulait crier quelque chose mais qu’elle ne le pouvait pas. Elle a ses obsessions. Son travail peut faire penser au mode de fonctionnement d’une personne avec des déficits d’attention. Elle est très introspective.

Comment vous est venu l’idée de montrer ses petits croquis, tous vendus d’ailleurs ?

Un jour alors que nous étions en meeting, je la voyais dessiner sur son calepin. Je lui ai demandé ce qu’elle faisait et elle m’a expliqué qu’elle faisait ça tout le temps comme un passe temps. Elle dessine des codes. Elle m’a dit que ce n’était qu’un petit bloc notes mais j’ai vu qu’il était rempli de ces petits dessins codés. C’est là que je lui ai dit que la démarche était intéressante en soi et que nous avons décidé de les exposer. Elle ne réalisait pas du tout que c’était de l’art. Elle a aussi réalisé ces tableaux qui sont comme un assemblage de dominos qui sont en fait, codées, les plaques de voitures qu’elle a croisées lors de différents voyages par exemple à Sharjah.

Qu’est ce que vous diriez de l’évolution de cette nouvelle génération ?

Les choses changent. La nouvelle génération a bénéficié de l’influence de la précédente et ils ont plus confiance dans le fait qu’ils peuvent devenir artistes et exposer leurs œuvres. Le gouvernement les soutient aussi beaucoup en créant des résidences d’artistes et soutenant financièrement les résidences à l’étranger. Il en existe ici à Bastakia ou Tashkeel. Et puis, il y a Art Dubai bien sûr, qui a commencé 2006. Déjà sept ans ! Cette foire a changé la dynamique de l’art ici. Ils ont fait venir d’importantes galeries internationales et des collectionneurs. Ce n’est pas seulement la foire mais aussi les ateliers qu’ils ont mis en place. Ce n’est pas qu’une foire commerciale, elle est aussi centrée sur l’éducation et la prise de conscience.

Ces artistes s’auto-censurent-ils ?

Je ne suis pas sûre. Peut-être, peut-être pas. Leur famille et le fait qu’elles les protègent. Mais en même temps pour être artiste il faut être totalement libre sinon cela se ressent dans votre travail. Je crois que la génération qui arrive sera d’autant plus intéressante. Après que la génération d’avant ait ouvert la voie, leur ait montré qu’il était possible d’être artiste et d’être accepté en tant que tel. Ils se sont imposés comme artistes et ont convaincu qu’ils l’étaient. La nouvelle génération a gagné cette liberté et peut aller de l’avant.

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Plus d’information:

The Third Line

www.thethirdline.com

Al Quoz 3 


Po Box 72036

Dubai, UAE 




Tel: +9714 341 1367


Fax: +9714 341 1369

Ouvert de samedi à jeudi

10 am à 7 pm

Meelas Yadee, Presence, 2005-2006, Lamya Gargash

Meelas Yadee, Presence, 2005-2006, Lamya Gargash

Ferrari Hotel, Familial Series, Lamya Gargash

Ferrari Hotel, Familial Series, Lamya Gargash

Lyan, Diptych 2012, Lamya Gargash

Lyan, Diptych 2012, Lamya Gargash

Sharjah-Abu Dhabi, 2012, Ebtisam Abdulaziz

Sharjah-Abu Dhabi, 2012, Ebtisam Abdulaziz

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Un rêve de petite fille devenu business florissant: le Hello Kitty Beauty Spa

Publié le par Kyradubai

Un rêve de petite fille devenu business florissant: le Hello Kitty Beauty Spa

Assise dans son Hello Kitty Beauty Spa aux faux airs de boudoir façon Marie-Antoinette, Fatima Sharaf, fondatrice et directrice de ce salon de beauté unique au monde, décrit comment lui est venue cette idée originale qui n’en finit pas de séduire les petites princesses et leurs mamans. Elle parle aussi de sa famille qui a donné naissance au Groupe Sharaf, un nom réputé à Dubai et de ses derniers projets. INTERVIEW.

Comment vous est venue l’idée d’un Salon de beauté Hello Kitty, un rêve de petite fille?

J’ai eu cette idée il y a longtemps. Je suis allée voir mon frère Yasser, qui dirige Sharaf Retail, avec cette idée d’un spa pour enfants and il m’a dit «oui, c’est une bonne idée» mais c’était tout. Quelques mois plus tard, il m’en a reparlé et m’a dit «j’ai joué avec ton idée. Je te propose la même chose mais avec la marque Hello Kitty». Il voulait développer Hello Kitty au delà de la vente au détail. Nous avons fusionné nos deux idées et Hello Kitty Beauty Spa est né.

C’est le premier et le seul au monde?

Oui, nous avons la licence de Sanio Japon pour les marchés mondiaux. Si qui que ce soit veut ouvrir un Hello Kitty Beauty Spa, ils doivent passer par nous.

Comment se porte le Spa?

Ça marche du tonnerre. Je ne pensais vraiment pas que ça marcherait à ce point. En même temps, si vous regardez partout dans le monde il y a un grand retour de Hello Kitty.

Cela titille notre côté nostalgique et c’est à la mode en même temps?

Exactement. Cela nous ramène à notre enfance. Et les enfants d'aujourd hui l’aiment aussi.

C’est le fameux kawaii japonais?

Oui exactement, c’est mignon.

Quelle est votre clientèle?

Surtout les enfants. Ici nous les appelons des Princesses. Les plus jeunes ont un an. Nous leur faisons leur première coupe avec un certificat avec une mèche de cheveux. Nous utilisons des produits purs, totalement surs. Nous avons du vernis organique. C’est notre politique de sécurité. Nous avons des vernis Hello Kitty mais aussi OPI et Essie. Les filles les aiment parce qu’elles veulent qu’on les traitent en adultes. Elles veulent être comme leurs mères (ndlr: les Reines). Elles s’assoient dans les mêmes fauteuils et choisissent, elles aussi, leurs gommages et le parfum de la mousse. Nous ne leur limons pas les ongles mais nous les gommons et les soignons.

J’ai ouï dire que vous avez insisté pour apprendre tous les rudiments du métier. Vous avez même fait un stage dans les règles de l’art avec une coiffeuse française, Sandrine Bertrand?

Elle m’a donné du fil à retordre! Elle m’a fait faire shampoings après shampoings. J’en ai fait pendant un mois presque tous les jours. De très longues heures. Vous seriez surprise: j’ai du personnel qui a plus de 15 ans d’expérience mais le shampoing c’est fondamental. La position, la pression, un lien s’établit avec le client même au bac. Les gens pensent qu’il s’agit juste de shampoing mais c’est faux. Et je ne veux pas que mon personnel accomplisse des actes dont je n’ai pas fait l’expérience. Si ils mélangent la couleur, je dois savoir le faire aussi. S’ils font une coupe, je dois pouvoir vérifier qu’ils le font bien. Surtout lorsqu’il s’agit d’enfants. Le plus important: je veux que mes employés sachent comment traiter une Princesse. Quand ma fille était plus jeune, j’avais un problème. Il existait des salons soit pour les petits mais ils n’avaient aucune notion de style, soit pour les adultes mais ils ne savaient pas comment traiter les enfants.

Vous avez donc une fille?

oui, elle a dix ans.

Elle vous a inspiré pour le Spa?

Oui elle m’a toujours donné des idées. Chaque fois qu’elle vient, elle fait des remarques. «Maman, le client n’était pas très content. Tu devrais y aller et lui dire...» Et elle veut toujours mettre la main à la pâte. Elle propose des idées nouvelles. Notre logo par exemple: nos tables et miroirs étant ovales, elle m’a dit «pourquoi ne prenons pas cette forme pour notre logo?» J’en ai parlé au graphiste. Le bac à shampoing était trop petit? «Maman, les filles le préfèrent plus grand»...

Elle fait vos études de marché?

En quelque sorte! Elle aide beaucoup. Son nom est Rhoda qui veut dire jardin et paradis en arabe.

Pouvez-vous m’en dire plus sur votre famille?

Mes grands parents paternels et maternels étaient commerçants comme tous les Dubaiotes. Le Groupe Sharaf a démarré grâce à deux frères il y a presque 40 ans: mon père Sharafuddin Sharaf et mon oncle Ibrahim. Ils ont commencé dans le commerce maritime dans les années 70, puis l’immobilier, puis doucement la vente au détail et aujourd’hui nous avons 60 entreprises et plus de 5000 employés dans le monde.

Qelles valeurs vous ont-elles été transmises?

Mon père m’a appris les affaires: le client a toujours raison. Si les clients ne sont pas satisfaits, alors il n’y a plus de business. C’est ce que je dit à mes employés. En tant que cliente, mon but est que vous soyez heureuse. Tant que vous ne serez pas heureuse, vous ne partirez pas.

Votre éducation était axée business?

On pense toujours business. A chaque fois qu’on voyageait, où qu’on aille, mon père parlait de toutes sortes d’affaires ou cherchait les opportunités. Il reste toujours à faire dans ce qui exste déjà et parfois quelque chose de neuf à construire.

Quel est votre parcours?

J’ai étudié la lingistique à King Saud University en Arabie Saoudite. J’ai ensuite rejoint le Groupe Sharaf alors qu’ils ouvraient le premier magasin en 1985. Ils étaient dans les affaires depuis 30 ans mais pas dans la vente au détail. Leurs principaux centres d’activité étaient le transport maritime et l’immobilier. J’ai commencé en bas de l’échelle au département marketing comme n’importe quel autre employé. Je n’avais aucune expérience et mon père tenait à ce que je parte de la base.

Cela fait partie de votre philosophie familiale des affaires?

Enfants, nos vacances scolaires n’ont jamais été de vraies vacances. Nous passions un mois à aller au bureau et à apprendre des choses. Ensuite, seulement, nous avions droit aux vacances. J’ai donc travaillé là quelques années jusqu’à ce que je me marie et que j’aie ma fille. J’ai arrêté pour être avec elle à la maison mais là aussi, j’avais des affaires personnelles. Entre deux, j’ai aussi enseigné l’anglais à l’école Sara de Rashadie. J’adorais enseigner mais après deux ans j’ai voulu passer plus de temps avec ma fille et la préparer pour l’école. J’ai monté ma boîte de stylisme et une boutique. Puis, j’ai à nouveau rejoint le Groupe Sharaf lorsque ma fille a commencé l’école.

Qu’avez-vous appris en allant faire vos études à l’étranger?

Etudier à l’étranger- j’ai fait une licence en Arabie Saoudite- m’a appris à devenir indépendante. J’avais 17 ans. C’était un pays difficile à vivre, très dfférent de Dubai. A l’époque, c’était un monde d’hommes. Aujourd’hui c’est différent. Ici nous ne devions pas nous voiler, c’était un choix. Là bas vous y étiez obligées. Maintenant c’est autre chose que lorsque j’y ai étudié.

Pourquoi choisissez-vous de vous voiler?

Cela facilite la vie. Vous n’avez pas besoin de réfléchir à ce que vous allez porter. Et cela fait partie de notre identité, de notre religion. Cela permet aussi de rester modeste. Et dans une perspective masculine, c’est une marque de respect vis à vis de la famille. Pour moi c’est aussi une manière de ne pas me soucier de ce que les gens pensent de moi. Dans ma famille, nous sommes assez conservateurs, tradionnels. A la puberté, vous portez votre sheila et votre habaya et durant les fêtes, nous ne nous asseyons pas ensemble. C’est ainsi.

Vous avez une très belle habaya, très originale?

Merci. Je dessine mes propres habayas. Je déniche un tissu, je le stylise, le développe.

Aviez-vous un rêve de Princesse?

Je voulais être styliste ce que j’ai été un temps. Je voulais étudier le stylisme mais à l’époque mes professeurs et mes parents n’aimaient pas trop cette idée. Ils m’ont conseillé d’obtenir une vraie licence et de faire du stylisme à côté. Si tu as du talent, tu n’as pas vraiment besoin d’en faire tes études, me disaient-ils. Et je crois réellement à cela. Avec le temps, je crois qu’ils avaient raison.

Aimiez-vous Hello Kitty étant petite fille?

Il y avait un magasin au Gurair Mall à Deira. C’était l’un des plus grand centre commerciaux à l’époque. Chaque Eid, nous recevions un peu d’argent et, pfff, nous allions chez Hello Kitty. Le magasin s’appelait My Melody. J’adorais leurs gommes. Elles étaient parfumées et j’en étais folle. Et c’est drôle car ma fille les collectionne. Tout le monde aimait Hello Kitty, ici à Dubai.

Comment était Dubai à cette époque?

Nous jouiions beaucoup en plein air. C’était très sûr, toutes les portes étaient ouvertes. Nous passions notre vie dehors dans le sable, à vélo.

Viviez-vous dans le désert?

Dubai était un désert. Nous avons toujours vécu à Jumeirah. Vous savez, tout le monde vivait à Deira ou Bur Dubai en ce temps là et pensait que nous étions très loin, là bas, dans le désert. Il n’y avait pas d’immeubles à JBR à part le Méridien. Les gens disaient qu’on ne pouvait pas aller à Jumeirah, c’était trop loin dans le désert. Mais nous vivions dans des maisons en dur avec l’eau courante, l’électricité et tout. Mais nous allions beaucoup dans le désert et nous continuons à y aller. Quand il pleut, tous les locaux sautent dans leur voiture et rejoignent le désert. Comme la pluie est rare, nous en profitons. Nous allons dans le désert le plus possible. C’est encore de la nostalgie.

Que pensez-vous de Dubai aujourd’hui?

Je suis fière de ce que Dubai est devenue. C’est un peu rapide pour moi. Nous admirons tous Sheikh Mohammed. Nous avons tous appris de lui. Lorsqu’il dit que «Rien n’est impossible», je le crois, J’aime aussi le vieux Dubai. J’ai l’impression que c’est allé trop vite. J’aime le résultat mais ça a été trop rapide. C’est incroyable mais pour nous de saisir ce qui s’est passé... C’est impossible de bâtir une telle ville en si peu de temps. Personne ne le peut: c’est extraordinaire. Une chance ne se présente qu’une fois. C’est la leçon à tirer, là sous nos yeux. Saisissez-la et pensez ensuite!

Comment préservez-vous votre culture?

La proximité est dans notre nature, se connaître les uns les autres et l’hospitalité. Tout cela nous réunit tout le temps. Nous sommes comme une grande famille, nous les locaux. Et les expatriés qui arrivent, nous les traitons comme nous nous traitons entre nous. Nous préservons cet héritage et notre culture. Tout se déroule harmonieusement. En dépit de cette modernité, vous constaterez que nous sommes tous connectés, attachés à notre culture et à nos croyances. Notre religion nous enseigne cela. Nous sommes de bons croyants et c’est aussi comme cela que nous préservons notre culture. Nous transmettons cela à nos enfants. En retour, les enfants observent la façon dont nous réagissons et notre mode de vie. C’est une roue. Ils feront de même avec les leurs.

En tant que femme d’affaires comment trouvez-vous le temps de transmettre tout cela à vos enfants? Leur enseignez-vous l’arabe?

Oh oui ma fille parle l’arabe, l’anglais et le français. J’ai aussi appris ces langues à l’école. Les langues ne doivent pas constituer une barrière. Dubai étant une ville internationale riche de toutes ces cultures, c’est une opportunité de les découvrir. Le monde est ici. Dans la classe de ma fille, il y a de nombreuses cultures et nationalités et c’est l’occasion de les connaître. Récemment, ils ont célébré la fête indienne de Diwali. Je crois qu’il es important de s’intéresser aux religions et aux cultures des gens qui nous entourent. C’est bien d’avoir des connaissances, cela ne peut pas faire de mal. J’aime ça. Nous pouvons tous vivre ensemble et apprendre les uns des autres.

On sent une grande hospitalité, ici, dans votre spa. Vous avez travaillé là dessus?

Il y a un endroit où s’asseoir, comme un salon. Je veux que les gens viennent, s’assoient, regardent la télé et prennent leur temps sans forcément être consommateurs. C’est très confortable, décontracté... Comme à la maison! Après votre soin, vous pouvez rester le temps que vous voulez. Nous avons un karaoké. Les enfants chantent. Cette notion d’hsopitalité est très importante. Vous devez vous sentir à l’aise, heureux, relax dans un bel environnement sécurisé. Il s’agit toujours de la satisfaction du client.

Vous avez des projets?

Nous travaillons sur le développement de la franchise. Ce sera prêt dans les mois qui viennent. Nous prévoyons deux nouveaux spas à Abu Dhabi. Nous avons été approchés par House of Frazer et par Abu Dhabi Mall. Nous introduisons également de nouveaux soins comme des massages etc. J’ai fait beaucoup de recherches mais on apprend aussi avec l’expérience.

Vous allez vite?

Pas autant que je le voudrais. Je ne suis pas patiente. Je suis ambitieuse.

Travaillez-vous avec votre frère Yasser Sharaf (Director général de Sharaf Retail)?

Main dans la main. Il me demande conseil et moi aussi. Je suis l’ainée.

D’autres projets?

Sanio était si content du Hello Kitty Beauty Spa qu’ils ont décidé d’ouvrir un café. Nous y travaillons. Je cherche l’endroit idéal.

Qui serait?

Idéalement? En face des fontaines du Dubai Mall! Je voudrais un endroit fréquenté par les touristes.

Voir aussi le reportage photo:

http://kyradubai.overblog.com/tag/en%20photo/

Pour plus d’infos:

http://hellokittybeautyspa.com/home.php

Pour réserver:

Town Center, Dubai

+971 4 344 9598

bookings@hellokittybeautyspa.com

Ouvert tous les jours de 10am à 9pm

Le Groupe Sharaf

L‘un des plus grands et des plus respectés aux Emirats Arabes Unis.

Détient plus de 60 entreprises dans 6 différents secteurs d’activité: technologie de l’information; transport maritime; vente au détail; immobilier; services financiers; produits de consommation; voyage et tourisme; construction.

Le Groupe a été fondé par deux frères entrepreneurs: Ibrahim Sharaf et Sharaffudin Sharaf, d’origine émiratie.

Le Groupe emploie plus de 2500 personnes en tout.

Les fleurons du Groupe sont: Sharaf Shipping Agency; Sharaf Industries; Sharaf Travels; Sharaf Enterprises; Sharaf Group Retail Division; Sharaf Design and Information Dynamics.

Le Groupe est actif dans plus de 20 pays.

Info: http://www.sharafs.ae/

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